Doubs. Élections législatives 2024 : la grande pagaille française

Après le score historique du Rassemblement National (31,5%) aux élections européennes, le Président de la République a annoncé une dissolution de l’Assemblée nationale. Un choix qui chamboule le paysage politique français et provoque de nouvelles élections législatives anticipées, le 30 juin et 7 juillet. Récit de quatre jours rocambolesques.

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Nous aurions dû revenir sur le résultat du dimanche 9 juin. Du raz-de-marée par le Rassemblement National (RN) annoncé puis confirmé dans les urnes (33,66% dans le Doubs) y compris dans les bastions socialistes comme à Besançon. Nous aurions dû avoir une réaction et analyse des élus locaux sur ce résultat, des conclusions à en tirer dans la politique locale, face à ce vote de colère et d’une abstention massive (45,8% en comptant les votes nuls ou blancs dans le Doubs). Du bon score des Républicains dans le Haut-Doubs, des micro partis, comme celui de Jean Lassalle toujours implanté en ruralité, d’une débâcle de la majorité présidentielle, récoltant moins de la moitié du score du RN (Besoin d’Europe, 15,1%).

L’annonce du Président de la République de dissoudre l’Assemblée nationale a tout bousculé. La manière de le faire est encore plus cinglante : 20h dimanche, le score du RN tombe. À 20h30, la tête de liste Jordan Bardella fête la victoire en demandant la dissolution et 21h Emmanuel Macron, s’exécute. La surprise est totale. « Je ne m’y attendais absolument pas, pas pour une élection européenne », confie Annie Genevard, députée sortante de la 5e circonscription du Doubs. « J’étais convaincu qu’il n’y en aurait pas, parce que l’on risque de retomber dans une situation similaire mais en pire, avec une majorité relative du RN », analyse Éric Alauzet, député Renaissance de la 2e circonscription au micro de Plein Air, dimanche soir.

Nouveau Front Populaire à gauche

Ce sont pourtant bien à eux de repartir devant les électeurs dans deux semaines, avec un premier tour organisé le dimanche 30 juin et un second le 7 juillet. Tel un coup de tonnerre, la puissance de cet éclair constitutionnel a ensuite laissé place au vacarme des mouvements politiques. Dès lundi soir, à gauche, les figures de chaque parti se sont réunies pour constituer une nouvelle coalition, le Front Populaire. Fait notable, François Ruffin mène les négociations au nom de La France Insoumise. Le député de la Somme reste la figure la plus populaire et acceptée des autres clans. Après deux ans à s’entre-déchirer en particulier pendant la campagne européenne, l’union pour « barrer l’extrême droite » reste encore fébrile, comme en témoigne le comportement de Raphaël Glucksmann. La tête de liste de l’alliance PS – Place Publique aux européennes, troisième avec 13,83%, s’est autorisé à imposer des conditions à ce futur Front Populaire en direct sur France 2. Qu’à cela ne tienne, dans le même temps à l’autre bout de Paris, des représentants LFI, EELV, PCF, PS, Génération.s, GRS et Place Publique entérinent cette union. Les oppositions n’ont pas attendu très longtemps pour railler cette « compromission avec l’extrême gauche » de la part du Parti Socialiste.

Mercredi 12 juin au matin, la clé de répartition des circonscriptions pour ce Front populaire est actée : 229 pour la France Insoumise, 175 pour le Parti Socialiste, 92 pour EELV et 50 pour le parti communiste. Preuve qu’une négociation a bien eu lieu (ndlr, le PS n’avait que 70 candidats en 2022). « Reste à discuter au cas par cas suivant les chances de victoire d’un candidat ou d’un autre. », confie un élu proche des négociations. Traduction : les candidats de 2022 ne seront peut-être pas ceux de 2024. À Besançon néanmoins, Séverine Véziès (LFI) pour la 1ère circonscription et Stéphane Ravacley (PS) pour la 2nd se disent prêts à y retourner.

Les députés sortants repartent

Les candidats de la majorité présidentielle eux, sont déjà confirmés : les deux députés sortants Laurent Croizier (Modem) pour la 1ère et Éric Alauzet (Renaissance) pour la 2nd sont investis. Le maire de Saône Benoit Vuillemin, candidat pour remplacer E.Alauzet, n’a pas été retenu par le bureau national.

À droite, la trahison d’Éric Ciotti

Le vacarme politique né de cette dissolution trouve un écho assourdissant à Droite par l’action d’un seul homme : Éric Ciotti, président du groupe Les Républicains. L’annonce d’une alliance avec le Rassemblement National en direct sur TF1 ce mardi 11 juin, contre l’avis de nombreux élus LR, a scindé son parti en deux. Dans la foulée, des figures de la Droite ont exprimé leur colère face à une telle déclaration. Secrétaire générale des Républicains, Annie Genevard a convoqué une réunion exceptionnelle des cadres du parti, mercredi après-midi, pour acter l’exclusion d’Éric Ciotti. « Il a parlé à titre personnel et ne peut pas engager le mouvement. Je condamne cet acte, il apporte de la confusion à un moment où il faut s’unir pour une campagne. Nous nous étions réunis la veille avec le président du Sénat Gérard Larcher, Éric Ciotti n’a rien laissé paraître. Personne n’a été consulté, il ne reviendra pas. »

La députée sortante se représente dans la 5e circonscription, contre le Rassemblement National. « Cet accord complique une campagne déjà très courte. J’ai choisi la constance, la stabilité et du respect pour mes électeurs. Je ne veux pas que les habitants aient à choisir entre l’extrême gauche ou l’extrême droite. Nous sommes et restons une alternative républicaine face à cette instabilité initiée par Emanuel Macron. » Le flou est total. Face à l’élue, ce mercredi 12 juin, le Rassemblement National a réorganisé ses candidatures en actant la coalition LR-RN. Dans le Haut-Doubs c’est une agricultrice, Floriane Jeandenand, qui porte cette étiquette. « Cet accord est attendu par tout le monde, il a été acté par le président des Républicains. Annie Genevard ? Elle ne sera peut-être plus membre du parti dans quelques heures », confie Jacques Ricciardetti, référent départemental du RN. Comme la conseillère régionale Nathalie Fritsch, déjà candidate en 2022, les deux militants ne seront pas candidats dans la 3e circonscription, le bureau national ayant décidé de placé un nom choisi par Les Républicains.

À 17h ce mercredi 12 juin, les cadres du parti annoncent l’exclusion d’Eric Ciotti. L’intéressé répond dans le même temps : « aucune des décisions prises à cette réunion n’emporte de conséquence légale. », tout en ajoutant une menace. « Elle peut avoir des conséquences pénales. » Lunaire. À Besançon pour l’étiquette RN, avec les LR ou non, ce sera Thomas Lutz dans la 1ère circonscription, annoncé dans le même temps comme candidat aux municipales de 2026. Eric Fusis repart dans la 2nd circonscription (Besançon Est) quand Géraldine Grangier, députée sortante de la 4e, défendra son siège. Tout devrait encore bouger jusqu’au dépôt officiel des candidatures.

M.S