Keenon n’a que 12 ans. Il porte fièrement les couleurs de son club, l’entente sportive du Pays Maîchois (ESPM) et évolue au poste de milieu de terrain en championnat départemental. Un bon joueur selon ses dirigeants. Samedi 22 mars, son équipe joue à domicile contre les U13 du Football Club Trois Cantons qui rassemble les villages de Montenois, Lougres, Longevelle et Colombier-Fontaine.
Une plainte déposée dans les heures suivantes
« Nous étions à la 45ème minute et nous menions 2 à 1 dans un match serré et tendu. La pause coaching est intervenue et c’est là que s’est produit l’incident » déplore Julien, entraineur du jeune garçon, encore scandalisé par ce qu’il a entendu : « un monsieur présent au bord du terrain a tout simplement lancé à Keenon qu’un noir n’a rien à faire là ». Aussitôt, l’éducateur local suit la procédure mise en place par le district et le match est interrompu. L’enfant est en pleurs. La gendarmerie nationale est appelée sur place et recueille les témoignages dont celui de l’auteur de l’insulte raciste qui, selon les personnes présentes, réitère sans aucune gêne ses propos. Le match ne reprend évidemment pas. En pareille circonstance, le résultat sportif n’a que peu d’importance. Keenon est quant à lui récupéré par sa famille qui dignement et pour ne pas envenimer la situation quitte le stade et porte plainte dans les heures suivantes pour que la justice punisse cette attitude qu’ils dénoncent fermement.
Quelles solutions pour les clubs amateurs ?
De son côté, le club de l’ESPM a également réagi par la voix de son président Jean-François Barthoulot : « j’ai transmis aussitôt un courrier au président du District pour connaître la démarche à suivre et savoir si le club devait également engager une action judiciaire pour soutenir notre jeune joueur ». Dans ce courrier transmis en copie à son homologue du club du FC 3 cantons, le président souligne « qu’il est difficile de tout contrôler. Tous les clubs aimeraient pouvoir exclure définitivement ce genre de personnes du bord de nos terrains ».
Que faire quand il ne s’agit comme ici ni d’un joueur ni d’un dirigeant ? « C’est la première fois que nos éducateurs présents à ce match voyaient cette personne venue apparemment soutenir son petit-fils qui évolue chez nous », précise Stéphane Pétremant, président du FC 3 Cantons. Il tient par ailleurs à apporter son soutien au club adverse et bien entendu à Keenon et attend, comme tout le monde dans cette affaire les suites qui seront données. La plainte aboutira-t-elle à une condamnation pénale ? Une interdiction de stade est-elle envisageable à ce niveau alors que les spectateurs peuvent accéder sans contrôle et librement au bord de la plupart des terrains amateurs ?
La réaction du District
L’action de lutte contre le racisme voulue par la FIFA et la FFF est entrée en vigueur depuis la fin de trêve hivernale et mise en application par le District du Doubs Territoire de Belfort, avec à sa tête Daniel Rolet. « Cet incident est bien entendu regrettable. C’est le premier depuis la mise en place de la procédure qui a d’ailleurs été parfaitement appliquée à Maîche. J’en suis très triste mais c’est malheureusement le reflet de notre société aujourd’hui » confie-t-il avant de rappeler les mots forts des instances nationales et internationales du football dans leur combat contre le racisme dans leur sport. « Nous faisons partie d’une société où se côtoient des personnes différentes. Ces différences ne doivent jamais être utilisées pour isoler une ou plusieurs personnes. Les lois de la République Françaises punissent les discriminations. Dans notre club comme dans la vie, nos différences sont notre force ».