Raouchan Rymzhanova-Coste, médecin de santé publique

Responsable au Centre Régional de Coordination des Dépistages des Cancers en Franche-Comté, elle évoque l’importance de la campagne de sensibilisation au dépistage du cancer colorectal qui concerne tous les habitants de 50 à 74 ans.

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Qu’est-ce que le cancer colorectal ?

On l’appelle aussi cancer du côlon-rectum. Il est encore peu connu, pourtant, il touche chaque année plus de 47 000 personnes en France, autant des hommes que des femmes et il est surtout responsable de plus de 17 000 décès par an.

C’est donc un enjeu majeur de santé publique, d’autant plus qu’il peut être très bien soigné. Le dépistage permet d’augmenter significativement les chances de guérison des patients car lorsque le cancer colorectal est détecté à un stade précoce, avant l’arrivée des premiers signes cliniques et s’il ne s’est pas propagé loin de son point d’origine, il se guérit dans 90% des cas et les traitements sont moins lourds, permettant une meilleure qualité de vie.

Pourquoi concentrer le dépistage sur les plus de 50 ans ?

Tout simplement parce que près de 95% des cancers colorectaux sont diagnostiqués après cet âge-là. Le programme national de dépistage s’adresse donc à toutes les personnes âgées de 50 à 74 ans et qui ne présentent ni symptôme, ni facteur de risque particulier. L’objectif est de réaliser, tous les 2 ans, un test capable de déceler dans les selles des traces de sang qui ne sont pas visibles à l’œil nu. A ce jour, seulement 37% le font dans le Doubs. C’est trop peu. Rien ne sert de faire la politique de l’autruche, mieux vaut savoir si la maladie est là et lutter contre dès le début.

Y-a-t-il des facteurs à risques ?

Il est principalement lié à l’âge, plus de 50 ans, mais aussi à l’existence d’antécédents personnels ou familiaux de certaines maladies intestinales chroniques ou de prédispositions génétiques particulières. Dans ces derniers cas, il faut en parler avec son médecin traitant qui orientera si besoin le patient vers d’autres professionnels de santé, en particulier à un gastroentérologue. Il est également important d’être attentifs à certains symptômes comme du sang visible dans les selles, des troubles répétés du transit, des douleurs abdominales, un amaigrissement inexpliqué…

Est-ce un cancer évitable ?

Des gestes de prévention peuvent être adoptés pour réduire le risque de cancer colorectal, par exemple avoir une activité physique régulière, éviter le surpoids et l’obésité mais aussi consommer des fruits et des légumes dont le rôle protecteur semble établi et réduire la consommation de viande rouge et de graisses animales. Il est aussi vivement conseillé d’arrêter de fumer et boire de l’alcool modérément.

Pour les autres, comment faire pour se tester ?

Toutes les personnes, âgées entre 50 et 74 ans et résidant en Bourgogne-Franche-Comté, sont invitées tous les deux ans à réaliser gratuitement un test de dépistage, par un courrier envoyé par la Caisse Primaire d’Assurance Maladie. Dès lors, plusieurs solutions existent pour se procurer le test en question : soit auprès du médecin traitant mais aussi désormais pour faciliter cette démarche, auprès des pharmacies ou encore tout simplement en ligne sur un site dédié : https://monkit.depistage-colorectal.fr. Dans tous les cas, c’est gratuit, autant le matériel que l’envoi et l’analyse, entièrement pris en charge par la CPAM, et c’est aussi facile à réaliser, chez soi, tranquillement.

Que se passe-t-il ensuite en cas de résultat négatif ?

C’est d’abord le cas dans 96% des cas et c’est une bonne nouvelle puisque cela signifie qu’aucun saignement n’a été détecté au moment du test et qu’il n’y a donc aucun signe de lésion ou de cancer. Mais ce n’est qu’un résultat à l’instant T qu’il conviendra de confirmer au fil du temps d’où la nécessité de refaire le test tous les 2 ans.

Et si le test est positif ?

Pas de panique car cela ne signifie pas que vous avez un cancer, mais que du sang a été détecté dans vos selles.
Pour aller plus loin dans les investigations, votre médecin vous adressera à un gastro-entérologue afin qu’il réalise une coloscopie. Cet examen est aujourd’hui très répandu, bien préparé, sous anesthésie, et permet de déceler la présence éventuelle de polypes et de les retirer avant qu’ils ne se transforment en cancer.

 

Dans vos agendas: Conférence « Etat des lieux et nouveautés dans le dépistage et la prise en charge des cancers digestifs » le 26 mars 2024 à 19h30 au Centre Diocésain de Besançon.