Dossier de la semaine. France Travail : des projets de recrutements en hausse mais des tensions toujours persistantes

À Pontarlier, France Travail a présenté les résultats de son enquête BMO (Besoins en Main d’Œuvre). Les projets de recrutements sont en hausse sur le département du Doubs, mais les entreprises peinent encore à recruter, notamment dans des secteurs en tension : les services, la santé et l’hôtellerie-restauration.

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De g. à d. : Laurence Perrier, directrice d'agence France Travail de Pontarlier, Delphine Rossit, directrice de l'agence de Morteau, Barbara Berton, directrice adjointe Mission locale Haut-Doubs et Laetitia André, directrice Cap Emploi Doubs - Territoire de Belfort

France Travail réalise une enquête BMO (Besoins en Main d’Œuvre) pour mettre en lumière les intentions d’embauche et les perspectives de recrutement de l’ensemble des entreprises interrogées sur le territoire régional. Conduite en fin d’année 2025, l’objectif de cette enquête est de recueillir auprès des entreprises des informations relatives à leurs projets de recrutement pour l’année à venir. À Pontarlier, ce lundi 18 mai, les agences France Travail de Pontarlier et Morteau ont présenté les résultats de cette enquête BMO, à laquelle 21 324 établissements de Bourgogne-Franche-Comté ont répondu. Autour de la table siégeaient plusieurs partenaires tels que le Département du Doubs, la Mission Locale Haut-Doubs et Cap Emploi Doubs-Territoire de Belfort.

23,4% des établissements du Doubs envisagent de recruter en 2026, contre 23% en 2025, ce qui représente 15 430 projets de recrutements, soit 1 140 de plus qu’en 2025. Le secteur de Besançon représente le plus d’intentions d’embauche avec 60%, contrairement à Pontarlier (15%), Morteau (6%) et Montbéliard (19%). Les recrutements sont jugés difficiles par les employeurs pour 48% des projets dans le Doubs, soit une baisse de 11 points sur un an.

Le Haut-Doubs, un territoire encore dynamique malgré quelques fragilités

Le Haut-Doubs possède un taux de chômage inférieur à celui départemental, avec 5,5% dans les bassins de Morteau et Pontarlier contre 7,7% dans le Doubs. « On sent une fragilité car le taux de chômage (Pontarlier – Morteau, ndlr) augmente d’un point environ sur un an », explique Laurence Perrier, directrice de l’agence de Pontarlier. Les offres d’emplois sont en baisse de 11,8% en un an. Cela est encore plus marqué pour les emplois dits durables (CDD de plus de six mois et CDI) où les offres d’emplois chutent de 24%. A contrario, les offres d’emplois temporaires augmentent de 10%. « Cela montre que les entreprises n’ont pas beaucoup de vision avec la conjoncture internationale », relate Laurence Perrier.

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Le secteur des services toujours en tension

Les entreprises du secteur des services sont les plus recruteuses, avec 67% des embauches annoncées dans le département. À l’échelle du Haut-Doubs, ces entreprises apparaissent également comme les plus recruteuses, 50% pour le bassin de Morteau et 68% pour Pontarlier. « À Pontarlier, les métiers de l’aide à domicile et d’auxiliaires de vie sont les plus recherchés et les plus difficiles à pourvoir », soulignent Laurence Perrier et Delphine Rossit, directrice de l’agence France Travail de Morteau. Viennent ensuite les aides de cuisine et employés polyvalents de la restauration, puis les serveurs de cafés-restaurants. Sur Morteau, on retrouve en premier les aides-soignants, puis aussi les aides de cuisine et employés polyvalents de la restauration et enfin les ouvriers de l’assainissement et du traitement des déchets.

Une stratégie tournée vers les TPE et PME

Les très petites entreprises et les petites à moyennes entreprises (TPE-PME) sont au cœur des recrutements. « Deux recrutements sur trois concernent des entreprises de moins 50 salariés. Ces entreprises sont l’emploi de demain. On se tourne vers elles, car elles n’ont pas de service RH », détaille Laurence Perrier. Pour répondre aux enjeux, les territoires se mobilisent notamment via la création d’un Réseau pour l’Emploi pour avoir une dynamique collective mobilisant les acteurs du réseau pour l’emploi et les partenaires économiques au plus près des territoires (EPCI). Les Comités locaux pour l’emploi permettent de définir des priorités d’action adaptées au niveau local. Pour illustrer ces actions, une Task Force entreprise s’est mise en place et se réunit régulièrement pour la mise en place d’actions concertées et localisées à destination des entreprises.

Vers l’immersion dans les entreprises

Le Département du Doubs a notamment présenté son action PLEIADE, un dispositif d’immersion professionnelle dans les métiers de l’aide à domicile. Il y a eu 63 bénéficiaires de ce dispositif en 2025, dont 14 dans le Haut-Doubs, permettant « d’être en situation réelle d’exercice du métier ». La réactivation d’un club RH sur la bande frontalière est une autre initiative présentée, en partenariat avec la Chambre de Commerce et d’Industrie et la Chambre des Métiers et de l’Artisanat. Il mobilise une quinzaine d’entreprises qui échangent autour de leurs problématiques et de solutions pouvant être mises en place localement.

Une « crise des vocations » qui a changé la dynamique du marché du travail

Dans le Haut-Doubs, la frontière suisse peut expliquer ces difficultés de recrutement. « La situation économique suisse reste encore fragile. Notre priorité est le retour à l’emploi des personnes. On regarde comment rendre attractifs les métiers, pas avec les salaires mais avec les conditions de travail. Sur certains publics, ça fonctionne », souligne Laurence Perrier. Delphine Rossit parle aussi d’une « crise des vocations après Covid, qui a changé la dynamique du marché du travail. Certains ont souhaité changer d’orientation, d’autres veulent créer leurs entreprises. On accompagne ces personnes qui souhaitent se réorienter ».