Daniel Perrin, président des communes forestières du Doubs

Les forêts souffrent, dans le Doubs comme ailleurs, victimes d'un changement climatique inéluctable auquel il faut donc faire face. Les élus des communes propriétaires de forêts sont en première ligne et doivent trouver des solutions.

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Comment se portent les forêts du Doubs ?

Depuis 2018 en particulier, nos forêts souffrent du changement climatique de façon de plus en plus importante. Avant cela, la chalarose a attaqué les frênes en les faisant mourir à petit feu. Mais avec le changement climatique, les hêtres ont souffert du manque d’eau et ont séché pour un grand nombre d’entre eux…Ce sont des situations qui d’ailleurs, en plus du problème écologique, posent question quant à la sécurité car il devient nécessaire de sécuriser les sentiers de randonnées pour éviter que les arbres fragilisés ne cassent et tombent.

Qu’en est-il des résineux ?

Eux aussi souffrent particulièrement, victimes des scolytes dont la prolifération est exponentielle avec les épisodes de chaleur qui favorisent leur développement. Ces insectes détruisent les peuplements d’épicéas. A basse altitude, les forêts sont très touchées, parfois même totalement détruites. Les sapins commencent eux aussi à être attaqués par un autre insecte mais souffrent particulièrement du manque d’eau. Leur situation devient préoccupante pour l’avenir car une fois malades, leur bois se détériore rapidement alors que les épicéas scolytés résistent mieux dans le temps et gardent leurs qualités mécaniques. Il existe pour eux un marché qui permet de les valoriser.

Comment s’adaptent les communes ?

Les communes forestières qui ont procédé à de nombreuses coupes ces dernières années ont vendu du bois et disposent donc de l’argent de ces ventes. Mais elles ont effectué des coupes qu’elles auraient dû étaler dans le temps. Elles ont répondu à l’urgence mais ont finalement entamé leur capital et auront beaucoup moins de recettes dans les années à venir alors qu’elles devront réinvestir pour reconstituer leur forêt. En altitude, les communes n’ont pas effectué les coupes qu’elles auraient dû faire pour permettre l’écoulement des bois scolytés. Elles ont conservé leur bois mais aujourd’hui le marché se dégrade en raison de la baisse du nombre de permis de construire et le scolyte se développe maintenant en altitude. Ces communes subissent donc un double risque : un risque de marché et un risque lié au parasite. Les communes forestières risquent donc de souffrir encore plus dans les années à venir.

Quel rôle joue votre association ?

L’association essaie de réguler le marché du bois et de conseiller les collectivités adhérentes. La priorité est d’écouler et de vendre d’abord les bois qui dépérissent rapidement. Ce qui implique de ne pas mettre maintenant sur le marché des bois verts. Sur un autre plan, l’association se mobilise afin que l’Etat augmente ses moyens pour aider les communes dans la reconstitution des peuplements forestiers et soutienne financièrement les communes sinistrées.

Était-il possible d’anticiper ?

Une commune forestière dispose d’un plan d’aménagement de sa forêt pour 20 ans. Mais les prévisions qui y sont faites pour les coupes annuelles ont été programmées en configuration climatique normale, ce qui n’est plus le cas désormais où sécheresses et records de températures se succèdent. Même si nous avons évoqué les conséquences du changement climatique lors de nos assemblées générales, nous n’avions pas imaginé l’ampleur des conséquences que nous connaissons aujourd’hui.

Que faire à l’avenir ?

Face à la situation, nous avons demandé à nos communes de limiter l’état d’assiette des coupes à 30% de ce qui était prévu dans le plan d’aménagement pour permettre l’écoulement des bois sanitaires. L’année prochaine et les suivantes, on n’est même pas sûr de pouvoir maintenir ce pourcentage déjà très bas…

De quelles aides peuvent bénéficier les communes forestières ?

Dans le cadre du Plan de Relance de l’Etat, des aides ont été octroyées pour reconstituer nos forêts en plantant davantage de feuillus et des résineux plus résistants au changement climatique. A partir de l’an prochain va se mettre en place le programme France 2030 avec des crédits importants disponibles pour des travaux forestiers. On peut souligner que l’Etat n’avait pas réinvesti autant dans les forêts françaises depuis très longtemps, ce qui est sans doute un signe supplémentaire de la gravité et de l’urgence de la situation.

Vous demandez plus de la part de l’Etat ?

On s’interroge sur les années à venir. Les communes forestières vont forcément, à un moment ou à un autre, voir leurs recettes tellement chuter qu’elles auront de grandes difficultés pour boucler leur budget de fonctionnement et d’investissement.

L’avenir justement, comment le voyez-vous ?

Nous sommes à un tournant. Les paysages vont forcément changer dans les dix à vingt ans à venir car nos forêts ne seront plus mêmes. Il y aura davantage de feuillus et moins de résineux. A nous élus d’accompagner cette évolution.