Patrick Molinoz, Président de la Maison de l’Europe en Bourgogne-Franche-Comté

A quelques semaines du renouvellement des représentants français au Parlement Européen, il explique les missions de cet établissement public et le rôle trop souvent méconnu de l’UE dans le quotidien des habitants.

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Qu’est-ce que la Maison de l’Europe ?

Le premier Point Info Europe en région est créé par la Ville de Besançon en 2000 puis la Région Bourgogne fait de même en 2005. Il s’agissait de répondre à l’appel de la Commission européenne pour implanter un réseau de proximité, appelé Europe Direct, dans les territoires. Avec la fusion des régions, elle devient un établissement public, avec un site à Besançon (26D Rue de la République) et l’autre à Dijon. La structure intervient sur le périmètre régional, soit l’équivalent du territoire de la Slovaquie et la population de la Lituanie.

Parlez-nous des missions de cette structure.

Elle est par extension la voix de l’Europe. Elle fait le lien avec les collectivités locales ou encore les établissements scolaires pour expliquer l’action et le fonctionnement de l’UE en adoptant une approche pédagogique. Il est nécessaire d’expliquer et c’est bien le but de notre maison qui se veut la structure de référence. En 2023, nos actions ont touché plus de 21 000 personnes.

Avec par exemple une simulation de débats ?

Absolument. Les élèves et étudiants jouent le rôle des 27 ministres lors d’un conseil de l’UE, négocient un texte fictif afin de comprendre l’impact des décisions, parvenir à un compromis conforme à l’intérêt général. Nous organisons aussi Questions pour un eurochampion, des expos itinérantes et des visites régulières au Parlement européen à Strasbourg. Nous intervenons auprès des élus et agents des collectivités, des syndicats, des missions locales, des associations de retraités et même dans les maisons d’arrêt. Nous visons tous les publics.

On entend souvent dire que l’Europe coûte cher à la France. Votre avis ?

Non l’Europe ne coûte pas ! Elle rapporte au contraire. Les entreprises et les salariés français bénéficient des avantages du marché unique (4 millions d’emplois sont directement concernés). La Paix est préservée. L’Union a joué un rôle stratégique dans la lutte contre le Covid…  Du seul point de vue des fonds de cohésion (FEDER/FSE) et de la PAC (FEADER) ce sont plus de 2 milliards d’euros qui ont irrigué la Région entre 2014 et 2020. Il suffit de voir tous les projets qui à Besançon ont bénéficié de ces fonds : le Conservatoire, les équipements numériques de la Citadelle, la Ligne des Horlogers, la ligne 3 Ginko. On peut ajouter la rénovation énergétique de logements sociaux et étudiants et citer de nombreux exemples autres comme la nouvelle Maison de Santé de Pontarlier. Il ne faut pas oublier les aides aux entreprises pour leur permettre de développer leurs activités : pour la période 2023-2027, 45 millions d’euros vont permettre d’apporter 300 millions d’Euros à 1500 entreprises régionales….

L’UE apporte aussi d’autres aides, agricoles notamment ?

La PAC est vitale pour notre région. Ces aides visent à améliorer les revenus des agriculteurs, à encourager l’installation des jeunes, à promouvoir la gestion durable des ressources naturelles, à renforcer les chaînes alimentaires locales… Concrètement, de nombreuses fruitières qui ont aujourd’hui créé une boutique ont été aidées par des fonds européens. Plus original, des agriculteurs ont été aussi subventionnés pour équiper les vaches de capteurs de vêlage.

Malgré tout cela, n’avez-vous pas l’impression que l’Europe est mal-aimée ?

Les études d’opinion semblent le montrer oui. C’est essentiellement lié à la déconnexion générale entre les citoyens et la chose publique. L’Europe souffre plus que d’autres échelons car la plupart des responsables politiques se servent de l’Europe comme bouc émissaire… Dès qu’un sujet pose problème le « c’est la faute à Bruxelles » pointe son nez, même quand l’Europe n’a rien à voir avec le sujet. En outre les médias se font peu le relais des vertus de l’UE. Nous (élus, journalistes, entrepreneurs, chercheurs, citoyens…) avons la responsabilité de mieux dire ce que l’Europe nous apporte d’essentiel… la paix d’abord, un marché de 450 millions de personnes ensuite, et enfin une intelligence collective qui peut espérer influencer le destin de l’humanité sur la base des valeurs essentielles qui sont les nôtres, l’état de droit, la liberté, la démocratie…

On entend même certains appeler à sortir de l’Europe…

S’il faut sortir d’une chose c’est de cette approche « stop ou encore ». On voit aujourd’hui les conséquences négatives du Brexit… la majorité de la population du Royaume-Uni regrette cette sortie. Il n’y a pas de France forte sans Europe forte. Le sujet est donc plutôt d’avoir plus d’Europe et mieux d’Europe. 68 millions de Français ne pèsent pas lourd face à 2,8 milliards d’Indiens et de Chinois ou à 330 millions d’Américains. L’Europe est la chance de la France si nous savons nous y investir pleinement.