Salaire ou inflation, faut-il choisir ?

Indexer les salaires sur l’inflation comme au temps de Monsieur Pinay en 1952, certains en rêvent ! Pour beaucoup c’est un cauchemar. Pour autant, la question du pouvoir d’achat est prégnante pour 90% des ménages. Les solutions existent à condition de comprendre les rouages de base de l’économie. Hebdo 25 a interrogé Jean-Luc Quivogne, le patron de la Chambre de commerce et d’Industrie Saône-Doubs.

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Augmentation des salaires et/ou inflation ©YQ
SMIC ou SMC

Le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance) vient d’être porté à compter du 1er août 2022 à 1678,95€ bruts pour un temps complet. Le SMC (Salaire Minimum Conventionnel) s’exprime par branches professionnelles, voire même selon les nomenclatures de postes dans chaque métier.

Mais le Code du Travail est clair, n’en déplaise à Philippe Martinez, le tonitruant patron de la CGT. Lorsque le minimum conventionnel est inférieur au SMIC, c’est bien entendu le SMIC qui s’applique. Lorsque ce minimum conventionnel est supérieur au SMIC, l’entreprise doit appliquer le salaire conventionnel. « Dans la métallurgie, nous en sommes à la 3ème négociation entre les organisations syndicales et l’UIMM. Le salaire minimum conventionnel sera 126€ au-dessus du SMIC au 1er décembre 2022″ explique Jean-Luc Quivogne.

En moyenne dans le secteur marchand, une hausse de 1% du SMIC entraîne une augmentation de 0,1% de la masse salariale.

Doit-on craindre la spirale infernale salaires/inflation

L’économie française vit sous perfusion depuis 70 ans. En 1952, Antoine Pinay Président du conseil, fait voter le blocage des prix et l’indexation des salaires sur l’inflation…elle dépassait allègrement 20% à l’époque. Le « Sage de Saint-Chamond » crée dans la foulée le SMIG (Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti) et sera l’initiateur, comme ministre des Finances, du « nouveau franc » à l’arrivée du Général de Gaulle au pouvoir.

Ensuite, les chocs pétroliers de 1973 et 1979 favorisent une poussée inflationniste (en 1980, la hausse des prix est supérieure à 13%). Les entreprises, sous la poussée des syndicats, augmentent les salaires… ce qui augmentent les coûts…et donc les prix…et donc les salaires, etc… !

Pour casser ce cercle vicieux, souligne l’économiste Patrick Artus « la politique monétaire devient restrictive, entraînant des dévaluations en cascades qui cassent la croissance et font monter le chômage et baisser l’inflation… »   C’est le tournant de la rigueur à partir de 1983 (gouvernements Mauroy et Fabius) qui marque la fin de l’inflation…mais aussi la montée vertigineuse du chômage et la déroute de l’économie française !

L’inflation actuelle est plutôt conjoncturelle

Jean-Luc Quivogne « ne croit pas à la spirale salaires/inflation. Les mécanismes financiers (taux et politique monétaire européenne) ralentiront le phénomène inflationniste ». La BCE a appris des leçons de l’histoire. Le président de la CCI Saône-Doubs ajoute « le pétrole commence timidement à baisser. Le prix de l’acier qui avait fortement augmenté suit une tendance baissière. Pour se prémunir de la hausse des aciers, les entreprises avaient reconstitué leurs stocks en 2021, au risque de grever leur trésorerie ».

Le patron de la CCI est plus inquiet sur les prix de l’énergie

Le bouclier tarifaire va limiter à 15% la hausse du prix de l’énergie pour les ménages et les PME/TPE. Toutefois, certains secteurs énergivores (chimie, verre, papeterie…) ne pourront pas tenir. « Dans la métallurgie, l’électricité va faire exploser les charges » insiste Jean-Luc Quivogne. Il craint des fermetures partielles de sites industriels pour faire baisser les consommations tout en continuant à livrer.

Malgré une inflation qui pourrait être contenue en 2023 autour de 3 à 4%, le coût de l’énergie va impacter les comptes des entreprises. La volonté de la commission européenne de réduire de 5% la consommation d’électricité aux heures de pointe tient compte du marché libéralisé de l’énergie. « Le prix du mégawatt/heure est fonction de la demande. Quand la demande est forte, les centrales thermiques sont sollicitées en plus du nucléaire ou des renouvelables. Le prix de l’électricité est alors corrélée aux prix du gaz…CQFD ». Au dernier sommet européen à Prague, l’Allemagne, qui se faisait tirer l’oreille, aurait accepté de plafonner les prix de gros du gaz au plan européen.

D’un prix du MGW/h à 1000€ au début de l’année, on pourrait passer à une base de 325€. « Cela reste 4 à 5 fois le prix payé en 2021 » s’inquiète Jean-Luc Quivogne.

« Le plafonnement ne va pas concerner toutes les entreprises contrairement à nos voisins allemands » poursuit Jean-Luc Quivogne. « Les entreprises sont en plus confrontées au remboursement des PGE. Augmenter le prix de l’énergie est tout simplement impossible ». Patron lui-même d’une ETI, il craint que ces entreprises de taille intermédiaire soient exclues du plafonnement (Une ETI est une entreprise qui emploie entre 250 et 5000 salariés et réalise plus de 50 millions d’euros de CA, une catégorie d’entreprises entre les PME et les grands groupes. On en compte 5400 en France). En Allemagne le plan de soutien est doté de 200 milliards d’euros (100 Md€ pour les ménages, 70 Md€ pour les PME et 30 Md€ pour les ETI) financé par les excédents budgétaires…nous en sommes loin !

La tension sur l’emploi tire les salaires à la hausse

La plupart des branches professionnelles y répondent positivement. Jean-Luc Quivogne cite le cas de la métallurgie. « A compter du 1er janvier 2024, une nouvelle grille de rémunération conventionnelle va permettre de rémunérer l’emploi et non le salarié. Par exemple, cela réglera la question de l’égalité salariale femmes/hommes. Et au 1er janvier 2023, le contrat de prévoyance de la branche est largement augmenté au profit des salariés, de l’ordre de 10 à 15% par rapport aux autres branches professionnelles. Pour les entreprises de la métallurgie, c’est aussi un moyen de rendre les métiers de l’industrie plus attractifs pour les nouveaux entrants ».

En forme de conclusion, le patron de la CCI Saône-Doubs insiste sur la capacité des entreprises à exporter « il faut avoir une bonne place sur son marché domestique pour exporter et il faut exporter pour conserver sa place sur son marché domestique ». Tout est dit !

Yves Quemeneur