Dossier terroir. Les vins du Jura, une filière qui garde le cap

Petit par la taille mais grand par la réputation, le vignoble jurassien traverse une période favorable dans un contexte pourtant tendu pour la filière viticole. Un paradoxe qui s’explique par l’identité unique et la diversité des vins du territoire.

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vignobles jurassiens
Des vignobles jurassiens qui se portent bien.

Souvent présenté comme « le plus petit des grands vignobles », le Jura ne représente que 0,3 % de la surface viticole française, avec environ 2 000 hectares cultivés. Une dimension modeste, mais un rayonnement bien réel. « On reste une niche, un marché de niche à très forte valeur ajoutée », résume Marine Couturier, directrice du Comité interprofessionnel des vins du Jura (CIVJ).

Réparti sur 80 communes, le vignoble compte entre 200 et 250 exploitations, essentiellement familiales. Chaque année, entre 70 000 et 80 000 hectolitres sont produits, soit environ 10 millions de bouteilles issues des six AOC jurassiennes : Arbois, Côtes-du-Jura, L’Étoile, Château-Chalon, Crémant-du-Jura et Macvin.

Contrairement à de nombreux bassins viticoles français confrontés à un recul des ventes, le Jura affiche une dynamique positive. « On est le seul vignoble avec un chiffre de commercialisation qui est positif », souligne Marine Couturier, évoquant une progression de 7 % sur les six derniers mois, alors que la tendance nationale reste négative.

Un marché porté par la diversité des vins

Le vin jaune, emblème régional, joue un rôle d’image mais pèse peu en volume. « À lui seul, il représente entre 2 et 3 % des volumes et des ventes. C’est une locomotive, mais cette seule locomotive ne nous permet pas d’être impactant sur le marché », explique la directrice du CIVJ.

La force du Jura repose donc sur la variété de ses productions. Le crémant, par exemple, représente près d’un quart de la commercialisation et permet d’atteindre un public plus large. Les vins ouillés, les assemblages et la diversité des cépages participent aussi à cette identité plurielle.

Le marché reste d’abord français, avec environ deux tiers des ventes réalisées dans l’Hexagone. Mais l’export progresse régulièrement, notamment vers l’Europe du Nord, les États-Unis, le Canada ou encore le Japon, sur un segment plutôt haut de gamme. La reconnaissance par les sommeliers et cavistes étrangers joue en faveur de ces vins atypiques.

Le climat, défi permanent du vignoble

Cette réussite ne doit toutefois pas masquer les fragilités structurelles. Le vignoble jurassien demeure fortement exposé aux aléas climatiques. Hivers trop doux suivis de gelées tardives fragilisent les récoltes. « Sur les huit dernières années, on parle de quatre, cinq années de vraies souffrances pour notre vigne », rappelle Marine Couturier.

Conséquence directe : une production parfois insuffisante face à la demande. « Aujourd’hui, on a une demande qui est presque plus forte que l’offre », constate-t-elle. Si cette rareté peut soutenir les prix, la filière reste prudente. « Il n’y a pas la volonté d’exploser les coûts », insiste la responsable, soulignant l’humilité d’un vignoble attaché à conserver un bon rapport qualité-prix.

Le développement de l’œnotourisme participe aussi à cette bonne santé. Depuis plus de quinze ans, la fréquentation touristique autour du vin favorise la découverte puis la fidélisation des consommateurs.

Au final, le Jura cultive ce qui fait aujourd’hui sa singularité : « unique et multiple ». Unique par ses méthodes et ses vins reconnaissables entre mille, multiple par la richesse de ses AOC, de ses styles et des femmes et des hommes qui le font vivre. Une combinaison qui permet au vignoble de tirer son épingle du jeu dans une conjoncture pourtant incertaine.