L’inflation ne fait que commencer

Les 13 et 14 mai, les pays du G7 étaient réunis en Allemagne pour organiser la gestion de l’inflation des prix des denrées alimentaires et conserver une sécurité. Ce qui en ressort est plutôt inquitétant. : l’évolution des prix ne fait que commencer et devrait se poursuivre toute l’année

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Inflation

L’actualité du début de la mi-mai était marquée par les décisions prises lors du G7 À Stuttgart. C’est là-bas notamment que l’on a appris que l’Inde bloquait ses exportations de blés pour faire face à une sécheresse dévastatrice sur son sol. Les différents ministres ont également cherché une solution pour aider l’Ukraine à exporter ses récoltes et sauver ce qu’il pouvait l’être. Ce rendez-vous a permis d’observer l’évolution du prix des denrées alimentaires et produits de consommations depuis 1 an. Si la guerre a grandement accéléré l’inflation, une étude d’Allianz Trade assure que ce n’est que le début.

Prévision : +23 % en 2022

Les prix des denrées agricoles ont augmenté de +31 % en 2021 et augmenteront encore de +23 % en 2022. L’augmentation générale des coûts des intrants (carburant, électricité, engrais), les années de baisse des rendements agricoles créant de faibles stocks ont entraîné cette situation et, plus récemment, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a accentué l’effet boule de neige sur les denrées alimentaires de base telles que le blé ou le pétrole mais aussi sur les prix des substituts.

C’est sur ce dernier point que l’étude Allianz Trade tire la sonnette d’alarme : « Le pire reste à venir pour les ménages européens : les prix de détail alimentaires sont loin de refléter la flambée des prix des matières premières alimentaires observée au cours des 18 derniers mois. »

La moutarde dans la sauce de l’inflation

Les producteurs d’aliments et de boissons de la zone euro ont déjà augmenté leurs prix de +14 % en moyenne depuis le début de 2021. Les plus fortes hausses de prix ont été constatées parmi les produits de la vie courante, notamment les huiles et graisses (+53 %), les farines (+28 %) et les pâtes (+19%).

Tant d’aliments que l’on ne trouve plus ou très peu dans les rayons de supermarchés dont la Russie et l’Ukraine détiennent des parts énormes de marchés. Y compris pour les produits fabriqués chez nous en France. A Dijon la production de moutarde subit des chutes drastiques de production depuis 5 ans. Près de 50% de sauce en moins et une augmentation prévue pour la fin de l’année jusqu’à +16%. Car pour fabriquer le condiment, il faut des graines brunes qui viennent majoritairement… du Canada !  «Pour 2021-2022, la production a chuté de 28 %, en raison de la baisse des rendements et de la superficie ensemencée», explique un rapport du ministère canadien de l’Agriculture datant du 19 novembre dernier.

Ce constat difficile est le même pour Fabrice Genin, président de l’association des producteurs de graines de moutarde de Bourgogne (APGMB) «De 12 000 tonnes en 2016, nous sommes passés à 4 000 tonnes en 2021», explique l’intéressé dans les colonnes de Libération.

A en croire l’étude Allianz Trade, la santé actuelle de la filière Moutarde pourrait très vite être celle de dizaines d’autres produits présents dans nos supermarchés.

+224 € par an pour chaque français

Retenez bien : les prix de détail des produits alimentaires ne se sont ajustés que d’un modeste +6 % pour l’instant. En clair, les détaillants la hausse des prix à la production sur les prix de détail des produits alimentaires. Ce décalage devrait être ressenti à la rentrée, d’où l’urgence pour le gouvernement de trouver une loi sur le pouvoir d’achat. En France, cette augmentation devrait représenter 224€ supplémentaires par an pour un habitant selon l’étude allemande. Un niveau en-dessous de la moyenne européenne (243€).

« S’ajoutant à une augmentation plus générale du coût de la vie (carburant, électricité, loyers, alimentation hors domicile, etc.), cette envolée des prix alimentaires risque de relancer les débats sur d’éventuelles aides sociales pour alléger le fardeau des ménages les plus vulnérables. […] les consommateurs européens devraient se préparer à une augmentation sans précédent des prix de détail des denrées alimentaires »,analyse Allianz Trade.

Les discounters plus touchés ?

Selon les prévisions de la Banque mondiale pour les prix des produits de base agricoles, les prix de détail des aliments plafonneraient ou commenceraient à baisser au début de 2023. De son côté Allianz Trade craint que les distributeurs établissent des stratégies pour conserver un niveau minimum de rentabilité. Au détriment des consommateurs. « Une stratégie typique des détaillants consiste à sacrifier les marges bénéficiaires pour les produits à haute fréquence et à bas prix afin de fidéliser les clients. […] Nous nous attendons à ce que les détaillants répercutent une plus grande partie de l’augmentation sur les consommateurs cette fois-ci.»

Paradoxalement, l’inflation des prix pourrait plus se ressentir dans les magasins discount. Un exemple très simple pour comprendre : quand vous achetez un paquet de biscuits « discount », vous payez majoritairement les matières utilisées pour fabriquer les biscuits. A l’inverse, une marque de biscuits fera payer dans son prix une part plus importante de son emballage, son marketing, d’où un prix plus élevé. Face à une telle inflation des denrées alimentaires, l’écart entre les deux produits pourrait se resserrer, la marge de manœuvre étant plus limitée pour les discounters.

M.S