Procès en appel de Nicolas Zepeda, dernier jour.

Plus que la condamnation de Nicolas Zepeda, la famille de Narumi Kurosaki attend encore des réponses. Où est son corps ? Que s’est-il réellement passé cette nuit du 4 au 5 décembre 2016 ? Des questions auxquelles le chilien n’a jamais répondu.

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Pour sa dernière prise de parole, voix tremblante, Nicolas Zepeda se lève face aux jurés « Je ne suis pas un assassin, JE N’AI PAS TUÉ NARUMI, je ne l’ai pas tuée, je ne sais plus comment le dire.. » et fond en larmes.
Le président referme les débats, l’audience est suspendue dans l’attente de la décision finale.

Accusé d’avoir tué et fait disparaître le corps de l’étudiante japonaise Narumi Kurosaki, le Chilien avait été condamné à 28 ans d’emprisonnement en première instance.

Dans son réquisitoire, l’avocat général Etienne Manteaux demande la perpétuité. Me Cormier et Portejoie, avocats de Nicolas Zepeda plaident l’acquittement.

Randall Schwerdorffer, avocat d’Arthur Del Piccolo, petit ami de Narumi au moment de sa disparition
Maître Sylvie Galley, avocate de la famille de Narumi.

La décision appartient aux jurés désormais retirés pour délibérer. Délibération qui devrait durer 2 à 3 heures.

Dès l’ouverture du procès en appel de Nicolas Zepeda, accusé d’avoir tué et fait disparaître le corps de l’étudiante japonaise Narumi Kurosaki, le président de la cour François Arnaud a immédiatement rappelé que les détails et débats de la première instance n’existaient plus. Malgré l’emballement médiatique, les faits marquants, les nouveaux jurés doivent repartir d’une feuille blanche.

Pourtant, rien n’a vraiment changé au cours de ce procès en appel du Chilien. Rien dans son comportement, rien ou presque dans sa version des faits, si ce ne sont quelques détails immédiatement démontés par les parties civiles ou l’avocat général, Étienne Manteaux.

À une exception près. Cerné par une minutieuse enquête appuyée en direct par le témoignage de Nadia Ouaked, qui à la barre assure avoir croisé le Chilien dans la cuisine du 4e étage du bâtiment Rousseau sur le campus universitaire de la Bouloie à Besançon, l’accusé, concède officiellement un élément évident : Nicolas Zepeda s’est rendu en France pour une seule chose, retrouver Narumi Kurosaki.

Son ex-petite amie qui l’a quitté à la suite d’une série de messages violents, une rupture aprés plusieurs mois déjà compliqués pour une relation vécue à distance, elle en France, lui au Japon.

Cet élément majeur presse une autre question : pour quelle raison le Chilien est-il venu voir Narumi ? La reconquérir ? La tuer ? Un peu des deux selon Randall Schwerdorffer, avocat d’Arthur Del Piccolo, le petit-ami de la japonaise au moment de sa disparition en décembre 2016. « Il voulait la reconquérir et si ça ne fonctionnait pas, il repartirait avec elle coûte que coûte. » Une théorie fumeuse d’après la défense incarnée par Sylvain Cormier et Renaud Portejoie. Une théorie que Nicolas Zepeda n’a jamais vraiment balayée complètement. « Vous ne nous avez pas facilité la tâche Nicolas, mais je le savais. […] Pour nous expliquer que l’herbe est verte, il vous faut 5 minutes. » , explique Me Portejoie dans sa plaidoirie. Mais pourquoi l’avoir tuée après une telle soirée de bonheur, dont tous les éléments montrent que Narumi voulait et a passé une belle soirée avec son ex-petit copain ? C’est l’une des rares questions à l’avantage de la défense. Au cours de leurs plaidoiries, les avocats se sont appuyés sur d’autres affaires et crimes horribles, dont l’issue fut la même condamnation que celle requise par l’avocat général contre Nicolas Zepeda. « Comment peut-on demander la perpétuité contre mon client au lendemain de la condamnation de Monique Olivier, la compagne et complice de l’ogre des Ardennes ?! C’est un non-sens, une hérésie ! Comment expliquer une hiérarchie des peines après ça ?! » , tonne Me Portejoie à la barre, dans un style très théâtral. Sur le fond du dossier, les arguments des deux avocats restent pauvres. Parce que des questions accablantes contre Nicolas Zepeda, il en existe des dizaines.

Pourquoi le chilien a-t’il épié son ex-petite amie pendant des mois, pourquoi lui a t’il écrit des menaces à peine voilées par messages, mails ou encore même en vidéo avant de se rendre en France ? Pourquoi a-t’il acheté un bidon de produits inflammables, des allumettes et un produit détergent ? Pourquoi a-t’il fait du repérage près d’une forêt au sud de Dole pendant deux heures le 2 décembre 2016, avant d’y retourner pendant trois longues heures le 6 décembre au petit matin, juste après avoir quitté la chambre de Narumi Kurosaki, qu’on ne reverra plus jamais ? Pourquoi une ombre est aperçue en train de rôder autour du logement de Narumi uniquement lorsque le Chilien est présent sur le campus ? Pourquoi le téléphone de la Japonaise est détecté à des endroits où se trouve le Chilien pendant une semaine après le ce fameux 6 décembre ? Pourquoi ment-il dans sa première déposition rédigée à sa demande auprès d’Interpol ? Pourquoi cache-t-il à tout son entourage sa venue en France ? Pourquoi demande-t’il des détails morbides sur une manière de mourir par asphyxie à son cousin médecin ?…

La liste est aussi longue que chacune des réponses alambiquées de l’accusé. Nicolas Zepeda craque plusieurs fois, surtout lorsqu’il s’agit de parler de lui. En larmes face à la simple question « Êtes-vous indigné ? » De son avocat Me Portejoie, le Chilien explose. « Depuis le début c’est Zepeda, Zepeda. On ne cherche pas la vérité, ÇA ME REND FOU ! Je ne suis pas un assassin, je ne l’ai pas tuée, je n’ai pas tué Narumi ! »

Des mots qu’il répète une dernière fois ce jeudi 21 décembre, lors d’une ultime prise de parole, très courte.

Le tribunal est désormais vide, la cour s’est retirée pour délibérer et la décision tant attendue sera connue vers 13h. Une victoire ? Pour qui ? La justice voulait des aveux, la famille Kurosaki simplement faire son deuil et comprendre.

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Nicolas Zepeda est officiellement reconnu coupable de l’assassinat de Narumi Kurosaki et condamné à 28 ans de réclusion criminelle.

À cette condamnation s’ajoutent l’interdiction pendant 15 ans de détenir une arme et l’interdiction de séjourné sur le sol français

C’est exactement la même peine prononcée en première instance

La cour a retenu la préméditation et va revenir dans quelques minutes pour prononcer la peine complémentaires des intérêts civils.

Article M.S, édition C.M et M.D