Jura. À Vouglans, le Premier ministre Sébastien Lecornu dévoile la stratégie énergétique française

Entouré de plusieurs ministres et des grands acteurs de l’énergie, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dévoilé, ce jeudi 12 février, la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) depuis le barrage de Vouglans et la centrale hydroélectrique de Saut-Mortier, après une visite des installations et une table ronde consacrée à l’avenir énergétique français.

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Sébastien Lecornu s'est rendu ce jeudi 12 février, dans le Jura pour annoncer la Programmation Pluriannuelle de l'Énergie 3.

Depuis les hauteurs du lac de Vouglans, à la frontière de l’Ain et du Jura, la séquence gouvernementale s’est voulue à la fois technique et politique. Aux côtés du Premier ministre, avaient fait le déplacement Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, Roland Lescure, ministre de l’Économie et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, Maud Bregeon, porte-parole du Gouvernement, ainsi que Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie.

Ministres, élus et représentants des filières ont d’abord parcouru les installations d’EDF Hydro, au cœur du barrage de Vouglans. Une immersion destinée à rappeler le rôle stratégique de l’hydroélectricité dans l’équilibre du réseau électrique français.

Sébastien Lecornu et la délégation ministérielle se sont rendus sur le barrage de Vouglans.

Mis en service en 1968, Vouglans constitue aujourd’hui la troisième retenue artificielle de France, capable de stocker jusqu’à 600 millions de mètres cubes d’eau et de produire 285 Mégawattheure grâce à ses turbines. Avec les cinq autres barrages-usines de la vallée, ce sont près de 450 MW qui peuvent être mobilisés rapidement pour répondre aux besoins du système électrique national.

Au-delà de la production d’électricité, ces ouvrages remplissent aussi d’autres missions : soutien des débits en période d’étiage, alimentation en eau industrielle, maintien des milieux aquatiques ou encore développement touristique autour du lac, devenu un moteur économique pour le territoire.

Pour EDF Hydro, l’enjeu dépasse la seule production. Comme l’a rappelé Vincent Rivière, directeur Hydro Alpes, l’hydroélectricité demeure « la première des énergies renouvelables » mais surtout la plus réactive : les centrales peuvent démarrer ou s’arrêter en quelques minutes pour compenser les variations de consommation ou l’intermittence du solaire et de l’éolien, garantissant ainsi la sécurité du réseau.

Saut-Mortier, pivot du futur stockage électrique

La délégation s’est ensuite rendue à la centrale de Saut-Mortier, située en aval, où EDF développe un projet destiné à renforcer les capacités de stockage électrique du site.

Les responsables d’EDF ont détaillé ce qui doit devenir l’un des leviers majeurs de flexibilité du réseau. L’objectif est de transformer l’ensemble Vouglans–Saut-Mortier en STEP (station de transfert d’énergie par pompage), un système comparable à une batterie hydraulique géante.

« Une des qualités de l’hydro, c’est de permettre de stocker l’électricité sous forme d’eau », a rappelé Vincent Rivière devant la délégation. « Nos aménagements sont en réalité des batteries géantes, et c’est ce que nous développons ici. »

Concrètement, lorsqu’il y a trop d’électricité sur le réseau — notamment lors de fortes productions éoliennes ou solaires — l’eau est remontée vers une retenue supérieure grâce à des pompes. Lors des pics de consommation, elle est ensuite turbinée pour produire rapidement de l’énergie, contribuant à la flexibilité électrique nationale.

Alexandre Le Corre, directeur du Jura pour EDF Hydro, a insisté sur la rapidité d’intervention de ces installations : « Ce qu’on sait faire avec l’hydro, c’est mettre sur le réseau en quelques minutes la puissance de plusieurs réacteurs nucléaires », soulignant que ces centrales peuvent démarrer ou s’arrêter plusieurs fois par jour pour ajuster la production d’électricité.

La particularité du projet jurassien tient à sa configuration inédite : il deviendra la première STEP française à trois bassins. Une nouvelle pompe permettra de remonter l’eau depuis la retenue de Poizat vers Vouglans via Saut-Mortier.

Des travaux déjà entamés à la centrale hydroélectrique de Saut-Mortier.

« L’enjeu est double : utiliser ces pompes quand il y a trop de production sur le réseau, et garder cette eau pour produire quand on en a besoin », détaille Alexandre Le Corre. « C’est gagnant pour le système électrique et gagnant pour le territoire, puisqu’on dispose d’un levier supplémentaire pour gérer la ressource en eau. »

Le projet doit apporter 84 MW supplémentaires de flexibilité du réseau électrique. Le chantier, estimé à 140 millions d’euros, entrera dans sa phase principale au printemps pour une mise en service envisagée en 2031.

Pour les responsables du site, ce type d’ouvrage est aussi une réponse au changement climatique : « Demain, on aura sans doute des épisodes de pluie plus courts mais plus intenses. Il faut être capable de stocker cette eau et de décider quand on l’utilise. »

Une table ronde pour fixer le cap énergétique avec la PPE 3

C’est au cœur de la centrale de Saut-Mortier qu’a ensuite été organisée la table ronde consacrée à la Programmation Pluriannuelle Énergétique 3, réunissant industriels, représentants des filières énergétiques, élus locaux et parlementaires.

Autour du Premier ministre se retrouvaient notamment dirigeants d’EDF, de RTE et d’Enedis, représentants du nucléaire et des renouvelables, mais aussi industriels gros consommateurs d’électricité et élus des territoires concernés. Une mobilisation présentée comme inédite pour accompagner la nouvelle stratégie énergétique nationale et définir le futur mix énergétique français.

Une table ronde, où le Premier ministre est revenu sur la souveraineté énergétique du pays.

La nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie entend désormais sortir des oppositions stériles entre filières. Elle fixe un cap visant à augmenter la production d’électricité décarbonée tout en conciliant nucléaire et renouvelables afin d’atteindre 60 % d’énergie décarbonée dans la consommation finale d’ici 2030.

En conclusion des échanges, Sébastien Lecornu a appelé à dépasser les clivages : « Le clivage ne doit pas exister entre le renouvelable et le nucléaire. Le vrai sujet, c’est entre ce qui est décarboné et le fossile », a-t-il insisté, appelant les acteurs à conserver « sang-froid et sérieux » sur un sujet qu’il juge crucial pour la souveraineté du pays.