Besançon. Le rassemblement contre les dégradations et violences urbaines vire à la confrontation

Réunis lundi 19 octobre devant l’hôtel de ville à l’appel de la municipalité, des habitants et des élus entendaient dénoncer les dégradations commises à Besançon deux jours plus tôt. Mais la mobilisation a rapidement été perturbée par un contre-rassemblement, où des manifestants ont dénoncé les violences policières et les difficultés sociales.

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Le lundi 19 octobre, un rassemblement contre les dégradations et violences survenues deux jours plus tôt vire à la confrontation © Hippolyte Sanseigne

Place du 8 Septembre, les deux groupes se font face. Plus de 200 personnes ont répondu à l’appel de la municipalité, tandis qu’en face, le contre-rassemblement rassemble lui aussi au moins un nombre comparable de participants. D’un côté, des élus et des habitants répondent à l’appel de la municipalité. De l’autre, un groupe de manifestants brandit des pancartes et scande des slogans antifascistes et anti-police. Lundi 19 octobre, à 18 heures, le rassemblement organisé devant l’hôtel de ville de Besançon sous le mot d’ordre #TouchePasÀMaVille prend rapidement une tournure conflictuelle.

À l’initiative de France urbaine et de l’Association des maires de France (AMF), le rendez-vous devait être un moment « républicain, citoyen et transpartisan », sans banderole. L’objectif affiché était de condamner les violences urbaines et les dégradations survenues dans plusieurs villes, dont Besançon, le samedi 17 octobre. La municipalité appelait à défendre la tranquillité publique et les valeurs républicaines, au-delà des sensibilités politiques. Mais alors que le maire, Ludovic Fagaut, prend la parole, les slogans lancés depuis l’arrière du rassemblement couvrent progressivement son discours. « Siamo tutti antifascisti », scandent plusieurs manifestants. Sur leurs pancartes, les revendications portent notamment sur les moyens de la police municipale et les services publics : « Plus de social, moins d’armes létales pour la police municipale » ou encore « Plus émues par les poubelles qui crament que par l’hôpital, la Sécu, les écoles qui crèvent ! »

Deux lectures des événements du 17 octobre

Aux côtés de Ludovic Fagaut lors de son discours se trouvent notamment le député Laurent Croizier, la présidente du Département Christine Bouquin et Pascal Routhier, maire de Saint-Vit, ainsi que plusieurs élus de la municipalité bisontine. Le maire de Besançon revient sur les événements du week-end : « Ce qu’il s’est passé à Besançon ce week-end, j’ai pas vu de gilets jaunes, j’ai vu des cagoules noires, des personnes qui cherchaient le chaos, ce sont ni plus ni moins des voyous. Les voyous n’ont pas leur place ici, ils ont leur place en prison. » À ses côtés, le député Laurent Croizier défend lui aussi l’appel à l’unité républicaine. « Le message, c’est un moment d’unité républicaine, face aux images qui ont choqué beaucoup de monde. Ce n’est pas ça la France, ce ne sont pas nos valeurs. On est dans un grand moment où les républicains disent non, les casseurs ne feront pas leur loi, on ne dialogue pas avec eux », affirme-t-il, dénonçant ces « casseurs » comme des « ennemis de la République ».

« Plus de social, moins d’armes létales pour la police municipale » © Hippolyte Sanseigne

De l’autre côté, les manifestants contestent cette lecture des événements et reprochent aux responsables politiques de condamner les dégradations sans prendre suffisamment en compte les causes sociales de la colère. Fabien, un jeune présent sur place, dénonce « ce discours qui fustige sans arrêt les violences commises sur l’espace public dans un contexte bien particulier. » Il poursuit : « La violence du système, elle est continue et gâche vraiment la vie des citoyens. C’est un cri de détresse de la part du peuple, ce qu’il se passe en ce moment, et tout ce qu’ils font, c’est stigmatiser sans cesse », estime-t-il.

La Marseillaise huée, les invectives fusent

Rapidement, les forces de l’ordre s’interposent entre les deux groupes. Une séparation physique s’installe tandis que les échanges se tendent. Des insultes et des provocations fusent de part et d’autre. Le discours du maire devient difficilement audible. À la fin de son intervention, la Marseillaise est entonnée. Une partie des personnes présentes l’accompagne, tandis que des huées retentissent du côté du contre-rassemblement. Le chant national, censé accompagner un appel à l’unité, devient à son tour un point de crispation. Parmi les personnes venues soutenir la démarche de la municipalité, Régis dit ne pas être opposé aux manifestations : « Je ne suis pas contre le fait de manifester, et même plutôt en accord avec certaines des revendications, mais je suis venu car je trouve absolument honteux ce que j’ai vu dans les rues de Besançon ce samedi. J’ai honte ! »

Quelques échanges malgré les tensions

Le contraste entre les deux groupes est frappant, notamment quand on constate l’écart d’âge qui les accompagne. Mais malgré les slogans et les invectives, certaines personnes des deux groupes se rapprochent pour échanger leurs points de vue. Des discussions s’engagent, non sans animosités et sans faire disparaître les désaccords, mais avec la volonté, chez quelques participants, de laisser la porte ouverte au dialogue.

Le rassemblement, qui se voulait pour la municipalité être un moment d’union s’est finalement déroulé sous le signe de la division.