Carole Ely, directrice du Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF)

Malgré des violences faites aux femmes en constante augmentation, un féminicide tous les deux jours…on peut tout de même se réjouir que la médiatisation de ces événements tragiques ait libéré la parole des femmes victimes de tels actes. Les faits remontent.

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Pourquoi arrive-t-on à de telles extrémités ?

Depuis des siècles nous vivons dans une société patriarcale. il ne faut pas se voiler la face, la domination masculine reste encore très présente. Beaucoup d’hommes considèrent donc être supérieurs aux femmes et trouvent finalement normal d’exercer sur elles des violences physiques ou psychologiques, ce type de stéréotypes perdure.

On peut parler d’un problème systémique d’inégalités. Prenez l’exemple des salaires, à diplôme et compétences égales pour un même poste on a encore un écart de salaire de 20% en moyenne. Et encore, certains postes à responsabilité ne sont même pas proposés à des femmes, les hauts postes sont encore majoritairement occupés par des hommes alors que les diplômes sont parfois davantage obtenus par les femmes dans certaines filières…

 

Quel rôle pouvez-vous jouer ?

Le CIDFF, agrée par le ministère, est là pour faciliter l’accès au droit de ces victimes en leur apportant des informations juridiques tant sur un plan civil que pénal. concrètement on les accompagne en leur expliquant les démarches possibles mais aussi leurs conséquences sur leur quotidien en fonction de leur situation par rapport à la famille, aux enfants, au travail… chaque cas est en effet différent et nécessite cette approche individualisée. Et nous ne nous arrêtons pas aux questions purement juridiques. Nous travaillons en effet avec d’autres institutions et avec des associations afin d’apporter un panel de réponses et un accompagnement global.

 

Comment faire appel au CIDFF ?

Notre bureau est situé à Besançon mais nous tenons des permanences dans 25 lieux différents dans le Doubs, il est donc facile de venir à notre rencontre d’une façon ou d’une autre, sans compter bien sûr le téléphone. Nous avons eu l’an dernier 2166 entretiens liés à nos différentes compétences, vie familiale, parentalité, violences, situation administrative, travail… mais dans un tiers des cas, ce sont malheureusement les violences qui sont évoquées. A nous de savoir écouter et repérer ce qui est trop souvent passé sous silence pour libérer la parole des victimes.

 

Quelles actions concrètes menez-vous ?

Nous intervenons en milieu scolaire pour promouvoir dès le plus jeune âge l’égalité filles garçons, faire comprendre que les violences conjugales se rencontrent partout , y compris dans les jeunes couples  car c’est parmi ceux-ci que l’on constate de plus en plus de violences sexistes voir sexuelles. La notion de consentement est d’ailleurs très importante : savoir dire non et faire comprendre qu’un refus d’avoir des relations est un refus et donc que passer outre est punissable. C’est une question d’éducation.

 

Vous vous adressez à d’autres publics ?

La sensibilisation des commerçants est également importante via notre dispositif « Ici, on peut demander Angela ». Ils sont formés pour accueillir une personne par exemple suivie ou harcelée dans la rue et qui a besoin de se mettre à l’abri, de trouver refuge dans leur boutique.

Enfin, nous proposons des formations dans les collectivités afin que les agents sachent détecter ce type de comportements. C’est aussi le cas le cas dans les milieux culturels où une telle formation du personnel est devenue parfois obligatoire. Nous sensibilisons et formons aux violences sexuelles et sexistes quel que soit le secteur professionnel.

Nous assurons des formations annuelles auprès du CHRU pour mieux accueillir et détecter les femmes victimes de violences, ainsi qu’auprès de professionnels dans le cadre du plan départemental de lutte contre les violences faites aux femmes sous l’égide de Monsieur le Préfet.

 

Peut-on être optimistes pour l’avenir ?

On note une petite évolution dans la société mais encore trop lente. Il est donc important que les enfants ne grandissent pas dans un contexte où les inégalités réelles femmes-hommes restent prégnantes, d’où nos interventions en milieu scolaire.

Et puis n’oublions pas que la chaine des conséquences est claire : à un bout de chaine il y a les inégalités et à l’autre il y a les violences et les féminicides. Il est donc important de déconstruire de modèle basé sur la supériorité des hommes à tous les niveaux de la société, de sensibiliser, de prévenir et aussi de détecter pour aider celles qui en ont besoin.

 

Dénoncer, son voisin par exemple, ce n’est pas si simple ?

Parfois, il peut suffire d’être là pour la victime. De lui dire que vous êtes là, qu’elle est une victime qui n’a pas à subir de tels agissements, la déculpabiliser afin qu’elle fasse les démarches nécessaires. Elle n’est jamais responsable et on a toujours le choix de ne pas être violent. Cette simple écoute peut avoir son importance. Alors certes, on peut avoir peur de le faire pour ne pas paraitre intrusif mais il faut aussi apprendre à prendre ses responsabilités pour éviter des drames et vivre dans une société moins violente et plus égalitaire.