Dossier de la semaine. Piavvio, la nouvelle égérie Franc-comtoise

À 21 ans, la pianiste et influenceuse bisontine Piavvio fait briller la Franche-Comté sur ses réseaux sociaux où elle cumule plus d’un million d’abonnés. Révélée grâce à ses partitions jouées au CHU Jean Minjoz, elle prépare désormais un tour de France des hôpitaux avec toujours la même ambition : partager sa passion pour la musique et égayer la journée des patients.

64
Piavvio

Depuis quelques mois, le hall du CHU Jean Minjoz est bercé par les différentes mélodies d’une jeune femme aux yeux bleu céleste et au sourire rayonnant. En jouant sur le piano installé en libre-service par l’hôpital, Jeanne diffuse sa joie de vivre en musique. L’atmosphère ravit les patients, leurs proches et le personnel soignant, qui n’hésitent plus à s’arrêter pour partager une parenthèse enchantée avec la pianiste, qui a décidé d’enregistrer ces moments en vidéo. Des plaisirs simples qui, au fil des publications, sont devenus viraux sur les réseaux sociaux et ont transformé l’auteure en nouvelle égérie régionale.

1,2 million d’abonnés

En un an et demi, Jeanne, alias Piavvio, s’est construit une communauté d’1,2 million d’abonnés à travers différentes applications, TikTok (756 000) ou Instagram (300 000) en tête. À 21 ans, l’étudiante à la faculté de Santé de Besançon était jusqu’ici brancardière au CHU Jean Minjoz, un job étudiant pour financer ses études. Depuis quelques mois, elle est surtout l’influenceuse franc-comtoise à la mode, saturée de propositions et d’opportunités venues de toute la France. Un raz-de-marée numérique sur lequel la jeune pianiste surfe avec aisance, malgré un échec originel. « Je me suis filmée car je voulais donner des cours de piano… Ça n’a pas marché », rigole l’intéressée. « Je me suis aussi rendu compte que les moments avec les patients étaient vraiment touchants et je trouvais sympa de les partager », poursuit Jeanne, dont le pseudonyme Piavvio tire son origine d’une époque où la pianiste rêvait déjà d’être sur le devant de la scène. « C’est un groupe de musique avec mes cousines. L’une faisait du violoncelle et moi du piano. En mixant les deux instruments, ça donne “Piavvio”. Quand j’ai franchi la barre des 10 000 abonnés et que j’ai compris que c’était du sérieux, j’ai repris ce pseudo. On ne pensait pas que l’ampleur serait aussi importante », sourit l’intéressée.

Démocratiser le piano en faisant rayonner la Franche-Comté

Les coups de téléphone pour des partenariats et les premiers selfies dans la rue arrivent au fur et à mesure de la notoriété grandissante de Piavvio. Originaire de Haute-Saône et « amoureuse » de sa région, Jeanne décide alors d’orienter ce succès vers un autre objectif : la mise en lumière de la Franche-Comté, toujours avec son piano. « J’adore ma région, ses paysages, son histoire, ses produits et je n’ai pas envie de devenir cette influenceuse parisienne un peu déconnectée », confie-t-elle. Depuis quelques semaines donc, la pianiste-influenceuse arpente la région munie de son piano portatif pour l’opération « Piano roadtrip ». Au sommet du Mont d’Or, au stade Bonal pour encourager le FC Sochaux-Montbéliard, à la Source du Doubs, au milieu d’un champ enneigé à Vernierfontaine ou le long du pont de Pesmes, Piavvio partage sa passion et les milliers de vues s’accumulent. « L’idée c’est de montrer que le piano est accessible partout et pour tous. Je joue du Jul comme du Beethoven… même si à l’hôpital, on me demande plutôt du Johnny ou du Gims ! ».

Une tournée des hôpitaux prévue en février

Le CHU Jean Minjoz est aussi un lieu d’opportunités, où les influenceurs se croisent comme ce jour de décembre où Piavvio a rencontré Julien Chabane, alias Chester Foodies et ses 600 000 abonnés sur Facebook et Instagram. L’hôpital bisontin ne sera bientôt plus le seul établissement de santé à profiter de Piavvio. L’influenceuse prépare une « tournée des hôpitaux » afin de jouer partout en France, toujours au profit des patients et des soignants. Paris, Brest et d’autres hôpitaux de la région Bourgogne-Franche-Comté sont déjà intéressés. « L’objectif c’est d’organiser un long moment sur place avec d’autres artistes régionaux mais aussi de toute la France, pour jouer ensemble et surprendre les patients et le personnel », raconte Jeanne qui n’oublie pour autant pas l’établissement où tout a commencé. Rayane, le jeune pianiste vainqueur de l’émission La France a un incroyable talent en 2022, devrait prochainement partager quelques notes de musique avec l’influenceuse bisontine dans le hall du CHU Jean Minjoz. Tous ces projets sont prévus à compter du mois de février.

Face à cette nouvelle vie intense, Piavvio admet « ne plus avoir beaucoup de soirées libres ». « Je ne fais pas trop la fête, je suis concentrée sur mes montages et mes vidéos car la journée, j’ai toujours mes études ». L’influenceuse ne vit pas de son activité sur les réseaux sociaux, malgré une notoriété exponentielle. « Les partenariats rapportent de l’argent mais je ne vais pas proposer n’importe quoi à ma communauté. Quoi qu’il arrive, j’irai aussi au bout de mon cursus universitaire. À terme, j’aimerais bien travailler à mi-temps et continuer mes projets à côté, en lien avec les réseaux sociaux », poursuit Piavvio qui rêve toutefois d’une troisième voie : vivre de ses compositions. « Avec la masse de contenu que je propose, ça se noie un peu, mais des premiers morceaux sont disponibles. L’objectif, c’est de composer pour d’autres artistes, pour des pièces de théâtre et même pour des films ou jeux vidéo ».

Engagée dans la défense du lynx

Outre le soutien apporté au monde de la santé et aux malades, la jeune pianiste reste volontairement éloignée des sujets polémiques. « Ce n’est pas la peur de prendre position mais simplement le refus de parler de sujets où je n’ai pas les compétences pour le faire. La politique, les religions… Ça viendra peut-être mais je cherche surtout à donner du plaisir aux gens », explique Piavvio qui a déjà été confrontée, malgré elle, à la politisation de son contenu. « J’ai été bannie momentanément de TikTok car je jouais du raï, un genre musical algérien. Ça n’a pas plu à un groupe de racistes qui s’est organisé pour signaler mon contenu en masse, provoquant mon exclusion momentanée… C’est malsain, mais je m’en suis remise ».
Seule exception à son discours, la jeune pianiste s’est récemment engagée dans la défense du lynx boréal alors que 80 % de l’espèce se trouve dans le massif jurassien. « C’est l’emblème de la Franche-Comté. On est allés voir le centre Athénas pour mettre en lumière leur activité et on prévoit plusieurs projets avec eux ! »