Dossier de la semaine. Le lynx : une nouvelle signalisation pour limiter les collisions sur les routes du Jura

Alors que les collisions routières constituent l’une des principales menaces pour le lynx boréal, la préfecture lance, dès la rentrée, l'expérimentation de panneaux de signalisation dédiés dans le Parc naturel régional du Haut-Jura. Une mesure attendue depuis longtemps par les associations de protection de la faune, qui saluent cette initiative tout en appelant à aller plus loin.

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La nouvelle est tombée le 12 août dernier. Dans un communiqué de presse, les services de la préfecture du Doubs ont annoncé le lancement d’une expérimentation visant à mettre en place une signalisation routière spécifique au lynx. L’objectif est clair : attirer davantage l’attention des automobilistes afin de réduire le risque de collision avec l’animal, espèce protégée et placée sur la liste rouge nationale des espèces menacées.

Attendue de longue date par les associations de défense des animaux, cette expérimentation s’inscrit dans le cadre du Plan national d’actions en faveur du lynx boréal, adopté en 2022. Ainsi, des panneaux réglementaires devraient être installés entre septembre et octobre le long de routes nationales et départementales traversant le Parc naturel régional du Haut-Jura, notamment dans certaines communes du Doubs.

Le lynx, un animal menacé durement touché par les collisions

Animal emblématique du massif jurassien et espèce protégée, la France compterait entre 150 et 200 lynx dont la grande majorité (80 %) se trouverait dans le massif jurassien. Pourtant, animal sauvage et peu aguerri aux routes, le lynx est particulièrement exposé aux collisions avec les automobilistes. Depuis 2020, le Centre Athénas, basé dans le Jura et spécialisé dans la prise en charge des lynx blessés, a recensé plus de 125 collisions entre des lynx et des véhicules. Sept animaux seulement ont pu être sauvés, soit un taux de survie inférieur à 5 %. « Les collisions avec des véhicules sont la principale cause de surmortalité touchant le lynx et de loin », rappelle Gilles Moyne, représentant de l’association. L’enjeu d’une telle mesure est donc important « chez cette espèce où chaque individu compte », souligne la préfecture, évoquant une « situation préoccupante ».

Les associations, précurseurs de la signalisation depuis des décennies

Pour les associations, même s’il s’agit d’un signal positif envoyé par les autorités, ces mesures viennent beaucoup trop tard. « Nous alertons les autorités depuis des décennies sur les collisions et la nécessité de prendre des mesures pour limiter le risque », rappelle Gilles Moyne. Mais face à l’absence de dispositif officiel suffisant, le Centre Athénas n’a pas attendu pour lancer sa propre campagne de signalisation dès les années 1990. « Comme les communes ont la co-gestion de la signalisation sur le territoire communal, elles peuvent installer des panneaux. Nous avons donc proposé aux maires qui avaient déjà subi des collisions entre un lynx et un véhicule sur leur territoire d’installer des panneaux non homologués mais dédiés aux lynx », explique-t-il. Depuis le lancement de cette opération, plus de 200 panneaux ont été installés dans le Doubs, le Jura, l’Ain et la Haute-Savoie avec une soixantaine de communes qui ont fait appel à l’association.

Nouvelle signalisation, une mesure qui devra faire ses preuves

Pour le Centre Athénas, la présence des panneaux de signalisation au bord des routes remplit plusieurs missions fondamentales, qui dépassent la seule protection du lynx. « Au-delà d’aider à la sécurité routière, le panneau permet aussi de sensibiliser à la protection de l’ensemble de la faune dans la commune car il n’y a pas que le lynx qui subit des collisions routières « , explique Gilles Moyne. La démarche comporte aussi une portée symbolique. « Installer des panneaux pour sensibiliser les automobilistes traduit aussi la volonté des communes et des maires de protéger la faune. C’est un super indicateur pour les habitants et les visiteurs », estime le représentant de l’association. Autre avantage non négligeable, la nouveauté interpelle plus facilement les automobilistes qui sont davantage tentés de décélérer. Pour autant, difficile d’évaluer l’efficacité réelle des panneaux sur le nombre de collisions.

Un avis que le maire de Val d’Usiers, Aurélien Dornier, ayant expérimenté les panneaux depuis plusieurs années, tient à mitiger. « C’est une action pour la sécurité routière donc c’est toujours bien. C’est mieux que rien mais les gens ne font plus vraiment attention au bout de quelques semaines. L’efficacité est mesurée au début, les gens ralentissent car ils remarquent le nouveau panneau. Mais très vite, l’effet disparaît », confie-t-il. Aurélien Dornier soulève aussi un autre problème : l’opposition frontale des chasseurs face à l’installation de ces panneaux : « Les chasseurs sont très défavorables à ce que les lynx soient protégés sur leur territoire car ce sont de grands prédateurs qui font de la concurrence pour le gibier ». Résultat : sur la commune de Val d’Usiers, un panneau a été enlevé dès sa mise en place.

Une expérimentation attendue au tournant par tous les acteurs du territoire

Si les associations se réjouissent de voir cette expérimentation enfin lancée, elles regrettent l’absence de concertation avec les acteurs de terrain. « Nous avons un panneau déjà dessiné et qui fonctionne bien depuis des années. Mais à aucun moment nous sommes venus vers nous pour nous consulter ou reprendre le modèle. Tout a été fait de leur coin et c’est dommage », regrette l’association. Quoi qu’il en soit, l’expérimentation lancée par les services préfectoraux dès la rentrée 2026 devra donc répondre aux différentes questions soulevées par les maires, les associations et les chasseurs. La préfecture se laisse un délai de trois ans pour évaluer l’efficacité de la mesure et envisager un éventuel déploiement plus large.