Les pompiers ont 500 ans

Cette année, les pompiers célèbrent les 500 ans d’un texte organisant la lutte contre les incendies à Besançon. Depuis une vingtaine d'années, Sébastien Freidig, chef du groupement des services techniques et de la logistique des pompiers du Doubs, mène des recherches sur l’histoire des pompiers

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Les sapeurs-pompiers de Besançon vers 1920. Collection des sapeurs-pompiers de Besançon.

Au fil de son histoire, Besançon a été marqué par de nombreux incendies. À l’occasion du 500ème anniversaire d’un texte fondateur, il nous livre les conclusions de son travail et les défis aujourd’hui rencontrés par les pompiers. « Mais les hommes luttent contre le feu depuis qu’il y a quelque chose à préserver », nuance avec raison Sébastien Freidig, chef du groupement des services techniques et de la logistique des pompiers du Doubs.

S’organiser pour lutter contre les incendies

Au milieu du XVe siècle, en 1452, un énorme incendie éclata à Besançon. Près d’un tiers de La Boucle partit en fumée. Au moins cinq personnes décédèrent. Longtemps, ce feu resta dans les mémoires. Peu après, en 1520, un autre gros incendie éclata dans la ville, touchant le couvent des cordeliers et une dizaine d’édifices. Pour mieux faire face, un texte fut alors promulgué en 1522. L’accent fut mis sur la prévention : ramonage des cheminées, présence d’eau à proximité… et sur la répartition des tâches en cas d’incendie. Deux ans plus tard, dans un nouveau document en date du 26 septembre 1524, la lutte contre les incendies fut confiée à des « Gardes de Feu ». Une meilleure organisation, pour plus d’efficacité !

Incendie sur incendie…

Au cours de son histoire, et comme toutes les villes, Besançon connut de terribles incendies. Le commandant Sébastien Freidig en retient quelques-uns. Le 8 avril 1840 par exemple, une partie de l’hôpital Saint-Jacques brûla, tandis que le 9 juin 1868, une distillerie explosa. En 1890, un feu partit d’un atelier de charronnage et se propagea au 12, rue Charles Nodier, détruisant 25 appartements. En 1914, un autre toucha la rue Renan, alors que durant la Seconde Guerre mondiale, beaucoup de personnes périrent lors du bombardement de la gare Viotte, des quartiers des Chaprais, Saint-Claude et Montrapon. Autre fait mémorable : l’incendie en 1958 du magnifique théâtre du XVIIIe siècle, œuvre de Claude Nicolas Ledoux (1736-1806), rue Mégevand. Plus récemment, en 1973, les anciens se souviennent peut-être de l’incendie des raffineries du Midi à Roche-lez-Beaupré. Et pour notre siècle, celui de la rue Picasso avait marqué les esprits en 2005. Le 31 décembre 2019, à Planoise, un parking sous-terrain fut également touché, entraînant la destruction de plus de 150 véhicules.

Un incendie rue Renan en 1914. Collection privée du commandant Sébastien Freidig.

« La lutte contre l’incendie, c’est une lutte perpétuelle contre le temps », Sébastien Freidig.

Des innovations arrivent à Besançon

Peu importe l’époque, face à un incendie, « on fait ce que l’on peut avec ce que l’on a », poursuit le pompier. Pour lui, l’introduction des pompes a été un tournant dans la lutte contre les incendies. C’est d’ailleurs à ce moment-là que l’utilisation du terme « pompier » est acceptable. Elles furent redécouvertes en France à la fin du XVIIe siècle. « À Besançon, la pompe arriva au début du XVIIIe siècle, et de façon certaine, en 1713 », souligne Sébastien Freidig.

« La pompe est un appareil qui permet de projeter de l’eau à 15, 20, 25 mètres. Ça change tout ! La lutte contre l’incendie, c’est une lutte perpétuelle contre le temps », indique-t-il. La motorisation des véhicules a aussi été un tournant. Les fameux camions de pompiers sont ainsi arrivés, toujours plus rapides et mieux équipés. Les incendies ont perdu du terrain, même si certains sont encore impressionnants aujourd’hui. Au milieu du XXe siècle, les pompiers de Besançon se sont professionnalisés.

Mais les pompiers n’interviennent pas uniquement sur les incendies. À la fin du XIXe siècle, du secours à personne est attesté. Dès le milieu de ce siècle, un médecin accompagnait d’ailleurs le bataillon de Besançon. Puis, avec un développement progressif, on en arriva aux accidentés de la route. « Les années 1960-1970 furent une grande hécatombe sur les routes de France », déplore Sébastien Freidig.

35 000 interventions dans le Doubs en 2023

Le SDIS 25 représente 70 unités opérationnelles réparties dans l’ensemble du département. Au total, ce sont près de 3000 sapeurs-pompiers qui veillent sur la population. Incendies, accidents de la route, malaises… leurs interventions sont diverses et variées. La plupart sont des pompiers volontaires (2600), alors qu’il y en a 400 qui sont professionnels. Ajoutons à cela 110 personnels administratifs et techniques, dont le rôle est tout aussi essentiel.

Sébastien Freidig, chef du groupement des services techniques et de la logistique des pompiers du Doubs. Crédit : Anthony Soares.

L’an dernier, 35 000 interventions ont eu lieu à l’échelle du Doubs. La grosse majorité, soit 27 000, sont pour « secours à personne » – ce qui représente plus de 77% des interventions. Les pompiers du Doubs ont aussi été mobilisés sur 2600 incendies et 2400 accidents de la route en 2023.

 

« Le SDIS 25 recrute toute l’année ! »

Aujourd’hui, pas toujours simple de trouver des volontaires pour porter l’équipement de pompier. « Les gens s’engagent, mais on a du mal à les fidéliser. Être sapeurs-pompiers volontaires, c’est contraignant et difficile, mais ce n’est pas du tout impossible à concilier avec une vie privée et professionnelle », estime Sébastien Freidig, avant de confier ; « on a beaucoup de jeunes et de moins jeunes qui frappent à notre porte. Si vous avez envie de devenir pompier, allez voir le centre le plus proche. Le SDIS 25 recrute toute l’année ! » De quoi élargir son champ des possibles, de faire de belles rencontres et, pour certains, de donner plus de sens à sa vie.

 

Une conférence le 27 mars

Dans le cadre « d’une heure/un livre », une conférence est organisée le 27 mars de 18h00 à 19h00 à la bibliothèque d’étude et de conservation. Animée par Sébastien Freidig, elle portera sur l’histoire des pompiers de Besançon ces 500 dernières années. Une invitation à se plonger dans une histoire méconnue de la capitale comtoise. Entrée libre.

En lien avec son long travail de recherche, un livre devrait prochainement sortir, porté par une maison d’édition bisontine. En attendant, possibilité de suivre les aventures des pompiers bisontins au cours de l’histoire grâce à la page Facebook « Pompiers Besançon 500 ans ».