Doubs. Dossier de la semaine : En 2026, le padel s’installe dans le Doubs !

Avec l’arrivée de terrains dans le Haut-Doubs et d’un vaste complexe de 4 600 m² à Pirey, le padel s’installe peu à peu dans le département. Un déploiement d’infrastructures pour répondre à une pratique qui explose partout en France et dans le monde. Est-ce un phénomène de mode ou le futur du sport de raquette ?

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© Ligue BFC Tennis

En plein essor, le padel s’impose comme le sport tendance adopté aussi bien par les adolescents que par les quadragénaires en quête de nouvelles sensations. Mélange entre le tennis et le squash avec la possibilité de jouer sur les rebonds des vitres qui encadrent l’espace de jeu, cette discipline se veut accessible. Né au Mexique dans les années 1970, le padel, qui se joue principalement en double, s’est largement développé en Europe au cours de la dernière décennie. En 2014, Charles Alexandre, président du club de Tennis Padel Grand Besançon (TPGB), souhaite installer les premiers terrains de Bourgogne Franche-Comté du côté de Nevers : « les banques ne nous croyaient pas, le monde du tennis non plus. Les débuts ont été difficiles », confie-t-il. Le boom du padel se produit lors de la période post-covid, le sport gagne en visibilité notamment sur les réseaux sociaux.

En 2025, la FFT (Fédération Française Tennis) compte plus de 250 000 licenciés padel et plus de 500 000 personnes pratiquant la discipline. On dénombre actuellement 2917 pistes sur le territoire, 40 % de plus par rapport à 2024.

terrains de padel Doubs complexes
© Ligue BFC Tennis

Le Doubs, un désert du padel ?

En Bourgogne Franche-Comté, le nombre de licenciés a bondi de 47 % lors de la saison 2024-2025 (+ 43 % à l’échelle nationale). Pourtant, avec seulement 1 825 licenciés (1,7 % du total national), la BFC reste l’une des régions les moins fournies de France. Ces chiffres oublient une partie des pratiquants en club licenciés multi-raquettes, pouvant exercer le padel au même titre que le tennis par exemple. Un constat qui s’explique d’abord par le manque d’infrastructure criant dans le Doubs. Il n’existe que deux clubs avec leurs terrains : l’ASCAP Tennis & Padel à Montbéliard (quatre terrains) et le Tennis Padel Grand Besançon à Thise (cinq terrains). Depuis 2024, une structure privée, le Padel 25 à Allenjoie, propose également huit terrains. Toutefois, les installations s’accélèrent depuis plusieurs mois.

Le 19 décembre 2025, un nouveau terrain indoor a également vu le jour à Valdahon. Le Haut Padel 25 fonctionne en gestion autonome : « Ça commence fort, on est sur un taux de remplissage d’au moins 75 % en moyenne », se réjouit son gérant, Sébastien Liberatore, qui évoque déjà plus de 200 inscrits et « des gens qui viennent de loin ».

Des futurs terrains à Pontarlier, Pirey, Nancray… 

De nombreux projets sont en préparation sur l’ensemble du territoire. Dans le Haut-Doubs, où l’offre est inexistante, un investisseur privé suisse développe depuis février 2025 un complexe de loisirs indoor regroupant cinq terrains de padel, squash, badminton et pétanque. « Le Multiplex », complexe de 4 000 m2, devrait ouvrir en automne 2026 dans la zone des Gravilliers à Pontarlier. Une véritable demande, confirme Sylvianne Badoz, présidente du CAP tennis à Pontarlier : « cependant nous n’avions pas les ressources économiques ni la logistique pour accueillir un service padel chez nous ».

Ça bouge également à Besançon et ses alentours. Le club Tennis loisir de Nancray a lancé un appel d’offres en janvier 2025 pour deux terrains couverts avec club-house intégré. Au plus près de Besançon, à Pirey, un projet de grande envergure est en construction. L’Exclusif 25, porté par des particuliers, ouvrira ses portes le 29 janvier 2026. Ce complexe de 4 600 m² comptera dix terrains de padel, cinq de badminton et deux de pickleball, ce qui fait de lui l’un des plus grands de France en termes d’offre padel. Le double de ce qui est actuellement proposé au club de Thise : « C’est un pari osé de leur part, car on ne peut pas vraiment quantifier la demande dans le Doubs. De notre côté, on va assurément perdre des licenciés et c’est normal. C’est une bonne chose pour les joueurs d’avoir de l’offre, notamment plus proche de chez soi », confie Charles Alexandre, président du TPGB. Les pistes de padel seront à disposition via un système de location à l’heure : « beaucoup veulent juste jouer pour le loisir et se retrouve confrontés à une licence de joueurs. Nous ne pourrons jamais rivaliser avec les locations horaires : notre stratégie reste centrée sur le tennis ».

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L’Exclusif 25, situé 10 route de Besançon à Pirey, se prépare avant son ouverture
© Hippolyte Sanseigne

Du côté de Pirey, les porteurs du projet affichent au contraire une grande confiance. « On n’a aucun doute sur la demande, on reçoit énormément de sollicitations », assure Frédéric Gillet, fondateur de l’Exclusif 25, à l’origine de ce projet familial monté avec son épouse et sa fille. « Les études que nous avons menées montrent que pour répondre aux besoins autour de Besançon, il faudrait au moins 20 terrains. Si on faisait un petit complexe, on ne serait pas rentable ». Le site a d’ores et déjà sollicité une habilitation fédérale afin de proposer une formation, des licences sportives et l’accueil de compétitions. « Si on développe le sport, on aura plus d’adhérents. Pour nous, c’était une évidence ».

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© Ligue BFC Tennis

Public vs Privé ?

Un engouement toujours plus grand et un premier enjeu : qui doit tenir les rênes de ce sport, entre les clubs associatifs et les structures privées ? Aujourd’hui, la Bourgogne Franche-Comté compte 60 pistes : 75 % sont gérées par des clubs associatifs, 25 % par des privés. Selon l’estimation à fin août 2027 faite par la ligue de tennis régionale, le nombre va doubler et la tendance va s’équilibrer : plus de 150 pistes de padel pour un 50/50 associatifs et privé. La tendance, à plus long terme, laisse entrevoir un basculement en faveur du privé. À l’échelle nationale, le nombre de pistes privées est en augmentation de 25 % par rapport à 2024.

Laurent Aznar, référent padel pour la ligue Bourgogne Franche-Comté ne craint pas l’influence des investisseurs : « Tant qu’ils jouent le jeu en créant des écoles de padel, en développant la pratique féminine et en demandant une habilitation pour les compétitions. C’est vrai, certains se contentent de louer des terrains. On les encourage à s’impliquer davantage dans le développement de la discipline », confie-t-il. Charles Alexandre, président du TPGB est plus inquiet : « Aujourd’hui, on ne développe pas un sport mais un loisir, on développe du business ».

Un « business » qui soulève une seconde question : les sports de raquette vont-ils étoffer leurs rangs grâce cette discipline en vogue ou le tennis risque-t-il de perdre des adhérents au profit du padel, comme le suggérait Novak Djokovic en 2024 ? Le président du TPGB, pourtant passionné, reste perplexe : « Est-ce un sport que l’on regarde ? Je n’en suis pas certain ». Réponse dans les années à venir…