Rappelez-nous ce qu’est une zone humide ?
Le code de l’environnement définit une zone humide comme un terrain exploité ou non, habituellement inondé ou gorgé d’eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire. La végétation quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l’année. Cette définition est large et regroupe de nombreux milieux comme les prairies humides, mares, tourbières, forêt alluviales ou ripisylves c’est-à-dire les boisements de bord de cours d’eau, marais, bras morts de rivières et fleuves, pourtours de lacs, pourtours d’étangs, ou encore zones de sources d’eau.
Comment étaient-elles perçues par le passé ?
Historiquement, les zones humides ont été considérées comme des environnements inutiles voire insalubres, propices au développement de maladies, et compliquant l’exploitation du territoire pour l’agriculture. De nombreuses parcelles ont été drainées pour être assainies. Au cours du 20ème siècle, plus de 70% des zones humides ont disparu, représentant environ 2,5 millions d’hectares en France. En Bourgogne-Franche-Comté, on estime que 50% des zones humides ont disparu, principalement dans les vallées alluviales. Elles peuvent avoir été drainés pour de nombreuses raisons.
Pourquoi ont-elles disparu au cours du temps ?
L’extension urbaine des villes et des routes a participé à grignoter ces espaces. Les pratiques agricoles sont étroitement liées au fonctionnement des zones humides et également à leur disparition. De nombreuses prairies humides sont drainées pour être mises en culture. Les travaux d’aménagements des cours d’eau réalisés pour lutter contre les inondations, ont contribué à réduire la surface des zones humides et à perturber leur fonctionnement. Les pollutions de l’eau affectent également le bon fonctionnement biologique des zones humides, et peuvent entraîner la disparition d’espèces, ou encore l’eutrophisation.
Pourquoi décide-t-on de les protéger désormais ?
Parce qu’elles sont un atout pour les territoires. Elles permettent de retenir l’eau qui, lors des périodes de sécheresse, y est stockée et peut progressivement être restituée et ainsi permettre de maintenir un débit minimal dans les rivières. À l’inverse, lors de fortes crues, elles permettent de ralentir les eaux et de limiter l’impact des inondations. Les zones humides peuvent jouer également un rôle d’épurateur de l’eau. Les ripisylves offrent un couvert végétal qui permet de maintenir les eaux fraiches en période estivale et ainsi limiter l’eutrophisation. Ce sont aussi des réservoirs de biodiversité, essentiels à la vie et à la reproduction de nombreuses espèces. Les zones humides, particulièrement les tourbières, permettent de stocker de grandes quantités de carbone. Leur destruction entraîne non seulement une perte de capacité de stockage mais également le relargage de ce carbone dans l’atmosphère.
Quelles menaces pèsent sur les zones humides ?
La disparition des zones humides est toujours d’actualité malgré la mise en place de mesures de protection. Aux actions anthropiques, s’ajoutent maintenant les effets du dérèglement climatique qui ont également un impact par l’assèchement partiel ou total de certaines zones humides. La perte de ces zones représente des dommages importants sur le fonctionnement des milieux aquatiques et sur la biodiversité, d’autant plus qu’il est très compliqué de recréer un milieu humide une fois détruit. Pour toutes ces raisons, il est indispensable de les protéger et de les restaurer le cas échéant.
Quels moyens sont mis en œuvre pour les protéger ?
Il faut d’abord savoir où elles se trouvent en réalisant des inventaires dont les données sont disponibles sur le Réseau Partenarial des Données sur les Zones Humides. Lors de l’évaluation de l’impact environnemental de nouveaux projets d’aménagement, des zones humides peuvent également être inventoriées. Elles sont alors protégées réglementairement et tout projet ayant un impact sur celles-ci se doit de mettre en place la séquence Eviter, Réduire pour éviter de les détruire ou a minima de réduire les impacts de l’aménagement sur son fonctionnement.
Peut-on à la fois aménager le territoire et préserver ces zones ?
Ce n’est pas nécessairement incompatible. L’approche Solutions Fondées sur la Nature valorise des projets s’appuyant sur les fonctions des milieux naturels pour palier des problématiques anthropiques. La restauration de zones humides peut ainsi être conjuguée à la lutte contre les inondations et les sécheresses, à lutter contre les îlots de chaleur, et participer à un cadre de vie plus agréable. Un des autres outils principaux de protection des zones humides est leur classement en protection forte. Les services de l’État travaillent ainsi à la mise en place du Plan National Milieux Humides, qui prévoit de doubler la superficie des zones humides sous protection forte d’ici 2030 en France.