Besançon. Le Musée des Beaux-Arts invite à « garder les yeux ouverts »

Le musée des Beaux-Arts de Besançon propose une exposition émouvante mêlant art brut et mémoire historique.

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musée beaux arts Besançon

Figure emblématique des peuples roms exterminés pendant la seconde guerre mondiale

L’artiste est née en Autriche dans la communauté rom. Artiste autodidacte, apparentée à l’art brut, elle était à la fois autrice, dessinatrice et peintre.

Rescapée dans l’enfance des camps de concentration d’Auschwitz, Ravensbrück et Bergen-Belsen de 1943 à 1945, alors âgée de 10 à 12 ans, elle fut la première à témoigner en 1988 du génocide des Tsiganes perpétré par les nazis.

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Elle s’oriente ensuite vers la peinture, une activité qu’elle poursuit à Vienne, créant environ un millier de peintures en l’espace de 25 ans.

113 œuvres exposées au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon

Œuvre abstraite exposée au musée des Beaux-Arts de Besançon, représentant un enchevêtrement de lignes colorées et sombres.

Elles sont issues essentiellement de collections privées. Amandine Royer, conservatrice des arts graphiques au MBAA et Vincent Briand, directeur du musée de la Résistance et de la Déportation, ont décliné l’exposition en trois sections, mêlant art et histoire, esthétique et mémoire.

La première section « la nature est ma vie » met en avant la nature et les paysages de son enfance itinérante en Autriche avec ses frères et sœurs et un père marchand de chevaux.

On y découvre les paysages au travers des roulottes des gens du voyage et sa sensibilité aux variations de la nature, du temps et des saisons avec beaucoup de couleurs.

La seconde partie « Auschwitz est mon manteau » évoque les images de la déportation.

Le regard de l’enfant mélange l’atrocité des conditions de détention (bottes des soldats, cheminées des fours crématoires) et l’espoir (les fleurs ne sont jamais loin de l’enfer).

La troisième partie « Ce que je désire du monde » ou l’œil empreint d’humanité.

Élément récurrent dans l’œuvre de Ceija Stojka (prononcer Tchaïa Stoïka), l’œil est partout présent comme le regard qu’elle portait sur le monde des années 90 et 2000.

Exorciser l’horreur

Peinture de Ceija Stojka exorcisant l’horreur des camps de concentration

Sa peinture exorcise l’horreur qu’elle a connue enfant dans les camps de concentration. Il y reste aussi beaucoup d’optimisme et le souhait que le monde change comme elle l’écrit. « Si le monde ne change pas maintenant, si le monde n’ouvre pas ses portes et fenêtres…de sorte que mes arrière-petits-enfants aient une chance de vivre dans ce monde, alors je suis incapable d’expliquer pourquoi j’ai survécu à Auschwitz, Bergen-Belsen et Ravensbrück ».

La branche, symbole de l’arbre donneur de vie

Chaque œuvre de Ceija Stojka est signée par le motif d’une branche d’arbre. Elle fait référence à un épisode de son internement au camp de Bergen-Belsen. « Devant notre baraque, il y avait un seul arbre feuillu…il avait de belles feuilles épaisses, vert clair…Tous les jours on en prenait quelques-unes et on les dégustait…Je l’appelais notre arbre donneur de vie » (Nous vivons cachés. Récits d’une Romni à travers le siècle – 1988)

Une exposition exceptionnelle pour découvrir l’œuvre d’une artiste autodidacte capable de transfigurer les événements les plus terribles en images colorées, vivantes et même lumineuses.

Yves Quemeneur