Dossier de la semaine. Les agriculteurs du Doubs face aux défis du changement climatique

Réunis en session plénière au Conseil départemental le 17 septembre, les acteurs locaux du monde agricole ont dressé un premier bilan des difficultés rencontrées cet été. Au-delà des pertes, une question se pose désormais : comment adapter durablement les exploitations aux évolutions du climat ?

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Un troupeau de vaches dans les pâturages du Haut-Doubs, durement touchés par la sécheresse. © PG

Réunis en session plénière le 17 septembre au Conseil départemental du Doubs, les acteurs du monde agricole ont dressé un constat particulièrement préoccupant après un été marqué par une sécheresse exceptionnelle et les fortes chaleurs. Baisse de la production fourragère, recul du maraîchage et du lait biologique, diminution du rendement des vaches laitières : les conséquences du changement climatique se répercutent déjà dans les exploitations. Mais au-delà du constat, la profession entend préparer l’avenir et s’ouvre à de nouvelles pratiques pour adapter le modèle agricole au monde de demain.

Une sécheresse hydrique record et des stocks de fourrage au plus bas

Les conséquences de la sécheresse estivale se font déjà sentir dans les exploitations agricoles du Doubs. Pour mesurer l’ampleur du phénomène, les acteurs réunis lors de la session se sont notamment appuyés sur les données climatiques relevées ces dernières années dans le département. Selon les chiffres présentés par les experts, pour cet été 2026, le département a enregistré 72 jours de canicule et un déficit hydrique des sols compris entre 60 et 90 %. Des chiffres inédits et qui attestent de la gravité de la situation des sols dans le Doubs.

Le manque d’eau durant l’été a fortement freiné la pousse de l’herbe dans les pâturages. Conséquence : de nombreux agriculteurs ont ainsi dû puiser dans leurs réserves de fourrage pour nourrir leurs troupeaux. Ainsi, alors que l’automne ne fait que commencer, les stocks destinés à l’hiver sont déjà largement entamés. La situation est d’autant plus préoccupante que les très faibles précipitations de septembre n’ont pas permis aux prairies de retrouver une pousse suffisante. « Il n’y a presque pas eu de pluie en septembre, donc pas de valorisation ni de repousse d’herbe pour l’automne. Les seules exceptions au niveau du Département sont constatées dans les secteurs de Maîche et Morteau, où certains agriculteurs ont pu réaliser des coupes de regains », explique Philippe Monnet, président de la Chambre d’Agriculture 25-90.

Selon les premières estimations, les pertes de fourrage pourraient atteindre au moins un tiers de la production. Pour les exploitations laitières, les conséquences pourraient également être financières. Faute de stocks suffisants, les agriculteurs risquent de devoir acheter davantage de fourrage pour nourrir leurs animaux durant l’hiver. Une dépense supplémentaire qui pourrait représenter environ 20 % de charges en plus pour les exploitations concernées, déjà fragilisées.

La maraichage et la production de lait bio en première ligne

Au-delà de l’élevage, d’autres filières agricoles de la région sont confrontées à des difficultés. La situation est particulièrement critique pour le secteur du maraichage, frappé de plein fouet par la dégradation des conditions climatiques. Dans le Doubs et le Territoire de Belfort, la Chambre d’agriculture recense 26 exploitations maraîchères de moins que l’année précédente. La production de lait biologique connaît, elle aussi une période difficile. Dans le Doubs, elle aurait diminué de 13 % en 2026. Selon les chiffres communiqués par la Chambre d’agriculture, les volumes annuels seraient ainsi passés de 25 millions de litres en 2021 à 21,7 millions en 2026.

Des aides gouvernementales jugées insuffisantes par la profession

Face aux difficultés rencontrées par les agriculteurs, la question du soutien financier de l’État a également été abordée lors de la session. Début septembre, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, avait annoncé un plan d’urgence baptisé CASI – « Climat, Adaptation, Sécheresse, Incendies ». Une aide exceptionnelle chiffrée à « un milliard d’euros pour soutenir l’agriculture et redémarrer la production », prévoyant un certain nombre de mesures attendues de pied ferme par toute la filière.

