Saint Jacques-Arsenal, une journée de psychanalyse urbaine

"J’ai devant moi une feuille blanche" annonçait la Maire de Besançon le 15 novembre 2022 à l’occasion de la cession de l’ancien hôpital. L’avenir du majestueux site de Saint Jacques appartiendrait dorénavant aux psychanalystes !

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Anne Vignot la Maire de Besançon avait lancé la concertation sur l'avenir de Saint Jacques en septembre 2023 ©YQ
Le syndrome de la page blanche

Ce trouble psychique est l’impossibilité pour un artiste de commencer une œuvre (Wipipedia). « L’œuvre doit être si parfaite que toute idée…est systématiquement mauvaise…empêchant toute réalisation » ! Il faut espérer qu’Anne Vignot n’est pas atteinte de ce syndrome s’agissant du projet Saint Jacques-Arsenal.

Alexandra Cordier, ancienne candidate malheureuse aux municipales de 2020 et proche collaboratrice de Jean-Louis Fousseret, l’ancien maire de Besançon le soulignait il y a un an dans les colonnes de l’ER (24.11.2022) « De 2012 à 2019, l’équipe précédente a pris le temps de développer tout un projet détaillé, projet essentiel pour la ville…On repart de zéro…Donc on perd 10 ans » !

Projet de ville ou d’agglomération ?

Si c’est bien la Mairie qui se porte acquéreur du site historique, c’est aussi Grand Besançon Métropole qui porte les grands projets structurants arrêtés par le « Projet de territoire » voté par le conseil communautaire en 2019. C’est donc bien les élus de la Métropole qui seront habilités à entériner le nouveau projet urbain.

« Je suis très fière que la Ville, que vous, nous ayons repris la main sur l’aménagement de ce quartier »

Dans son allocution de bienvenue aux habitants le 30 septembre dans la Cour d’Honneur de Saint Jacques, Anne Vignot a rappelé que « ce site historique est le 2ème plus grand site patrimonial remarquable de France ». Elle a également évoqué son passé récent d’hôpital où « 100 000 enfants sont nés à la maternité mais aussi des moments de vie, d’épreuves, des moments intimes ».

La maire souhaite faire de ce lieu « ce que doit être la ville de demain…un quartier où l’on peut flâner, se cultiver…la nature en ville, des îlots de fraîcheur et des habitats pour la faune… ».

Son propos se poursuit sur l’impératif de construire « des logements de nouvelle génération, une ville plus accueillante, plus respectueuse du vivant….Rénover, déconstruire, construire dans un cercle vertueux…protéger nos terres agricoles » (de l’étalement urbain). Anne Vignot ajoute « un quartier pour accueillir les nouveaux arrivants, touristes et visiteurs » sans toutefois préciser ce que seront ces nouveaux habitants et touristes. La Maire a conclu son allocution par le rappel de la temporalité « un tel projet urbain mettra plusieurs années pour aboutir » ! Un délai « qui court au-delà de 2026 » ironisait un opposant.

Une concertation ludique

Le samedi 30 septembre 2023, des « psychanalystes urbains » arpentaient la cour d’honneur de Saint Jacques à la recherche de « patients…urbanistes d’un jour » pour mettre en discussion le site avec les citoyens. Mémoire des lieux, comment y vivre, quelles constructions, quels espaces publics ? Toutes des questions abordées au cours de cette « journée citoyenne ».

Des parkings…mais inondables

Les habitants étaient nombreux à intervenir autour de deux grandes tables de maquettes présentant les 9 hectares du site : « si le parking du Petit Chamars est supprimé, ce seront des places de parking en moins » s’inquiète une habitante du quartier. « Pas de souci » répond une intervenante de l’agence TER chargée de l’urbanisation paysagère du site « il y aura des parkings souterrains sous les nouvelles constructions ». Un autre habitant de faire remarquer « c’est en bord du Doubs donc inondable… » Il chipote le monsieur !

Un quartier sécurisé ?

L’idée des urbanistes est de créer une trame verte et ouverte de l’Arsenal aux bords du Doubs. « Comment garantirez-vous la tranquillité des nouveaux habitants et des promeneurs devant la recrudescence de l’insécurité ? » s’inquiète une autre bisontine.

On évoque également à demi-mot l’installation d’une hôtellerie de luxe dans l’ancien hôtel de Montmartin, des appartements forcément haut de gamme dans les bâtiments entourant la cour d’honneur et « en même temps » des logements sociaux. L’équation semble difficile !

On retiendra aussi la remarque dans les réseaux sociaux d’un futur prétendant à la mairie de Besançon « Pourquoi les plans et maquettes du projet ont fait disparaître les croix ornant la grille d’entrée et le bâtiment central…oubli ou volonté délibérée de faire abstraction de l’histoire multiséculaire du lieu » !

Ce lieu historique, emblématique de la richesse patrimoniale de la capitale comtoise ne peut servir de terrain de jeu pour « un projet de société et de démocratie urbaine ».

Yves Quemeneur