Besançon. Deux camps irréconciliables remplissent le Kursaal

À 10 jours du premier tour des élections municipales à Besançon, Anne Vignot et Ludovic Fagaut organisaient tour à tour leur grand meeting de campagne. Galvanisés par un Kursaal au complet, les deux candidats ont multiplié les promesses d’une vie meilleure en cas de victoire, et d’un avenir plus que sombre en cas de défaite. Le symbole de deux camps irréconciliables.

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Anne Vignot et Ludovic Fagaut

Anne Vignot avait promis une campagne rayonnante et multicolore, à l’image d’une ville bonifiée par six années de gouvernance sociale, écologiste et surtout transpartisane. Elle a également pu compter sur le ciel, mardi 3 mars, pour accueillir les représentants nationaux de sa grande union de gauche réunissant huit étiquettes politiques et citoyennes. Sous un soleil printanier, Marine Tondelier (Les Écologistes), Clémentine Autain (L’Après), Guillaume Roubaud-Quashie (PCF) ou encore le président de la Région Bourgogne-Franche-Comté, Jérôme Durain (Parti socialiste), ont d’abord tracté aux côtés des militants et colistiers de la liste Besançon vivante, juste et humaine.

Ludovic Fagaut « l’illusionniste »

La troupe est remontée depuis le pont Battant pour arriver unie au Grand Kursaal, où la députée écologiste Dominique Voynet s’est muée en maîtresse de cérémonie, dans une ambiance tout aussi joyeuse et énergique. Drapeaux, clappings, acclamations, pas de danse : le public, majoritairement jeune et féminin, a offert un accueil des plus chaleureux à sa candidate. « Vous apportez le témoignage que la politique est belle et qu’elle nourrit un projet de société humaniste. Il faut le rappeler alors que l’obscurité ne cesse de monter », a salué en retour Anne Vignot.

Pour la candidate et son équipe, l’obscurité porte un nom et un visage à Besançon : celui de Ludovic Fagaut. Les saillies à l’encontre du candidat LR et de sa liste Ensemble Besançon Avance se sont multipliées pendant plus de deux heures, tant sur sa politique sociale « délétère » au Département que sur « son numéro d’illusionniste pour faire apparaître des millions et vider les caisses de nos collectivités ». « Son programme remet en cause les grands principes de notre République ! », a insisté Anne Vignot.

Un meeting plus sobre à droite mais tout aussi percutant

Les coups ont largement été rendus par Ludovic Fagaut deux jours plus tard lors de son meeting de campagne, au même endroit. Avec une première victoire, numérique celle-ci : le Kursaal comptait davantage de spectateurs, avec une attitude somme toute plus sobre, feutrée, et une moyenne d’âge nettement plus élevée. Contrairement à son adversaire, le candidat n’avait toutefois pas communiqué sur la participation de figures nationales pour garnir ses rangs.

Mais le contingent local des Républicains a évidemment répondu présent, de tout le département et plus loin encore. Même Annie Genevard, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, a fait le déplacement. Outre le soutien marquant de la présidente du Doubs, Christine Bouquin, et du sénateur Jacques Grosperrin, les « parents politiques » de Ludovic Fagaut, la participation du sénateur Jean-François Longeot a été remarquée. À Besançon, l’élu Horizons a préféré Ludovic Fagaut au candidat de son propre parti, Éric Delabrousse, réalisant même un petit lapsus : « nous devons défendre cette envie de communauté par l’union des droites ! » avant de se reprendre rapidement, après quelques signes d’autres élus lui rappelant la ligne rouge avec l’extrême droite : « euh, attention, je reprends : de la droite et du centre, ça va mieux ».

Entouré par ses pairs, Ludovic Fagaut s’est avancé sur scène sous les acclamations d’un public conquis par les multiples discours le précédant et l’érigeant en sauveur. Reprenant ce ton calme adopté depuis plusieurs semaines, le candidat a cristallisé la colère de ses soutiens autour de la personnalité d’Anne Vignot, pointée comme unique responsable, ou presque, « du laxisme et de l’immobilisme dans lesquels notre ville se trouve aujourd’hui ». Pour y répondre, la tête de liste Ensemble Besançon Avance promet un programme très ambitieux, à la hauteur « de l’urgence » pour relancer sa ville. Les critiques se sont montrées de plus en plus percutantes au fil d’un vocabulaire toujours plus acerbe à l’encontre de la majorité sortante, responsable selon le candidat « d’avoir laissé le centre-ville se vider, les rues s’asphyxier par des embouteillages, les enfants et familles être meurtris par une violence grandissante ».

Une victoire future inévitablement contestée

« Besançon est belle ! » pour Anne Vignot, « Besançon a perdu de sa superbe » pour Ludovic Fagaut. Une « bifurcation écologique nécessaire » pour la première, une « écologie punitive guidée par le dogmatisme » pour le second. De part et d’autre, au cours de ces deux soirées, ni les élus, ni les soutiens, ni les spectateurs n’ont semblé vouloir changer la moindre virgule à ces discours. C’est tout le symbole de ces deux meetings de campagne portés par les deux favoris selon les intentions des différents sondages connus : deux camps irréconciliables au regard totalement opposé sur leur ville. Dans cette atmosphère, rares seront les déçus à l’issue du résultat des urnes. Encore plus nombreux seront les contestataires du prochain maire, qui aura la lourde tâche de gouverner dans une ville scindée en deux.

M.S