Dossier de la semaine. Face à l’urgence, 5 % de budget supplémentaire pour les pompiers du Doubs

Réunis lors du conseil départemental de rentrée fin septembre, les conseillers départementaux ont annoncé l'augmentation du budget attribué aux sapeurs pompiers du Doubs, en proie à une augmentation sans précédent de l'activité opérationnelle et à une crise du recrutement des volontaires.

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Les sapeurs-pompiers du Doubs en intervention lors de l'extinction d'un feu de végétation, cet été c SDIS25

« L’année 2026 bat tous les records ». Le ton était donné par Stéphane Beaudoux, directeur départemental des services d’incendie et de secours du Doubs. Invité à présenter la situation des sapeurs-pompiers du Doubs devant les conseillers départementaux, à l’occasion de la séance plénière de rentrée, organisée le 27 septembre dernier, le directeur du SDIS 25 a dressé un constat préoccupant, partagé par les élus de l’assemblée.

Ainsi, depuis janvier 2026, l’activité opérationnelle des sapeurs-pompiers du Doubs a augmenté de 10,44 % par rapport à la même période de 2025. Une hausse inédite, alimentée par plusieurs facteurs qui se cumulent : la succession des canicules, les événements climatiques extrêmes, les difficultés du transport sanitaire privé, les besoins croissants liés au vieillissement de la population et l’évolution des sollicitations adressées aux services de secours. Mais derrière ces multiples facteurs, c’est toute une organisation qui se retrouve en difficulté chronique, plongée dans un contexte budgétaire contraint, alors que le recrutement comme la fidélisation des sapeurs-pompiers volontaires restent complexes.

La multiplication du risque des feux de forêt

« Nous avons vécu un été dramatique », a déclaré Stéphane Beaudoux. À l’échelle nationale, les feux de forêt ont ravagé près de 1 200 hectares, selon les chiffres présentés lors de la séance. Mais au-delà des surfaces brûlées, c’est aussi la destruction d’habitations et de villages entiers qui a profondément marqué les esprits, comme lors du méga-feu de Gironde qui a rayé de la carte la ville du Porge et qui a longtemps menacé la métropole de Bordeaux. Une situation inédite qui illustre la gravité des événements auxquels les secours doivent désormais faire face. Une centaine de sapeurs-pompiers du Doubs, spécialement formés à la lutte contre les feux de forêt, ont été mobilisés cet été pour venir en renfort de leurs collègues dans le Sud et le Sud-Ouest. Un renfort qui aurait pu être plus conséquent. Mais le SDIS 25 a dû décliner un certain nombre de demandes de renforts pour pouvoir protéger son propre territoire : « Il y a des moments où on a dit stop pour les renforts », reconnaît Christine Bouquin.

Car le territoire du Doubs n’est pas épargné par le phénomène des feux de forêt. Malgré un bilan sans commune mesure avec celui de certains territoires particulièrement touchés, le Doubs a néanmoins vu près de 52 hectares partir en fumée au cours de l’été. Un chiffre qui rappelle le risque « diffus mais bien réel » qui concerne les territoires forestiers du Doubs, soumis aux effets de la sécheresse et des fortes chaleurs.

La crise du système des ambulances privées

Autre facteur de sursollicitation déploré par le directeur départemental : les difficultés économiques rencontrées par les entreprises privées de transport sanitaire qui ont un impact direct sur toute la chaîne de secours. Les ambulances privées sont notamment affrétées pour transporter les patients vers les établissements de santé lorsque leur état ne nécessite pas une intervention urgente des sapeurs-pompiers. Mais la hausse des coûts, notamment du carburant, fragilise leur modèle économique. « Aujourd’hui, le modèle économique du secours n’est pas assez rentable pour les ambulances privées. Une ambulance privée est payée à partir du moment où elle prend en charge la victime, donc à son domicile. Plus la victime habite loin, moins la mission est rentable pour l’ambulance. »

Conséquence : certaines entreprises se déplacent moins facilement pour répondre aux demandes de transport. Les sapeurs-pompiers sont alors sollicités à leur place, y compris lorsque la situation ne présente pas de détresse vitale immédiate. Ces interventions sont désignées sous le terme de « carences ambulancières ».

