Où en est le dépistage des cancers aujourd’hui ?

Les chiffres ne sont pas bons. L’objectif je le rappelle c’est de mettre en place des actions en direction des populations à risques ou avec une fréquence élevée de maladie. Pour avoir un impact, ces campagnes de dépistage doivent toucher au moins 60% de la population concernée. Si on prend le cancer du sein, on n’y est pas encore en Franche-Comté. À l’échelle de la France, on est même en dessous de 50%. Concernant le cancer colorectal, on est à tout juste 35%. C’est nettement insuffisant et par conséquent il est difficile de faire baisser la mortalité. Le cancer du col de l’utérus est plus facilement détecté grâce aux prélèvements et analyses réalisés par les gynécologues, infirmières, sage-femmes ou médecins traitants. Le vaccin contre le papillomavirus joue également un grand rôle dans le recul de la maladie.

Comment inverser cette tendance ?

Le comité départemental de la Ligue contre le cancer poursuit ses actions d’incitation et de communication, en entreprises, sur les marchés, dans les quartiers et les villages… La prévention est une priorité. Il faut accentuer l’éducation en la matière, convaincre qu’en changeant certaines habitudes de vie on peut éviter certaines maladies. Le tabac, l’alcool, l’alimentation… Pour prendre un exemple concret, nous agissons en partenariat avec les communes pour mettre en place des espaces publics sans tabac. Ça participe, nous l’espérons, à faire reculer le tabagisme et donc la maladie.

Comment adaptez-vous vos missions ?

Nous continuons à aider les malades sous différentes formes, en équipant notamment les hôpitaux pour favoriser les diagnostics et dépistages. Nous développons un peu plus le service Proximité Cancer composé avec deux salariés du comité départemental. D’abord avec un psychologue disponible gratuitement pour les familles et aidants. Puis un assistant social pour aider aux démarches administratives et solliciter des aides financières, pour que ces problèmes-là ne viennent pas s’ajouter à la maladie elle-même.

Sur le terrain, vous agissez donc auprès des hôpitaux ?

Le CHU Minjoz à Besançon et le CHI de la Haute Comté à Pontarlier nous font un état de besoin et nous intervenons pour y améliorer les soins et les équipements à hauteur en moyenne chaque année de 100 000 €  pour le premier et 40 000 € pour le second. En plus du matériel, nous avons par exemple installé un salon des familles et fait intervenir des personnes pour des soins de supports, esthétiques ou encore des activités physiques adaptées. Tout cela vient en accompagnement.

L’aide à la recherche reste l’une de vos préoccupations ?

Nous axons notre aide sur la proximité en finançant par exemple des chercheurs du CHU de Besançon mais aussi au niveau national sur des sujets labellisés par la Ligue Contre le Cancer. Cette aide apportée à la recherche est moins importante aujourd’hui que celle apportée aux malades. Dans ce second domaine, il a faut suppléer l’Etat.

Vous mettez beaucoup d’espoir avec l’immunothérapie. Expliquez-nous ?

À l’inverse des traitements anticancéreux conventionnels, l’immunothérapie antitumorale ne cible plus directement les cellules tumorales mais le patient lui-même, afin de restaurer une immunité efficace contre la tumeur. Une immunothérapie va donc permettre de réactiver le système immunitaire du patient qui a été rendu inefficace par les cellules cancéreuses. Les médicaments utilisés sont des anticorps monoclonaux, produits en laboratoire. Ils vont déverrouiller le système immunitaire du patient, qui va alors pouvoir s’attaquer aux cellules infectées.

Quels sont vos moyens pour mener à bien toutes ces actions ?

Nous disposons en moyenne de 800 000 € annuels, des fonds importants provenant de manifestations comme la Ronde de l’Espoir ou de beaucoup d’autres organisées par des associations qui mettent leur énergie au profit de la Ligue Contre le Cancer. Tout cela est possible grâce à notre implantation. Nous avons 150 délégués dans les villages du département et 500 bénévoles mobilisés pour notre collecte annuelle qui rapporte environ 300 000 €. Au-delà de cet aspect financier, ce réseau nous permet aussi de faire remonter les questions et attentes des personnes atteintes de cancer.