Grand Besançon. Démission de Franck Bernard, papeterie GemDoubs : retour sur le conseil de Grand Besançon Métropole

Ce jeudi 21 mai s’est tenu le conseil communautaire de Grand Besançon Métropole. Deux sujets ont soulevé d’importants débats : l’avenir de la papeterie de Novillars, en redressement judiciaire, et les propos tenus par Franck Bernard, vice-président, sur un compte social privé "Seven FK". Ce dernier a reconnu en être l’auteur et a annoncé sa démission le lendemain du conseil.

117
Franck Bernard
Franck Bernard a démissionné de ses fonctions de vice-président à Grand Besançon Métropole ©GBM

Lors du conseil communautaire de Grand Besançon Métropole ce jeudi 21 mai, le maire de Novillars, Lionel Philippe a pris la parole avant même d’aborder les points à l’ordre du jour. Son objectif ? Attirer l’attention sur la papeterie GemDoubs, placée en redressement judiciaire depuis le mois de janvier. L’avenir de l’établissement et des 70 emplois directs sont incertains. « Nous devons collectivement nous mobiliser. Si l’activité s’arrête, c’est toute une cohérence énergétique locale qui serait remise en cause. On sait ce que peut demander une friche industrielle, nous avons en mémoire les difficultés rencontrées pour l’ancien site de la Rodia. Le temps presse. Le manque d’action collective dans les jours qui viennent coûtera bien plus que cher que les efforts que nous pourrions engager dès maintenant », alerte-t-il. L’élu évoque « l’effondrement » du cours de papier, la hausse du coût de l’énergie, au moment où la centrale de cogénération biomasse est tombée en panne. « La papeterie ne demande pas de subvention. Elle demande un prêt ou une garantie de prêt afin de passer ce cap difficile ». Si GemDoubs devait mettre la clé sous la porte, « ce serait un affaissement économique, énergétique et environnemental pour tout notre territoire », souligne Lionel Philippe.

Lionel Philippe, maire de Novillars, a pris la parole pour défendre la papeterie GemDoubs ©GBM

Se réunir à la mi-juin

Le président de GBM, Ludovic Fagaut, a assuré avoir abordé cette situation en direct lors de sa première rencontre avec le préfet du Doubs Rémi Bastille. Il insiste néanmoins sur le fait que lorsqu’une entreprise est en redressement judiciaire, cela limite les possibilités d’interventions des collectivités. « On a échangé entre nous sur le fait de voir comment Grand Besançon Métropole pouvait apporter sa contribution. Malheureusement, sur de l’aide directe à l’entreprise, on n’a pas cette compétence », détaille le président, suivi de Patrick Ayache, vice-président à GBM et également conseiller régional. « J’ai eu au téléphone le dirigeant de l’entreprise qui est arrivé il y a peu. Je sens qu’il fait tous les efforts nécessaires pour engager le redressement en cours. Il m’a dit que les mois d’avril et de mai sont plutôt très bons. Il a proposé de faire un tour de table après cette étape obligatoire liée au redressement judiciaire. Il faut se donner rendez-vous mi-juin, mettre tous les partenaires avec l’État autour de la table et voir comment pérenniser la situation de l’entreprise »

Vidéo intégrée

Plusieurs autres élus ont pris tour à tour la parole, sur ce dossier, qui n’était pas à l’ordre du jour du conseil communautaire mais qui reste « important », souligne Ludovic Fagaut. Lionel Philippe rappelle que « le couperet, c’est le 7 juillet ». « Je crois que c’est 1,5 million d’euros aujourd’hui de manque de trésorerie. J’ai rencontré quelques banques. Aujourd’hui, elles sont claires. Quand vous avez un redressement judiciaire, elles ne peuvent pas intervenir. Tant que le problème de trésorerie n’aura pas été résorbé ou des garanties n’auront pas été apportées, nous ne pourrons pas intervenir », conclut Ludovic Fagaut. 

