Philippe Grosso, président de la Fédération de Pêche du Doubs

La Fédération de Pêche du Doubs regroupe 58 Associations Agréées de Pêche et de Protection du Milieu Aquatique (AAPPMA). Le département compte près de 10000 pêcheurs majeurs annuels et au total près de 23000 pêcheurs toutes cartes de pêche confondues. Rencontre avec Philippe Grosso, tout juste élu président pour un mandat de 5 ans.

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"Il est inutile de condamner les uns ou les autres mais au contraire d’encourager les bonnes pratiques, de se parler et de travailler concrètement ensemble... Aujourd’hui, si on veut réussir, il faut fédérer les différents acteurs, rôle que je souhaite faire tenir à la fédération."

Où en est la pêche dans le département ?

Les effectifs sont stables ces dernières années. On note un retour au bord des rivières de jeunes adultes attirés par exemple par le No Kill qui consiste à remettre ses prises à l’eau. Mais il reste des efforts à faire pour intéresser enfants et adolescents. C’est ce que nous essayons de faire avec les Ateliers Pêche Nature. Ils permettent de découvrir ou de se perfectionner mais aussi de comprendre les milieux aquatiques. Ça se passe sous forme de stages organisés durant les vacances scolaires, ou sous forme d’animations ponctuelles. Certaines AAPPMA sont actives elles aussi sur la question avec des écoles de pêche tout au long de l’année en fonction des saisons.

Qu’en est-il de l’attractivité touristique de la pêche ?

Le tourisme halieutique est en effet un domaine économique important pour certains territoires notamment comme Goumois ou Ornans. Son développement est l’un des objectifs de la nouvelle équipe. Bien sûr, il faut donner envie aux pêcheurs venus de France ou de l’étranger avec des cours d’eau en bon état et poissonneux mais aussi avec des infrastructures adéquates pour les accueillir. Des hébergements labellisés pêche existent dans le département avec des équipements et services garantis mais ils sont encore peu nombreux.

On se doit d’évoquer la qualité des eaux. Quelle est la situation ?

La situation est toujours compliquée. C’est stable. On ne note pas d’amélioration notable. Sur la Loue, les populations se maintiennent avec 100 kg de truites à l’hectare et on a noté un peu de mortalité cet hiver dans la Loue. Reste à vérifier s’il s’agit d’un problème de pollution ou si c’est lié à la période de fraie. Sur le Dessoubre, c’est un peu mieux puisqu’on monte jusqu’à 250 kg à l’hectare tout comme dans les meilleurs secteurs du Doubs Franco-Suisse. C’est moins encourageant dans le Cusancin… il reste donc beaucoup d’efforts à faire pour lutter contre toutes les formes de pollutions et améliorer la qualité des eaux de nos rivières. Nous sommes aussi très vigilants en ce qui concerne les épisodes de sécheresse. Sur certains secteurs comme le Pays Horloger et Haut-Doubs, on constate déjà un niveau d’eau trop bas pour la saison. Nous sommes donc inquiets car voir cela en mars est très prématuré et de mauvais augure.

Qui sont les coupables de cette situation ?

Stigmatiser tel ou tel groupe ne sert à rien. Si on parle des collectivités, les communautés de communes ont fait des efforts en matière d’assainissement mais a contrario des stations d’épuration restent sous-dimensionnées donc polluent. Du côté des agriculteurs, on se réjouit de voir que certains reviennent au fumier plutôt qu’au lisier c’est moins polluant. Il y a aussi une prise de conscience à noter. Pour l’industrie, là aussi des efforts sont faits même s’ils restent insuffisants. Il est donc inutile de condamner les uns ou les autres mais au contraire d’encourager les bonnes pratiques, de se parler et de travailler concrètement ensemble. Même chose avec les autres associations qui poursuivent les mêmes objectifs de préservation de l’environnement. Aujourd’hui, si on veut réussir, il faut fédérer les différents acteurs, rôle que je souhaite faire tenir à la fédération.

Il faut souvent plusieurs cartes pour pêcher. Pourquoi ?

C’est en effet une particularité dans le département que nous aimerions gommer au cours de ce mandat. C’est trop compliqué, incompréhensif et même anormal de devoir prendre plusieurs cartes pour pêcher la même rivière… Ce n’est pas une situation qui dépend de la fédération et là aussi il faut qu’il y ait un dialogue avec les AAPPMA, un travail commun que nous allons encourager. Le Jura y est parvenu avec une carte qui permet de pêcher quasiment dans tout le département. C’est un exemple à suivre.