Dossier Terroir. Agriculture : comment la race montbéliarde s’est protégée face à la dermatose nodulaire contagieuse ?

Après plusieurs mois de crise sanitaire aux conséquences lourdes, la filière montbéliarde respire un peu alors que la propagation de l’épizootie semble maîtrisée. Face à la propagation de la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC), les représentants ont du s'adapter pour maintenir une activité économique bousculée.

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Les vaches

Les éleveurs français retrouvent un peu de sérénité depuis quelques semaines. L’inlassable propagation de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), depuis le premier foyer français détecté en Savoie au mois de juin 2025, s’est estompée après un dernier cas confirmé en Ariège début janvier 2026. Depuis, toute la partie est de la France concernée par cette épizootie, comprenant le Doubs et le Jura, est aujourd’hui classée en zone vaccinale. À la faveur de plusieurs conditions sanitaires essentielles à remplir, les mouvements de bovins reprennent et, avec eux, une activité économique « habituelle », ou presque.

Pas de quoi, pour autant, changer l’avis de Montbéliarde Association quant à une éventuelle participation au Salon international de l’Agriculture (SIA) 2026. Alors que le berceau de la race est frappé au cœur, ses responsables ont décidé, le 11 décembre 2025, qu’aucune vache ne serait présentée à Paris cette année. « Sur 47 montbéliardes attendues, une trentaine proviennent du Doubs, du Jura et de la Savoie. Le risque est trop grand », concède Samuel Carrey, éleveur installé à Déservillers et président de Montbéliarde Association.

Les réserves génétiques déplacées pour être protégées

D’autant que la montbéliarde reste la race la plus touchée par la DNC, après la mise à mort obligatoire d’un peu plus de 3 000 bovins, imposée par le protocole sanitaire français. « De mémoire, je dirais que 1 500 à 2 000 montbéliardes ont été abattues », poursuit Samuel Carrey. Si ce chiffre paraît résiduel au regard des 650 000 à 700 000 montbéliardes présentes en France et du plus d’un million au total dans le monde, les éleveurs touchés perdent tout et un vent de panique souffle sur les représentants de la race. « À l’époque, l’Ain, le Jura et le Doubs étaient les endroits où se trouvaient toutes nos réserves génétiques chez les mâles », enchaîne Samuel Carrey. Les taureaux ont été déplacés vers des régions indemnes afin de maintenir la production de semences. « Une grande partie de nos femelles se trouvait également dans cette même zone géographique. » Si les bovins déplacés ne sont pas encore de retour, les nouvelles bêtes, elles, sont intégrées dans les centres historiques, sans pouvoir produire à l’heure actuelle.

Photo d’archives

Après le vent de panique, une vague de solidarité pour repeupler

Chez les éleveurs touchés, le dépeuplement total du cheptel constitue une double peine. Derrière l’insupportable disparition d’animaux que les agriculteurs voient grandir, ce sont aussi des années passées à construire un troupeau avec la meilleure génétique possible qui s’envolent en quelques instants.

En Savoie, la solidarité paysanne a toutefois permis de repeupler plusieurs élevages avec des montbéliardes « locales et de très bonne qualité », affirme Samuel Carrey. « Les paysans touchés ont récupéré du très bon. Maintenant, il faut un certain temps pour que les bêtes prennent leurs marques dans leur nouvel environnement et retrouvent leur niveau de production optimal. » D’autres ont fait le choix de repeupler en mélangeant les races pour accroître la productivité laitière, avec des Holstein par exemple.

C’est surtout la partie « exportation » des montbéliardes qui est la plus impactée et, avec elle, le financement « de la recherche ». « Nous profitons des bénéfices de l’export pour, en partie, travailler sur la génétique. Avec la vaccination, les régions concernées sont à l’arrêt pendant au moins 14 mois après le dernier vaccin. C’est le délai nécessaire pour retrouver un statut indemne et donc être “accepté” par les pays avec lesquels nous commerçons », analyse le président de Montbéliarde Association.

L’État français a toutefois engagé des négociations à l’international pour maintenir les échanges, alors que le Parlement sanitaire vient d’acter le renouvellement de la vaccination des animaux dans les zones concernées pour l’année 2026. Faut-il dès lors craindre le retour du virus avec les beaux jours et des températures plus élevées ? Samuel Carrey veut croire que le « bon sens paysan » a porté ses fruits. « En Savoie, après la vaccination complète, il n’y a pas eu de nouveaux cas en septembre ou octobre. C’est la preuve que c’est efficace. »

Sans animaux, l’association sera bien présente au SIA 2026 sur le stand Bourgogne-Franche-Comté, « avec des animations pour sensibiliser les Français à l’importance de nous soutenir », précise son président. Une édition d’ores et déjà particulière, où le monde de l’élevage se divise en deux camps : se déplacer en signe de soutien ou boycotter le rendez-vous en signe de colère.