Réindustrialiser sans mobilités ?

ZFE, ZAN, économie circulaire, transports en commun, on tourne en rond ! Pourtant les solutions existent pour marier écologie et économie en Franche-Comté

1002
« Au travail, on s’y rend autrement »

C’est le slogan mis en avant par l’ADEME (Agence de la Transition écologique) pour promouvoir le challenge de la mobilité en Bourgogne Franche-Comté. Cette promotion, soutenue par le Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté, au demeurant utile dans les zones urbaines ou péri-urbaines, peut-elle correspondre à des personnes résidant à Besançon et travaillant à Orchamps-Vennes ?

La voiture demeure le seul moyen de transport fiable pour les liaisons domicile-travail au quotidien. Si le covoiturage est une solution alternative, il reste que les horaires de travail doivent être compatibles entre les différents passagers d’une voiture !

44 000 frontaliers francs-comtois traversent la frontière chaque jour pour travailler en Suisse

Le nombre de frontaliers a augmenté de 10% en un an, soit 3836 travailleurs en plus (source Pôle Emploi et Insee). Plus de 7 frontaliers sur 10 résident dans le Doubs, 2 sur 10 dans le Jura et 10% dans le Territoire de Belfort.

90% des frontaliers travaillent dans 3 cantons suisses : celui de Vaud concentre 39% des frontaliers, 32% dans le canton de Neuchâtel et 19% dans celui du Jura.

Aucune offre ferroviaire satisfaisante

Dans le Nord Franche-Comté qui ne concerne que 10% des frontaliers, la ligne Belfort-Delle, réhabilitée en 2018, est utilisée par 400 voyageurs/jour au lieu des 1600 voyageurs attendus. Pourtant, les entreprises suisses du canton du Jura captaient en 2017 6500 actifs contre 3800 en 2007.

Pour l’association des usagers des transports de l’Aire urbaine, il s’agit d’accélérer le cadencement et l’adaptation des horaires aux besoins des scolaires et frontaliers. « Sans un cadencement rapproché, l’exploitation d’un réseau de transport en commun est voué à l’échec ». L’association n’entend rien révolutionner. Les solutions sont de bon sens… ! Mais le bon sens ne fait pas bon ménage avec la technocratie.

La ligne des Horlogers…bienvenue au royaume d’Absurdie !

La Région a dépensé 50 millions d’euros pour réhabiliter cette ligne essentielle qui relie…en théorie…Besançon à La Chaux-de-Fonds. Mais la liaison côté français Morteau-Col des Roches est loin d’être terminée et le cadencement permet à un travailleur frontalier habitant à Besançon d’arriver à son travail…à l’heure de l’apéritif !

Environ 11000 frontaliers travaillent dans le canton de Neuchâtel (essentiellement entre Le Locle et La Chaux-de-Fonds). Ce sont donc potentiellement des milliers de voyageurs/jour qui pourraient prendre le train. Là encore, des études récentes ont démontré la pertinence d’un cadencement allant jusqu’à 12 A/R par jour, soit un train toutes les heures, voire toutes les ½ heures aux heures de pointe.

Conseil régional et SNCF réseau répondent en chœur « il n’y a pas de voyageurs » ! Sans offre adaptée, il ne peut pas y avoir de demande…compliqué à comprendre. Cela fait plus de 20 ans que le problème se pose, cela fait plus de 20 ans que les suisses ont aménagé leur réseau, cela fait plus de 20 ans que les frontaliers (qui participent à la richesse de la Franche-Comté) doivent passer des heures dans les embouteillages. Dans le même temps, la collectivité régionale et l’Etat prônent l’utilisation des transports en commun « pour sauver la planète ».

Une étude de 2016 a proposé un système de navette entre Morteau et La Chaux-de-Fonds à raison de 18 A/R à condition d’une infrastructure en état entre Morteau et le Col des Roches. L’étude, pourtant très documentée, ne trouve aucun écho du côté de Michel Neugnot, vice-président chargé des transports à la région BFC.

Besançon – Lausanne ou Besançon – Neufchâtel

Eh oui, elle existe… A Franois, la ligne mène à Pontarlier, puis Neuchâtel par les Verrières et jusqu’à Lausanne par Vallorbe. Elle permettrait de relier Besançon à Neuchâtel en moins de 2h sans oublier les milliers de frontaliers qui travaillent quotidiennement dans l’agglomération de Lausanne.

La ligne des Hirondelles ne s’est pas envolée

Le problème est surtout lié au manque de volonté politique des collectivités locales traversées et du manque d’ambition du Conseil Régional. Elle reste une ligne pas ou si peu empruntée à part dans les liaisons domicile-école…pas de quoi en faire un pataquès pour Michel Neugnot.

Et on ne parle pas de la difficulté des correspondances avec la ligne TGV en gare de Dole. Enfin, que dire de la grande oubliée des liaisons Strasbourg-Lyon qui irriguent toute la plaine du Jura…jusqu’à quand !

Patrick Real, vice-président de la FNAUT Bourgogne Franche-Comté, en charge des relations franco-suisses ©YQ

Patrick Réal, vice-président de la FNAUT BFC (Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports), a en charge les relations France Suisse. L’ancien cadre de la SNCF n’est pas un ayatollah du ferroviaire. Il constate simplement que le potentiel existe sur ces axes qui traversent la Franche-Comté d’est en ouest et du nord au sud, des axes qui permettraient un développement démographique et surtout un essor économique, en partenariat avec la Suisse.

Le tourisme, autre oublié des infrastructures ferroviaires

Que l’on fasse du vélo sur la voie verte de la vallée de la Brême, que l’on visite le Dino-Zoo ou le musée des Maisons Comtoises, que l’on veuille se faire le Creux du Van dans le Val de Travers, ou la visite de la Saline Royale d’Arc-et-Senans et bien d’autres destinations, la solution ferroviaire existe…à condition de faire rouler des trains le weekend et pendant les vacances. Une façon de contribuer à la décarbonation de la planète !

Pour les entreprises françaises ou suisses, la frontière n’existe pas. Ce sont les contraintes réglementaires, les absurdités administratives et le manque d’ambition de certains élus qui bloquent le développement de la « Silicon Valley de la recherche ». Plutôt que des slogans, les habitants, les entreprises et les salariés de la région attendent surtout des actes.

Yves Quemeneur