Économie. Le label d’État « Entreprise du Patrimoine Vivant » (EPV), garant d’un savoir-faire ancestral

Le label d’État « Entreprise du Patrimoine Vivant » distingue un savoir-faire artisanal unique à Villars Saint Georges.

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Samuel et David Boucon, les dirigeants de l'entreprise Marbrerie Boucon font perdurer les savoir-faire de la taille de pierre depuis 5 générations à Villars-Saint-Georges (25) ©YQ

Le label d’État « Entreprise du Patrimoine Vivant » (EPV) a été créé en 2005 pour distinguer des entreprises françaises artisanales et industrielles disposant de savoir-faire ancestraux rares.

Installée depuis 176 ans à Villars Saint Georges à quelques pas des grottes d’Osselle et de la vallée du Doubs, la marbrerie Boucon fait partie désormais de cette famille d’entreprises exceptionnelles reconnues dans le monde entier. Ce label très rigoureux est attribué pour une période de cinq ans. Il rassemble des fabricants attachés à la haute performance de leur métier et de leurs produits. On en compte une petite centaine en Bourgogne Franche-Comté.

Dans le domaine de la marbrerie et de la taille de pierres, ces entreprises sont encore plus rares en France. C’est un atout commercial pour ces artisans de l’excellence. Le label EPV offre une porte d’entrée facilitée dans certains chantiers, notamment dans les monuments historiques ou des patrimoines nationaux.

Ainsi, la marbrerie Boucon a pu concevoir, fabriquer et poser une grande banque d’accueil des parlementaires à l’Assemblée nationale, la démonstration d’un savoir-faire ancestral. Dans la famille Boucon, on travaillait la pierre de pays avant de tailler la pierre de Bourgogne, le marbre ou le granit. Chacun de ces matériaux naturels est le produit de millions d’années…à une époque où la planète ne comptait qu’un seul continent. « On retrouve des granits en Chine avec les mêmes compositions et la même densité qu’en Bretagne » argumente David Boucon.

Promotion des portes ouvertes Toyota, véhicule flou en arrière-plan, lien avec le label entreprise patrimoine vivant.
Texte de la légende

L’excellence artisanale gravée dans le marbre depuis 5 générations

En 1850, la famille Boucon exploite une carrière d’extraction de pierre pour construire villages, villes, ponts. L’arrière-grand-père Pierre passe de l’extraction à la construction. Accompagné de quelques compagnons, il transforme la matière noble et devient bâtisseur.

Alors que ce n’était pas encore à la mode, la famille Boucon parle et agit en économie circulaire. Au gré des conflits européens, il a fallu reconstruire comme à la sortie de la seconde guerre mondiale. « Nos grands-parents ont fourni, taillé et façonné la reconstruction du pont Battant et les immeubles de la Mouillère » aime à rappeler Samuel Boucon.

Puis à partir des années 70, Jean-Pierre Boucon (la 4ème génération) innove dans l’art ornemental et la rénovation du patrimoine historique. Depuis 2010, Samuel et David Boucon poursuivent l’aventure, inventant les conditions du mariage de la pierre éternelle et du numérique.

L’art de la taille des pierres emprunté aux Babyloniens et aux Égyptiens s’est adapté à des machines à commande numérique sans jamais oublier l’histoire multimillénaire.

Transmettre et former des compagnons, une tâche indispensable

Chaque objet, chaque mobilier en pierre répond à des critères à la fois esthétiques et techniques. Quel marbre translucide va concilier solidité et luminosité ? Quel plan de travail va associer praticité et beauté ? Quelle pierre tombale sera le reflet de la vie d’un défunt.

Les 20 salariés et compagnons qui travaillent à la marbrerie Boucon sont formés en interne. Chaque idée doit être une expression éternelle comme le sont éternelles ces pierres que Samuel et David Boucon vont chercher sur les cinq continents.

L’économie d’un territoire a toujours été façonnée par les femmes et hommes. A Villars Saint Georges, petit village du Doubs à quelques encablures de la Saline Royale d’Arc-et-Senans, on imagine, on crée, on taille pour l’éternité.

Yves Quemeneur