Jeux Olympiques : Quentin Fillon Maillet au sommet de son art

C'était la dernière semaine des Jeux Olympiques où les Français, mercredi 16 février, comptaient 12 médailles. Retour sur les performances et le vécu des athlètes du massif jurassien. De l'expérience et du plaisir pour les plus jeunes, la consécration d'une vie pour Quentin Fillon-Maillet.

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Quentin Fillon Maillet

Seul, sur sa planète. Alors que l’on pensait que le biathlon français ne retrouverait peut-être pas un successeur à Martin Fourcade de si tôt, Quentin Fillon-Maillet a même surpassé le maître à Pékin. Aucun français avant lui n’avait remporté cinq médailles lors des mêmes Jeux Olympiques d’Hiver. Il faut remonter en 1924 avec Roger Ducret en escrime (trois médailles d’or et deux d’argent) et Julien Brulé au tir à l’arc (une or, trois argent et une bronze) aux Jeux de 1920 pour trouver pareil exploit. En attendant vendredi 18 février, jour de la Mass Start, où la biathlète pourrait être le seul à décrocher six médailles en une seule édition des JO. Un potentiel 100% historique, légendaire, les superlatifs ne manquent pas.

Seul français a décroché cinq médailles aux JO d’hiver

Tout commence le 5 février d’abord, au lendemain de l’ouverture de la compétition. Au relais mixte, accompagné de Julia Simon, Anaïs Chevalier-Bouchet et Emilien Jacquelin, Quentin Fillon-Maillet décroche une première médaille d’argent, signe que le jurassien est dans la continuité d’une saison incroyable en Coupe du monde. Trois jours plus tard, il confirme les attentes placées en lui. Favori au départ du 20 kilomètres individuel homme mardi 8 février, il vit une course à rebondissement où son tir n’est pas aussi parfait qu’à l’accoutumée. L’un des rares athlètes à fabriquer lui-même son arme, notamment en utilisant du bois de noyer rectifie la mire et avale la piste en ski de fond pour décrocher sa première médaille d’or.

Son histoire à Pékin, c’est un chassé-croisé avec les autres cadors du biathlon les deux frères norvégiens Johannes et Tarjei Bø. Le français se glisse entre les deux lors du sprint hommes le 12 février, remportant sa troisième médaille, la seconde en argent à Pékin. Infatigable malgré l’enchainement des courses, QFM décroche l’or dès le lendemain sur la poursuite hommes. Mardi 15 février, il retrouve sa bande de potes, sur le relais hommes. Avec Fabien Claude, Emilien Jacquelin et Simon Desthieux, il offre une nouvelle médaille à la délégation française, encore en argent. Malgré son parcours historique, le jurassien se dit même « un peu déçu de ne pas avoir réussi le tir comme lors des courses précédentes » en conférence de presse. Une mentalité de gagnant pour ajouter une ligne de plus à sa légende, dès vendredi sur la dernière épreuve du biathlon aux JO : la Mass Start.

 » En quatre ans, tout peut changer » 

Seule, au sommet d’un tremplin qui pourrait l’emmener très haut à l’avenir. Pour sa première participation aux Jeux Olympiques, Joséphine Pagnier, 19 ans, s’est d’abord isolée, seule, dans un appartement un mois avant la compétition, « pour ne pas louper mon rêve à cause du Covid qui m’a bien fait stresser jusqu’à l’hôtel ! », se remémore la sauteuse. La gamine de Chaux-Neuve qui a grandi en face du tremplin est aujourd’hui une vraie compétitrice dont l’objectif à Pékin était un top 15 « voire un top 10 étant donné mon bon début de saison. J’ai voulu profiter de tout, tout en restant focus sur mes sauts. » Marquée aussi par l’organisation chinoise, les paysages désertiques, le froid (jusqu’à -34 degrés ressenti) et le triomphe de son compère. « Quentin n’a pas toujours eu une carrière facile et le voir briller, c’est hyper inspirant pour la suite. J’étais ici pour vraiment « kiffer » au max, j’ai profité de l’instant présent. »

Elle l’avoue aussi, avoir cogité « une nuit seulement » sur sa course. Après un premier très bon saut où elle termine 7e, les conditions météo et une petite erreur font reculer la jurassienne, finalement 11e du saut à ski féminin. « J’avais un peu le résultat amer par rapport aux conditions mais ça s’est vite dissipé car les Jeux, il faut en profiter jusqu’à la dernière seconde. » Désormais, la découverte laisse place la responsabilité : Joséphine Pagnier sera à coup sur, une chance de médaille dans quatre ans, à Milan. « J’ai quatre années pour me préparer où tout peut arriver. C’est une pression et j’adore ça. »

« C’est magnifique d’être là, quand je vois où j’en étais il y a quelques mois encore »

Seul, au bord de la piste. C’était inespéré il y a encore quelques mois pour Edgar Vallet. Le jeune Pontissalien vit ses premiers Jeux Olympiques aussi à 21 ans d’une toute autre manière. Sélectionné comme cinquième athlète du combiné nordique dans les derniers jours avant le départ pour Pékin, le skieur savoure ce rôle de remplaçant. « Je m’entraîne tous les jours à fond pour être prêt au cas où l’un des titulaires doit être remplacé. Quand je vois d’où je reviens, c’est magnifique d’être là, je ne m’y attendais pas du tout. C’est aussi une marque de confiance de la part de l’équipe de France et ça m’a vraiment fait chaud au coeur. », explique l’athlète.

Ce jeudi 17 février, lors du combiné nordique par équipe, le français avait une dernière fois peut-être l’occasion de participer à la dernière minute aux Jeux, s’il l’un des quatre titulaires ne pouvait disputer la course. Tout comme Joséphine Pagnier, Mattéo Baud a 19 ans et tout comme la sauteuse, le skieur de Metabief a savouré chaque seconde pour ses premiers jeux où il termine 18e sur petit tremplin et 21e sur grand tremplin. « C’est du pur bonheur, il n’y a aucun regret j’y suis allé sans objectif particulier car mon début de saison n’est pas le meilleur. Je manque encore d’expérience et pour m’améliorer en fond, il faut travailler encore plus. Ma force sur le saut pourrait me permettre d’obtenir de bonnes places à l’avenir. Quentin reste un exemple à suivre. J’ai échangé aussi avec ma famille après les premières compétitions, c’était un super moment avec une émotion forte ! »

Ce mercredi 16 février, il restait quatre jours d’épreuves pour rapporter encore plusieurs médailles à l’équipe de France et espéré égaler le score de 2014 et 2018. En attendant de le battre, peut-être, en 2026, grâce à nos athlètes du Haut-Doubs.

Martin SAUSSARD