Une réforme avait pourtant été engagée en 2022 afin de rendre le secours d’urgence plus attractif pour les ambulanciers privés, notamment par une revalorisation des prestations financières. Mais les effets de cette réforme se sont progressivement estompés face aux crises successives et à la hausse des charges. « Il faudrait revoir tout le système pour éviter les carences ambulancières qui reposent directement sur les pompiers », alerte Stéphane Beaudoux.

Une sollicitation en hausse sur fond de détresse sociale

Au-delà des difficultés liées au transport sanitaire et aux risques climatiques, le directeur du SDIS a également pointé l’évolution globale des comportements face aux services de secours. « Aujourd’hui, c’est tellement facile d’appeler les pompiers ou le Samu que les gens ne s’en privent pas. Pour de nombreuses personnes, il s’agit d’un service public qui leur est dû », estime-t-il. Un sentiment exprimé par le chef des sapeurs-pompiers du Doubs et partagé par de nombreux élus dans l’assemblée, témoins, eux aussi, de ce changement de mentalité dans la population. Les sapeurs-pompiers seraient donc confrontés à une forme de « consumérisme du service public », dans laquelle ils sont sollicités pour des situations qui ne relèvent pas toujours de l’urgence.

Loin de tenir uniquement à ce changement de paradigme, la hausse des interventions chez les pompiers s’inscrit aussi dans un contexte social et sanitaire plus complexe, marqué par des phénomènes comme l’isolement, le vieillissement de la population ou encore la multiplication des déserts médicaux. Les sapeurs-pompiers interviennent ainsi de plus en plus auprès de personnes âgées, parfois isolées, dont l’état nécessite une prise en charge urgente. Les opérations de relevage à domicile, lorsqu’une personne ne parvient plus à se relever seule après une chute, sont ainsi plus fréquentes. Des interventions qui risquent de devenir de plus en plus fréquentes dans le futur.

Le recrutement des sapeurs-pompiers volontaires en crise

Cette hausse de l’activité intervient alors que le SDIS 25 doit également faire face à des difficultés de recrutement et de fidélisation de ses effectifs, notamment chez les sapeurs-pompiers volontaires. Sur les 3 000 sapeurs-pompiers que compte le Doubs, 2 600 d’entre eux sont volontaires, couvrant principalement les secteurs ruraux. Il s’agit de femmes et d’hommes qui exercent l’activité de sapeur-pompier en plus de leur vie professionnelle. Un équilibre de plus en plus difficile à trouver, alors que la disponibilité demandée est importante au regard de la compensation financière.

Le Département annonce une hausse du budget

Face à ce constat, les conseillers départementaux ont réagi de façon unanime. La présidente Christine Bouquin, également présidente du conseil d’administration du SDIS, a exprimé son inquiétude : « C’est un constat désolant que nous faisons tous et qui nous attriste ». Le SDIS 25 dispose d’un budget annuel de 31 millions d’euros, qui lui est attribué par le Département du Doubs. Cela représente un coût annuel par habitant de 90 €. Un montant insuffisant pour pallier la demande grandissante qui pèse sur ce service d’urgence géré par le Département. Pour tenter d’accompagner le SDIS 25, Christine Bouquin a donc annoncé vouloir revoir le financement des sapeurs-pompiers du Doubs à la hausse pour l’année 2027 : « Nous mettrons les moyens avec, a minima, une augmentation de 5 % du budget du SDIS pour renforcer les effectifs humains et les moyens ». Une annonce qui a été accueillie positivement par l’ensemble des conseillers départementaux. Mais la présidente a souhaité tempérer cette annonce en insistant sur « la nécessité de trouver des solutions et de continuer le combat au niveau national car il y a ceux qui payent et ceux qui commandent ». Un avis soutenu par l’opposition départementale qui a exprimé, par l’intermédiaire de Magali Duvernois, conseillère départementale, son soutien « plein et entier » aux sapeurs-pompiers du Doubs.

Reste désormais à savoir comment cette enveloppe supplémentaire sera répartie et dans quelle mesure elle permettra de répondre aux nombreux besoins énumérés : renforcement des effectifs, fidélisation des volontaires, renouvellement des moyens et capacité à absorber la hausse des interventions. Car si l’augmentation budgétaire annoncée constitue une réponse financière louée par toute la profession, les difficultés exposées lors de cette session dépassent le seul cadre départemental.