Le Dossier. « 109 classes, ce n’était juste pas possible » : la carte scolaire sous tension

Il y aura finalement 72 fermetures de classes en école primaire et maternelle dans le Doubs à la rentrée prochaine, dont 12 liées à des fusions, contre 109 prévues initialement. 27 vont voir le jour. Malgré ces réajustements, les syndicats dénoncent une baisse constante de moyens et des effectifs par classe trop élevés.

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inscriptions scolaires à Pontarlier
©Photo d'illustration AdobeStock

Pour la rentrée 2026, au niveau national, 1891 postes devraient être supprimés dans le premier degré public. Dans le Doubs, cela correspond à 21 postes retirés en septembre. Un nouveau coup de rabot budgétaire justifié par la baisse démographique.

Selon une étude de l’institut des politiques publiques en juin 2025, les effectifs du premier degré ont déjà diminué de 8% entre 2015 et 2024 et devraient reculer de 19% supplémentaires d’ici à 2034, avec de fortes disparités selon les territoires. « On entend bien qu’il y a une baisse démographique. C’est factuel. La Franche-Comté fait partie des régions les plus touchées en France. En revanche, est-ce qu’il faut pour autant dire qu’il faut fermer des classes ? On pense que c’est l’occasion que la France remonte dans les statistiques européennes sur les effectifs. On est vraiment dans les trois derniers pays à avoir les effectifs les plus élevés par classe. On sait que les effectifs ont une grosse influence sur l’accueil des élèves et leur réussite », détaille Amélie Lapprand, co-secrétaire du syndicat majoritaire FSU25 – SNUIPP.

Une position partagée par l’UNSA Éducation : « c’était l’occasion de donner un peu plus d’oxygène dans les classes et d’avoir des classes moins chargées », estime Stéphane Faucogney, secrétaire général.

Art & Fermetures

72 classes supprimées, contre 109 initialement

Dans le Doubs, 109 fermetures de classes étaient d’abord envisagées. Le Comité Social d’Administration Spécial Départemental (CSA SD), chargé de la carte scolaire des écoles maternelles et élémentaires, s’est tenu ce mercredi 1er avril, après une « saga budget épuisante » selon l’UNSA Éducation dans un communiqué.

Cette réunion a permis de revoir la carte scolaire. Finalement, 72 classes seront supprimées, dont 12 liées à des fusions, et 27 seront ouvertes. « Au départ, c’est le budget de l’Éducation nationale qui n’est pas satisfaisant. On supprime des milliers de postes donc dans chaque département, l’inspecteur d’académie va se retrouver à fermer des classes. On a réussi à négocier, mais le Doubs ne s’en sort pas bien, comme les autres départements, les suppressions sont trop importantes », souligne Stéphane Faucogney.

« C’est positif d’avoir pu faire bouger les choix de monsieur l’inspecteur d’académie. Il y a eu des mobilisations qui ont été faites, très fortes. 109 classes, ce n’était juste pas possible. Ça touchait un quart des classes du département avec une fermeture. En revanche, ce n’est globalement pas satisfaisant. Pour changer son projet, l’inspecteur d’académie a puisé dans des réserves qu’il avait faites qui étaient des postes de remplaçant(e)s. Il y en avait une quarantaine. Ces postes ne seront donc pas créés. On en avait besoin. Avoir des remplaçants pour faire en sorte que les enfants aient au moins toutes leurs heures d’école auxquelles ils ont droit, c’est la loi, c’est quand même le minimum », poursuit Amélie Lapprand.

À la place, 20 postes PAS (pôle d’appui à la scolarité) vont être créés. « Ce dispositif fait pansement sur jambe de bois. Il permet d’aller intervenir dans des classes où il y a des difficultés d’accueil avec certains élèves. On aurait souhaité que l’inspecteur n’y aille pas si fort. On n’est pas en opposition sur le fait de créer ces postes. En revanche, ce n’est pas prendre en globalité les difficultés que peuvent rencontrer les enseignants dans leurs classes. Ce qui aiderait mieux serait de créer des postes d’enseignants spécialisés. On aurait voulu que l’inspecteur crée au maximum dix postes PAS pour éprouver ce nouveau fonctionnement. On a peur aussi que ça déshabille l’enseignement spécialisé, alors qu’on a déjà du mal à trouver des enseignants ». « On crée 20 postes de PAS, mais on peut proposer au gouvernement de mettre les moyens derrière. L’inspecteur d’académie a été obligé de prendre sur sa réserve », détaille Stéphane Faucogney.

L’UNSA s’est abstenu lors du CSA SD car l’inspecteur académique a « entendu un certain nombre de choses que l’on proposait, de fermetures que l’on voulait absolument éviter. Il a fait des efforts de négociation dans le dialogue social et c’est ce que nous avons voulu notifier ». De son côté, le FSU SNUIPP a voté contre car « malgré les discussions, on ne peut pas cautionner ces 21 postes en moins. En plus, ces 20 PAS, ce n’est pas possible, ces postes qui sont créés hors classe alors que le besoin est tout de suite maintenant devant les élèves », affirme Amélie Lapprand.

Une cible de 30 élèves en maternelle et 27 en élémentaire

L’administration établit un seuil de 30 élèves en maternelle et 27 en élémentaire. Plus on s’approche de ces cibles ou qu’on les dépasse, plus il est susceptible d’ouvrir une classe.

« Les recherches ont bien montré qu’être 30 en maternelle, ça n’avait aucun sens pour les enfants, pour leur accueil, leur situation d’apprentissage. Nous on est vraiment pour des tout petits effectifs en maternelle, on est à 15 dans nos mandats et 22 dans les autres classes », explique Amélie Lapprand. Les mandats de l’UNSA Éducation est de 24 maximum par classe.

« La spécificité des seuils de maternelle à 30 élèves n’est, selon nous, plus valable depuis l’obligation d’instruction des enfants dès 3 ans. De plus, 27 élèves par classe en 2026 n’est plus tenable pour mettre en place une pédagogie différenciée, inclusive, efficace et bienveillante », détaille le syndicat dans son communiqué.

La nouvelle carte scolaire prévoit également trois fusions pour la rentrée 2026, l’école primaire Simone Veil Osselle-Routelle avec l’école élémentaire Nelson Mandela de Roset-Fluans ; l’école élémentaire site de Goux-les-Usiers et l’école primaire site de Sombacour ; l’école maternelle les Sapins Bleus de Maìhe et l’école élémentaire Pasteur de Maìhe.

Pour ces trois fusions, le syndicat FSU-SNUIPP a été alerté que sur l’une « c’est-à-dire que pour nous ça n’a pas été construit avec les équipes sur plusieurs années », pour le reste, aucune alerte n’a été remontée.

« Un projet politique contre l’école publique »

Plus généralement, les syndicats ont peur pour l’avenir de l’école publique. « Depuis la politique Blanquer, on se retrouve avec un vrai projet politique et de société qui est contre l’école publique. On se rend compte qu’il y a toute une politique de management qui se met en place dans le ministère qui est contre l’école publique et les élèves. C’est une politique par pilotage avec des évaluations permanentes. Tout n’est que chiffre. On n’est pas confiants. Après, on est mobilisés et on ne va pas laisser faire », souligne Amélie Lapprand.

Pour l’UNSA, « on a peur du prochain budget. Si on nous annonce des centaines ou des milliers de postes supprimés, ça va devenir compliqué », conclut Stéphane Faucogney.