En entrant dans le musée de Pontarlier, des chants d’oiseaux attirent le public devant une pièce voilée d’un rideau. En le franchissant, le visiteur est plongé dans l’obscurité, la lumière étant faite sur les différents clichés du photographe naturaliste Guillaume François. Faune, flore, paysages… le photographe emmène le visiteur sur les traces du lynx boréal, “À pas feutrés”, nom de son exposition. « C’est le résultat de 3000 jours et nuits sur 20 ans passés à l’affût », murmure l’intéressé. Une ambiance intimiste et silencieuse, pour recréer ces jours passés dans la nature, à espérer que le lynx se dresse devant l’objectif.
Dans la pièce d’en face, l’atmosphère est tout autre. Des portraits en noir et blanc décorent les murs peints en bleu canard. Tous retracent le travail de presque un siècle de l’atelier Stainacre. « Le musée possède 50 000 plaques de verre, négatifs, diapositives du fonds de l’atelier Stainacre. Pour cette exposition, ça a été difficile de choisir 28 portraits », témoigne Francesca Rigoni, responsable des collections du musée. Les deux expositions temporaires sont visibles jusqu’au 28 février 2027.
« Le lynx ne se montre seulement quand il le décide »
« J’ai commencé à suivre le lynx depuis mes 12 ans. Je me souviens de ses traces dans la neige, sous la fenêtre de ma maison. Je ne le voyais pas, mais je l’entendais », confie Guillaume François, jurassien. Depuis, il explore un monde libre et sauvage. Cet animal, rare et presque invisible, guide ses “pas feutrés” à travers le massif jurassien. Il y découvre une riche faune et flore qu’il immortalise grâce à son appareil. Ses clichés ne font l’objet d’aucune retouche. « Je souhaite montrer la véracité de la scène telle qu’elle existe ». Certaines photographies ont été prises sous des froids glacials (-24°C), ou après des jours voire des semaines d’attente. Une reconstitution de planque est proposée pour plonger le visiteur au plus près du terrain.

Pendant toutes ces années, Guillaume François n’a cessé de suivre le lynx boréal, en veillant à le respecter ainsi que les autres espèces et les milieux dans lesquels elles évoluent. « La nature ne se dévoile pas comme ça. Il faut la connaître, la comprendre. Le lynx, lui, ne se montre seulement quand il le décide ».
Des portraits du XXe siècle
« On estime que l’atelier Stainacre a perduré de 1907 à la fin des années 70 », explique Francesca Rigoni. Ce sont alors 28 portraits d’une autre époque qui se dressent devant le visiteur, retraçant l’évolution du XXe siècle. « Le portrait s’inscrit à tout moment de la vie. L’atelier photo devient une fabrique de l’identité. Avant, il répondait à des critères stricts avec par exemple les femmes dans leur rôle attendu. Puis on s’est mis à défier le portrait. Par exemple, sur cette photo, deux femmes sont habillées comme des hommes ». Des poses assumées et des mises en scène théâtralisées prennent place. Des évolutions que le visiteur peut retrouver à travers quelques portraits.
Redonner au musée sa fréquentation d’antan
Ces deux expositions temporaires s’inscrivent dans le bicentenaire de la photographie pour lequel le ministère de la Culture organise de nombreuses manifestations. Elles sont aussi le début d’une volonté de « redynamiser le musée pour lui redonner sa place d’il y a une quinzaine d’années où on comptait entre 12 000 et 15 000 visiteurs. On souhaite que le public retrouve son musée », détaille Nathalie Bertin, adjointe à la Culture. Deux autres expositions sont prévues d’ici la fin de l’année : l’une en octobre mettant en avant les travaux réalisés par les lycéens du Haut-Doubs sur le thème “paysage” qui dialoguera avec la peinture franc-comtoise présente au musée ; l’autre consacrée à la biennale d’art contemporain franco-chinois en novembre.






