Franck Bernard accablé par des révélations de Mediapart

L’élection de Franck Bernard, maire de Chevroz, étiqueté RN, en tant que quinzième vice-président de Grand Besançon Métropole, avait provoqué de vives réactions lors du conseil communautaire du 20 avril. L’élu a de nouveau été pointé du doigt lors du conseil du 21 mai, de par son compte Facebook anonyme (Seven FK) et les contenus révélés quelques jours plus tôt par Mediapart. D’emblée, Ludovic Fagaut a voulu être très clair : « On n’a rien à cacher ici à Grand Besançon Métropole. Si les propos ont été tenus, on se désolidarise complètement. Ce type de publications n’a pas sa place dans le débat politique et public ».

« Si les éléments relatés dans la presse sont exacts, les révélations rendues publiques sont d’une extrême gravité. Les propos sexistes, racistes et homophobes attribués à Monsieur Bernard sont totalement incompatibles avec les responsabilités qui sont les siennes à la tête de Grand Besançon Métropole. Nous n’avons pas été élus pour banaliser la haine, pour laisser quelqu’un dont les agissements discréditent notre collectivité et salissent la parole publique. Notre assemblée doit être irréprochable. Il ne peut y avoir ni ambiguïté, ni complaisance. J’aimerais entendre Monsieur Bernard, et je souhaite sa démission de la vice-présidence de Grand Besançon Métropole », a souligné le député MoDem Laurent Croizier. 

Une position reprise en grande partie par plusieurs conseillers communautaires, de tous bords politiques. La question de savoir si Franck Bernard pouvait rester en poste au sein du bureau a rapidement été formulée, notamment par l’élu communiste Hasni Alem « Monsieur le président, est-ce que vous appelez à sa démission ? Et s’il n’accepte pas, est-ce que vous lui retirerez sa délégation ? ». Ludovic Fagaut a expliqué vouloir « se donner du temps pour pouvoir intéragir sur le sujet. Vous connaissez mon combat contre toutes les extrêmes, qu’elles soient d’extrême gauche ou d’extrême droite. Je ne laisserai pas passer ces choses-là. On est au-delà de l’étiquette politique, on est sur la valeur personnelle. La situation n’est plus tenable, j’en appelle à chacun de prendre ses responsabilités. Je les prendrai, c’est pour cela que je prends le temps nécessaire »

« L’homme à abattre »

Franck Bernard a été invité à s’exprimer et a reconnu être derrière le compte Facebook, en précisant aussitôt qu’il s’agit « d’un compte privé ». « Ce ne sont pas des créations de ma part, ce sont des informations qui à un moment m’ont sensibilisé. Il y a peut-être des choses qui ont pu choquer des personnes. Je n’ai fait aucune création, j’ai simplement recopié, renvoyé des choses qui me marquaient : discours politiques, articles de journaux. Je ne suis pas responsable des articles et choses qui ont été publiés. Vous ne me taxerez pas de raciste. Je ne suis pas anti-LGBT, je suis pour la protection des familles. Je respecte les femmes. C’est votre vision. Quand on n’est pas d’accord avec vous, on est raciste, sexiste, homophobe. J’ai compris dès mon élection que j’étais l’homme à abattre »

Une démission de Franck Bernard dès le lendemain

De son côté, le socialiste Patrick Ayache, a tout de suite réagi en mentionnant par exemple la carte du monde des QI republiée par Franck Bernard « on est bien sous le coup d’un délit, car le racisme est un délit. Je soutiens la position de Ludovic Fagaut de prendre le temps pour avoir une réflexion ». Pour Pascal Dériot, maire de Thise, le choix est clair. « Si Monsieur Bernard reste, je partirai et démissionnerai. Je ne peux pas accepter de tels propos qui sont une insulte pour la République. En tant que vice-président, je suis éclaboussé par ce genre de choses ». Il n’aura pas à le faire. Dès le lendemain du conseil communautaire, Franck Bernard a annoncé sa démission.