Vous serez à Besançon le 14 mars prochain lors du concert Tendances 80-90’s. Dans quel état d’esprit abordez-vous cette date dans le Doubs ?
Je pense que ça va merveilleusement bien se passer. Normalement, je ne fais plus les tournées « années 80 », mais Tendances est la seule que je garde. C’est une très belle tournée, avec de vrais musiciens, des choristes, une ambiance de scène incroyable. J’y chante évidemment mes tubes Ève lève-toi, Maria Magdalena ou Nouvelle vie, mais je me permets aussi de jouer quelques morceaux de Origami, mon dernier album sorti en 2022. Et puis j’ai quelques copains qui passent avant moi, ça met de bonne humeur.
Comment expliquez-vous que l’engouement pour les années 80-90 reste aussi fort ?
Je crois que c’est un peu un doudou pour les gens. Ils idéalisent beaucoup cette période, alors que tout n’était pas rose. Mais ça leur rappelle un moment où, peut-être, ils pensaient moins aux difficultés de la vie. Et puis ça touche toutes les générations, de 7 à 77 ans.
Qu’est-ce qui vous pousse encore à monter sur scène et produire de la musique ?
La passion. Je passe ma vie à écouter de la musique, je vais en concert voir Pink, Billie Eilish… C’est normal pour moi, j’aime ça. Et j’ai eu d’excellents retours sur Origami (son dernier album, sorti en 2022, ndlr), j’ai eu l’impression de me réinventer sur ce disque. Vous savez, on n’a qu’une vie et comme j’ai des difficultés de santé, je la vis à 120 000 à l’heure.
Vous avez parlé publiquement du cancer de l’endomètre dont vous avez été victime, qu’est-ce qui vous a poussé à être transparente par rapport à cette maladie ?
Parce que ça suffit, les femmes n’ont pas à cacher leur douleur. J’ai passé ma vie à me faire opérer sans rien dire. Aujourd’hui, j’en parle parce que j’en ai marre et parce que c’est un devoir, quand on est une figure publique, d’aider les autres. Je veux dire aux femmes qu’elles ne sont pas seules. Je continue d’en parler dès que je le peux.
Votre tube Ève lève-toi (1986) est aujourd’hui perçu comme un hymne féministe. À l’époque, ce message était-il compris ?
Pas du tout ! Aucune radio n’acceptait de la passer au départ. C’est en boîte de nuit que les remix ont explosé, les jeunes dansaient dessus et ont acheté mon disque et je suis restée six mois dans le Top 50. La chanson commence par « Oh femme unique », normalement on ne peut pas trop se tromper sur son sens. Le message de la chanson a été compris avec le temps.
Près de quarante ans plus tard, quel regard portez-vous sur la place des femmes dans l’industrie musicale ?
J’ai longtemps été très malheureuse dans ce milieu. J’ai été manipulée, écrasée par le patriarcat qui dominait l’industrie. Le fameux « t’es belle, mais tais-toi », le chantage… je connais. Quand tu es une femme, il faut t’accrocher avec les dents. Les jeunes artistes d’aujourd’hui ont compris ce que nous avions subi. Elles se laissent moins faire, et on les écoute davantage. Ça a avancé, oui, mais est-ce vrai pour toutes ? Je ne suis pas sûre.
Le sexisme vous touche-t-il encore aujourd’hui ?
Je suis prise au sérieux désormais. En revanche, il y a l’âgisme : « à son âge, qu’elle nous lâche ». Moi, je suis très fière de mon âge. Très fière d’exister encore, d’avoir ma voix et un public. Vieillir, c’est une chance. Et ceux qui pensent qu’une femme ne devrait plus se montrer à mon âge, je les emmerde. J’ai une grande référence, Sheila, qui a 80 ans, dit merde à tout le monde.
Quels sont vos projets pour 2026 ?
Un nouvel album, avec un son plus électro-pop. Et pour célébrer ce disque et les 40 ans d’Ève lève-toi, je serai à l’Alhambra à Paris le 4 avril 2026 : un tout nouveau show, une nouvelle équipe, et quelques surprises.

































