L’invité de la semaine. Laurent Davenne, président de l’Ordre des Pharmaciens de Bourgogne Franche-Comté

Les patients le constatent, les pharmaciens doivent faire face au quotidien à de nombreux problèmes qu’ils subissent et qui perturbent  leur exercice. Même si le métier évolue avec de nouvelles missions, l’inquiétude est bien réelle dans une profession qui semblait pourtant à l’abri de certains problèmes.

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15 juin 2015 / CCA Ordre National des Pharmaciens.

Quel est la situation de la couverture pharmaceutique dans le région ?

La Bourgogne Franche Comté compte environ 1100 pharmaciens titulaires qui exercent  dans 900 officines. Le maillage territorial est régi par le Code de la Santé Publique qui prévoit une pharmacie pour une population de 2500 habitants puis une supplémentaire par tranche de 4500 habitants. On note toutefois qu’il existe des communes, qui ont perdu de nombreux habitants et  où des établissements subsistent malgré une population moindre.

En milieu rural notamment, la menace de fermeture est-elle plus importante ?

La croix verte est bien souvent une des dernières enseignes,  qui continue a briller dans  les villages ruraux, mais là où il n’y a plus d’école, plus de services publics, plus de tissu économique et plus de médecins bien souvent, c’est tout un modèle qui disparait et qui ne permet pas à une pharmacie de maintenir une activité suffisante pour se maintenir ou intéresser un repreneur. La menace est donc évidente et elle ne fait qu’accroitre l’extension des déserts médicaux et le sentiment d’abandon de certains patients.

Que pensez-vous de la pénurie actuelle de certains médicaments ?

Ce problème s’est encore accentué dans la période post-Covid et la situation ne fait qu’empirer. Les raisons sont bien connues et ont été listées par une récente commission d’enquête sénatoriale. Il est notamment question du prix des

médicaments, de la délocalisation de production observée depuis des décennies. Aujourd’hui, la part des médicaments fabriqués sur le territoire français ne dépasse pas un tiers de la consommation. La plupart des principes actifs sont produits hors d’Europe, surtout en Asie, entraînant une dépendance forte pour la production de médicaments matures ou génériques, essentiels à nos systèmes de santé. Les industriels pharmaceutiques implantés en France s’orientent de plus en plus vers l’export et l’on observe une concentration des chaînes de production, mondialisées et vulnérables.

Quels problèmes se posent pour vous au quotidien du fait de ces pénuries ?

Quand les patients arrivent dans nos pharmacies avec une prescription que nous ne pouvons pas leur délivrer, c’est nous qui sommes en première ligne face à l’incompréhension et au mécontentement. Il faut donc chaque jour gérer ces frustrations et passer du temps pour les solutionner. On estime que ces situations mobilisent  une importante énergie équivalente à une journée d’équivalent temps plein par semaine

 

La vente possible de médicaments sur Internet vous inquiète-t-elle ?

Cela signifie que de petites officines, notamment rurales  vont se retrouver en concurrence virtuelle avec de grandes plateformes. On connait par l’expérience d’autres secteurs d’activité, les conséquences et les dérégulations que cela risque d’entrainer. Tout cela aurait un effet néfaste pour les territoires et mettrait en péril le maillage actuel des officines. Sans compter que ce pourrait être aussi une première étape avant d’ouvrir la vente en ligne à d’autres entreprises pour lesquelles la santé des patients ne serait pas la première préoccupation.

Vous avez de nouvelles missions aujourd’hui. Quelles sont-elles ?

Les pharmaciens sont en effet habilités à vacciner.  D’abord contre la grippe, puis la Covid.  Durant cette crise, 75% des injections ont été réalisées dans nos officines. Depuis près d’un an, nous avons aussi la possibilité de prescrire et administrer les vaccins pour les patients de 11 ans et plus, comme les sages femmes et les infirmières. Cette mesure vise à améliorer la couverture vaccinale. Les patients peuvent venir dans une pharmacie sans rendez-vous.

Bientôt  les pharmaciens pourront aussi faire des diagnostiques rapides  des angines et des cystites et éventuellement prescrire des antibiotiques si ces tests sont positifs.

En contrepartie, pour nous, cela implique l’adaptation nécessaire de nos  locaux, de nos équipes et  de suivre des formations qui sont désormais inscrites dans notre cursus universitaire.

Cela suffit-il à préserver l’attractivité de votre métier ?

Malheureusement non. On assiste à une désaffection des métiers de la santé en général et dans le domaine de la pharmacie en particulier. On assiste déjà à des problèmes de recrutement dans les officines et l’évolution du nombre d’étudiants aux concours est inquiétant pour l’avenir. Le problème n’est pas seulement financier mais aussi politique, il faut se poser la question de savoir si notre modèle est encore adapté ou pas aux attentes d’aujourd’hui.

Quel rôle peuvent jouer les pharmaciens d’aujourd’hui ?

Nous avons un rôle d’ambassadeurs à jouer auprès des jeunes en leur ouvrant les portes de nos officines pour leur montrer à quel point le métier est valorisant et comporte des atouts pour l’avenir en particulier au travers des nouvelles missions qui sont et vont  être confiées aux pharmaciens.