Le monde agricole face à la guerre en Ukraine

L'envahissement de la Russie en Ukraine provoque des conséquences économiques déjà visibles pour le monde agricole. Le prix des céréales flambent tout comme celui des engrais. Si l'Union Européenne peut tenir, les pays dépendants pourraient rapidement souffrir de cette conjoncture.

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Guerre en Ukraine

L’envahissement de l’Ukraine par la Russie depuis jeudi 24 février a mis en lumière la dépendance croissante de l’Union Européenne et du monde envers le pays de Vladimir Poutine pour se fournir en matières premières. Une guerre qui provoque une envolée des prix sur les marchés financiers et s’accroît à chaque sanction économique supplémentaire.

« 50% de nos importations de protéines viennent d’Ukraine et de Russie »

Le monde agricole n’est pas épargné avec une flambée des prix des céréales et protéines. A eux deux, L’Ukraine et la Russie représente un tiers des exportations mondiales de blé. Alors que Poutine a fait de cette céréale une arme stratégique, Sébastien Abis, chercheur à l’Iris et directeur du club Demeter spécialiste du monde agricole, estime même qu’elle pourrait être un élément de convoitise pour le chef d’état russe qui a lancé les premières offensives dans les régions indépendantistes de Louhansk et du Donestk où 8% de cette céréale est produite. Plus largement l’Est ukrainien représente 40% de la production de blé. et assure 12% de l’exportation mondiale. De ce point de vue, ce n’est pas uniquement le contrôle du pays qu’aurait Vladimir Poutine en attaquant l’Ukraine.

« L’Union européenne n’est pas un gros producteur de « protéines », c’est à dire le colza, soja, le tournesol, les légumineuses etc. 50% des importations en protéines de l’Union européenne viennent d’Ukraine et de la Russie et le reste vient majoritairement du Brésil et des pays d’Amérique du Sud. L’autre impact se ressent sur le coût des engrais, multipliés par 3 actuellement. », explique Sylvain Marmier, président du comité d’orientation économique de la chambre régionale d’agriculture. Ce mercredi 3 mars, le prix du colza dépassait les 800€ par tonne, une situation jamais connue auparavant. Même la crise sanitaire n’avait pas provoqué une telle hausse.

Les systèmes agricoles français nécessitant un apport extérieur important, comme la volaille, pourrait être touchés rapidement. A l’inverse du Comté dont le production est locale. et les besoins extérieurs très faibles.

Carte de l'Ukraine
L’avancée de l’armée Russe en Ukraine.

Un « prix géopolitique » des matières premières pour sauver les plus dépendants ?

L’Union Européenne, dont la France fait partie, n’est pas directement la plus touchée par cette flambée des prix. Grâce notamment à son taux de couverture en alimentation. Un taux qui est passé de 150% dans les années 1970 à 105% aujourd’hui. « Ça veut dire que 50% de notre production agricole était exportée ailleurs à l’époque. Nous exportons toujours beaucoup mais cette baisse du taux de couverture montre aussi que nous importons de plus en plus d’autres produits, comme les fruits, le poisson, le café ou encore les « protéines » (soja, colza, etc.). Or lors de la signature de la nouvelle politique agricole commune (PAC), l’Union européenne a pris un virage agro-écologique qui provoque une baisse de 15% de la production agricole supplémentaire. On deviendrait totalement dépendant des pays étrangers et cette guerre met encore plus en avant cette erreur stratégique. La première arme de dissuasion, c’est la souveraineté, pouvoir subvenir à ses propres besoins », poursuit Sylvain Marmier.

Selon le président du comité d’orientation économique de la chambre régionale d’agriculture, la France et l’Europe ont aussi un rôle à jouer auprès des pays déjà dépendants. « Il faut réfléchir à un « prix géopolitique » pour éviter que ce type de crise provoque des émeutes et famines dans les pays d’Afrique et du Moyen-Orient. A 400 € la tonne de blé, ces pays ne pourront plus l’acheter. Nous avons une vraie responsabilité vis-à-vis de ces gens et ça se traduirait par une migration des populations encore plus importante. Il faut les aider dès maintenant en régulant les prix par rapport à la capacité de chacun, dans cette période. C’est la grande question agricole : comment réduire les prix/matière, sur les coûts finaux. Les lois Egalim doivent permettre d’aller en ce sens. »

Alors que les acteurs du monde agricole français se retrouvaient la semaine dernière salon de l’Agriculture, annulé en 2021 par le contexte sanitaire, la guerre en Ukraine était donc l’un des gros sujets de préoccupations du monde paysan

Martin SAUSSARD