Le premier conseil municipal de l’année 2026 était aussi l’avant-dernier avant les futures élections de mars prochain. Il fut pour le moins électrique, loin de l’apaisement des dernières séances. Les élus se sont pourtant levés comme un seul homme à l’ouverture de ce conseil pour rendre hommage à Noa Thévenot El Kaim Billah, ce jeune Bisontin passé par le Racing Besançon et le FC Sochaux-Montbéliard, tragiquement disparu dans l’incendie de Crans-Montana, le soir de la Saint-Sylvestre. Une minute de silence emplie d’émotion avant les premiers tacles et réponses tout aussi acerbes.
Les « bouses » du conseil municipal
Christophe Lime (PCF) a dégainé le premier, après avoir appris que le conseiller municipal Saïd Mechai quittait le groupe d’opposition Besançon Maintenant, dirigé par Ludovic Fagaut. « Malgré les critiques tout au long du mandat, notre union n’a connu aucune démission. Chez nos opposants, pratiquement 50 % des équipes ont disparu. Avant de donner des leçons, il faut balayer devant sa porte parce que, comme on dit dans le Haut-Doubs, c’est à la fin du comice qu’on compte les bouses ». Impossible pour Myriam Lemercier (Besançon Maintenant) de laisser passer de tels propos, malgré la désapprobation discrète de Ludovic Fagaut. « Cette comparaison avec des bouses est à la hauteur de la personne qui parle ». Le décor est planté.
Le PLUi, une parenthèse de fond avant le clash
Seul débat de fond de la soirée, l’approbation du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) est revenue devant les 67 conseils municipaux de Grand Besançon Métropole après avoir été arrêtée par l’agglomération le mois dernier. Les collectivités ont jusqu’au 11 mars pour faire remonter leurs modifications potentielles. À Besançon, Aurélien Laroppe, l’un des rares élus à faire l’unanimité (lire notre encadré), s’est chargé de réexpliquer les « recalibrages » nécessaires. Le passage de certaines zones en UYi, autrement dit réservées à l’activité industrielle, est l’une des problématiques ciblées par l’opposition. Celle-ci reproche à la majorité d’empêcher le développement commercial au profit d’une industrie « qui n’arrive pas », assure Ludovic Fagaut, citant l’exemple « des 6 000 m² le long du chemin du Rond-Buisson (Chalezeule, ndlr), où l’espace est libre depuis un an et demi ». « On ne peut spécialiser une zone spécifiquement industrielle, il faut une mixité », poursuit l’élu d’opposition qui, avec son groupe, s’est à nouveau opposé à ce rapport, voté à la majorité. Au total, 114 hectares sont destinés au développement économique sur Besançon dans ce nouveau PLUi.
« Je continuerai à parler français »
La première aide aux associations attribuée pour l’année 2026 fut l’occasion pour Ludovic Fagaut de pointer du doigt « le déséquilibre » de la collectivité quant à l’accompagnement des événements culturels. En demandant des comptes sur le « fiasco » Time World, « cet événement censé faire venir 3 500 personnes », qui avait bénéficié d’environ 41 000 € de la part de la Ville et de GBM, le chef de file de l’opposition a surtout débuté sa prise de parole par « Madame le Maire ». De quoi déclencher l’ire de l’intéressée. « C’est Madame la maire. Je vous le demande, vous avez eu cinq ans et demi, je suis la maire. Veuillez respecter cela, je vous le demande en tant qu’élue de la République, de reconnaître que je suis la maire, il n’y a que vous pour ne pas le respecter ici ». Le ton ferme ne décontenance pour autant pas Ludovic Fagaut, qui joue subtilement la provocation : « Si vous voulez, Madame Vignot, le mot maire est un épicène, je parle français ». L’échange se poursuit sur la même tension : « Vous êtes irrespectueux envers ma personne, tout le monde accepte cette évolution sauf vous », ne décolère pas Anne Vignot. « Je parle français, j’ai été élevé ainsi et je continuerai à parler français », renchérit Ludovic Fagaut.
La maire recevra ensuite le soutien de plusieurs élus, comme Aline Chassagne, adjointe à la culture, ou encore Nathan Sourrisseau, en charge de la jeunesse, qui citera l’Académie française pour confirmer que l’emploi de « la maire » s’est imposé dans la langue. Rien n’y fera du côté de Ludovic Fagaut. De longs échanges agités, éloignés des rapports à l’ordre du jour, qui auront rallongé un conseil municipal de près de 3 h 30 et confirmé que le duel Anne Vignot – Ludovic Fagaut se poursuivra bien partout, jusqu’en mars prochain.