Parmi elles figurent notamment l’indemnisation des exploitations les plus durement touchées au titre de l’indemnité de solidarité nationale (ISN), l’extension du soutien à certaines activités jusque-là non éligibles, l’allègement sous conditions de certaines charges fiscales ainsi que la création d’un fonds de réarmement agricole au niveau départemental. Dans le Doubs, une enveloppe de 1,15 million d’euros a été attribuée au préfet afin de soutenir la trésorerie des exploitations touchées. Dans la lignée de ce plan, la préfecture du Doubs a d’ailleurs annoncé, le 8 octobre dernier, une première mesure d’aide : un dégrèvement de taxe foncière sur les propriétés non bâties. Cette réduction d’impôt doit permettre de « prendre en compte les pertes de rendement agricole », selon les termes employés par la préfecture.

Ces annonces restent toutefois en deçà des attentes de la profession. Le président de la FRSEA de Bourgogne-Franche-Comté, Stéphane Sauce, a ainsi estimé que « les mesures annoncées ne sont pas à la hauteur ». Il juge notamment que « la prise en charge partielle des cotisations sociales pour les exploitations les plus en difficulté est loin de répondre à l’ensemble des besoins ». Avant de conclure : « Les éleveurs ont besoin de solutions rapides et concrètes ».

« Adapter les pratiques pour préparer l’avenir »

Malgré l’ampleur du constat et la déception suscitée par les aides gouvernementales, les agriculteurs doubiens réunis lors de cette session sont loin d’être résignés. Présentées par Émilien Claudepierre, président de la commission environnement de la Chambre d’Agriculture 25-90, plusieurs pistes visent à adapter les exploitations aux épisodes de sécheresse et, plus largement, aux évolutions climatiques. Parmi les solutions évoquées figure notamment le développement de cultures fourragères plus résistantes au manque d’eau, comme la luzerne. Cette plante pourrait contribuer à sécuriser une partie de l’alimentation des troupeaux et à réduire la dépendance des exploitations aux ressources fourragères les plus vulnérables aux sécheresses. Pour Stéphane Sauce, cette adaptation doit nécessairement s’inscrire dans la durée et s’accompagner d’un soutien public : « Nous ne pouvons pas nous contenter de gérer les crises les unes après les autres. L’agriculture doit pouvoir s’adapter durablement aux évolutions climatiques ». L’enjeu pour les agriculteurs du Doubs est donc de dépasser la gestion des crises successives pour engager des changements structurels.

Le GAEC des Charmes, un exemple local de diversification 

Parmi les exemples évoqués lors de la session figure le GAEC des Charmes, une exploitation laitière qui a fait le choix de diversifier ses prairies et d’adapter la taille de son troupeau aux ressources disponibles. « Nous avons ajusté la taille du troupeau aux ressources que nous pouvions produire au sein de l’exploitation », a expliqué devant l’assemblée le responsable de l’exploitation, située à Charmoille, qui élève des bovins dont le lait est destiné à la production de comté AOP. Grâce à la diversification de son assolement débutée il y a plusieurs années, le GAEC a atteint l’autonomie fourragère et a réduit son recours aux engrais. L’exploitation a également investi dans des citernes de récupération d’eau et dans des panneaux solaires installés sur ses bâtiments. Des choix innovants qui permettent aujourd’hui au GAEC de renforcer son autonomie et de mieux maîtriser certaines de ses charges. Un exemple local dont pourrait bien s’inspirer de nombreux autres agriculteurs particulièrement à l’écoute.

« L’adaptation ne repose pas sur une solution unique mais sur différents leviers. C’est possible, il faut préparer les exploitations pour l’avenir », a conclu le président de la Chambre d’Agriculture Philippe Monnet. Une résilience qui semble être partagée par l’ensemble de la filière et qui pourrait permettre aux agriculteurs doubiens de se sortir d’une situation particulièrement compliquée.