Monseigneur Jean-Luc Bouilleret

Archevêque de Besançon depuis 10 ans, il a également officié durant une décennie à Amiens. 20 années d’épiscopat mais au total plus de quarante d’engagement religieux depuis qu’il a été ordonné prêtre. Un long parcours qui lui a permis de voir évoluer l’Eglise et la foi.

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Que vous inspire l’évolution de la foi dans la société ?

J’observe que l’on est toujours à la recherche de sens dans la vie et de réponses aux questions essentielles dans l’existence. Heureusement, nous voyons que les gens ont encore un fort attachement aux sacrements comme en témoigne le nombre de demandes pour les baptêmes, mariages et obsèques. Paradoxalement, alors qu’on enregistre une diminution du nombre de fidèles, on a baptisé cette année 38 adultes dans le diocèse. Même si l’on vit également une époque plus marquée par la sécularisation et l’éloignement de l’Eglise. Aujourd’hui, la foi est sans doute plus cachée qu’autrefois, elle est vécue différemment. Elle est davantage une adhésion personnelle qu’une tradition.

 

D’où d’autres pratiques à inventer ?

La question de l’accueil des croyants est en effet fondamentale. C’est un défi pour nous. Il faut que dans la vie paroissiale, chacun se sente concerné et trouve sa place. Le Pape François se définit lui-même comme un disciple-missionnaire. Il y a aujourd’hui un souhait d’évangélisation au plus près des gens, une approche qui a été définie par notre dernier synode. Le premier décret évoque la création de petites communautés fraternelles de proximité, un moyen de parler de Dieu en petits comités et de ramener les personnes vers la foi. Il faut du temps pour mettre tout cela en place.

 

Pour le catéchisme aussi, il y a des évolutions ?

Dans beaucoup de paroisses, les cours de catéchèse ont encore lieu le mercredi mais des essais ont été menés pour les déplacer au dimanche matin et c’est plutôt positif. Après le catéchisme, les enfants peuvent participer à l’eucharistie, pourquoi pas avec leurs parents. C’est pour nous un moyen de nous adapter à l’évolution de la société et de prendre en compte les disponibilités en s’adaptant aux nouveaux rythmes de vie des familles.

 

L’Eglise est-elle encore en phase avec la société ?

Nous ne sommes pas là pour juger les choix des uns et des autres mais l’Eglise a des convictions et une idée précise de la société qu’elle souhaite et de l’évolution de l’humanité qu’elle veut promouvoir.

 

Votre avis sur le mariage des prêtres ?

La question est récurrente sur cette position de l’Eglise latine. Mais c’est une question que je n’entends pas chez ceux qui souhaitent devenir prêtres pour qui le célibat n’est pas considéré comme un obstacle. Elle agite surtout les débats en dehors de l’institution.

 

Et la place des femmes dans l’Eglise ?

Nous ne communiquons peut-être pas assez sur ce sujet mais nous avons déjà fait beaucoup de progrès en la matière. Par exemple, nous sommes à parité au sein de mon conseil épiscopal. C’est peu connu mais c’est une évolution notable. Et si pour l’instant la question des femmes prêtres n’est pas à l’ordre du jour, une réflexion est en cours pour qu’elles puissent devenir diacres. J’ai nommé une déléguée générale qui travaille en collaboration étroite avec moi-même comme le vicaire général.

 

Parlons également parentalité et procréation médicalement assistée…

Notre crainte lorsqu’on évoque la PMA est un glissement vers la GPA, c’est-à-dire la gestation pour autrui. On dériverait alors vers la mise en place d’un commerce autour du corps de la femme et c’est pour nous inacceptable, régressif et liberticide.

 

Quelle est votre position sur le mariage pour tous ?

Je reprends les mots du Pape à ce sujet : nous ne sommes pas là pour juger les personnes. Je note que pour les couples homosexuels, le mariage civil est aujourd’hui possible. Ce n’est donc pas un sacrement religieux, ce dernier étant réservé dans la tradition biblique à l’union d’un homme et d’une femme. Et il doit le rester.

 

Enfin, la question de la fin de vie fait débat aujourd’hui. Votre position ?

J’ai une réelle inquiétude. A partir de quand la vie ne vaut plus la peine d’être vécue et doit être arrêtée ? Et qui décidera ? J’entends les souffrances bien entendu mais des lois existent déjà et il me semble plus judicieux de développer les soins palliatifs, qui le sont encore trop peu, afin d’apaiser la douleur et n’instrumentalisons pas un sujet aussi sensible qui est un défi sociétal important. Il y a là aussi un risque d’excès et de dérives.