Région. Derrière les crinières dorées, les doutes des éleveurs de chevaux comtois au Salon de l’agriculture

Au Salon international de l’agriculture (SIA), les chevaux comtois défilent sous les projecteurs. Mais derrière la reconnaissance, les éleveurs alertent sur une filière fragilisée, confrontée à la baisse des prix et à des débouchés incertaines.

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Salon de l'agriculture
Au SIA 2026, les éleveurs de chevaux comtois, et ici Frédéric Aymonin, ne cachent pas leurs inquiétudes.

Dans les travées du Salon international de l’agriculture, les chevaux comtois attirent toujours autant de regards. Pour les éleveurs, pourtant, le contexte est loin d’être favorable. « Depuis deux ans, nous vivons des années compliquées », résume Michel Jacquet, éleveur à Saint-Germain-lès-Arlay. Présent aux côtés de son fils, à qui il a transmis l’exploitation, il observe une dégradation progressive des conditions économiques. « La complication du système est venue de la baisse de la viande et de l’export », explique-t-il. Deux débouchés essentiels pour la filière. « Les deux principaux débouchés aujourd’hui des poulains, c’est l’export sur deux pays, l’Espagne et l’Italie. »

Or ces marchés se contractent. « On est passé de trois euros à peu près du kilo de vif pour nos petits poulains à deux euros. » Une chute brutale, dans un contexte où « la consommation de la viande en Europe » diminue et où « la consommation a baissé » en Italie, principal marché.

Une conjoncture durablement dégradée

Pour Michel Jacquet, il ne s’agit pas d’un simple accident. « Ce n’est pas une année particulière. On sent qu’il y a une tendance baissière. » Une évolution de fond qui fragilise les élevages, en particulier les plus modestes. Tous les animaux ne sont pas touchés de la même manière. « Les animaux de très haute qualité génétique se commercialisent sans problème à des très bons prix », souligne-t-il. Mais « dès qu’on a des animaux plus moyens, on sent qu’il y a un marasme ». Dans ce contexte, la présence au salon prend une autre dimension. « On a pas mal de rencontres d’organisées pour essayer de trouver des solutions collectives à nos problèmes commerciaux du moment. » La Porte de Versailles devient alors lieu d’échanges autant que de visibilité.

Malgré les difficultés, l’éleveur veut aussi retenir un signe encourageant : « Je suis assez surpris de voir l’engouement de jeunes. » Une dynamique qui pourrait peser sur l’avenir de la filière, à condition de l’accompagner, « organisons-nous pour qu’eux puissent travailler correctement les années futures ! » conclut Michel Jacquet.

Une sélection rigoureuse pour accéder à Paris

Du côté du Doubs, la présence au salon reste un objectif en soi. Julie Thevenino, qui représente l’élevage de Charles Jeangirard à Étalans, le confirme, « l’objectif de chaque éleveur, c’est de pouvoir venir au salon de l’agriculture. » Mais l’accès à Paris se mérite. « Il faut être sélectionné au concours national », rappelle-t-elle. À l’issue du processus, seuls quelques animaux sont retenus : « ce sont les cinq meilleurs mâles et les cinq meilleures femelles de 2 ans de la race qui sont retenus. »

Les critères sont stricts. « C’est le modèle des allures du cheval qui prime. Le cheval est pointé de la tête jusqu’à la queue », explique Frédéric Aymonin, éleveur à Aubonne, et présent sur le stand comtois. Une sélection qui valorise les meilleurs sujets, et donc leur prix, « ceux qui sont dans les meilleures notes sont plus chers. » Dans une filière composée « de beaucoup de passionnés » et de quelques structures plus importantes, les débouchés reposent largement sur l’export. « On travaille avec des Basques, des Espagnols », mais aussi « sur la Roumanie ou la Hongrie » expliquent-ils.

Les contraintes sanitaires récentes, liées aux multiples cas de dermatose nodulaire contagieuse ont été moins lourdes que pour les bovins. « On n’a pas été cloisonnés autant que les mouvements de vaches », expliquent les éleveurs, même s’« il fallait quand même désinfecter les moyens de transport ». Entre exigences de sélection et incertitudes économiques, les éleveurs continuent de défendre leur savoir-faire. À Paris, le cheval comtois reste une vitrine. Mais en coulisses, la filière cherche encore son équilibre.