Ferrière-sous-Jougne. Des lycéens et un survivant de la Shoah réunis autour de l’histoire d’un couple de Justes

En 2025, dans le cadre d’un projet interacadémique, 29 élèves du lycée Toussaint Louverture ont révélé l’histoire d’un couple de “Justes parmi les Nations” qui a sauvé quatre enfants juifs en 1944 à la Ferrière-sous-Jougne. Depuis, ils ont continué à travailler sur ce projet et l’un des enfants sauvés est venu leur rendre visite, sur les lieux, ce vendredi 3 avril.

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Joseph Tuchband (au centre) accompagné de sa femme, a partagé son histoire aux élèves du lycée Toussaint Louverture devant ce qu'il se souvient être la grille de l'orphelinat où il était caché ©CT

« Quiconque sauve une vie sauve l’humanité tout entière ». Cette phrase, extraite du Talmud, gravée sur chaque médaille remise par Israël à celles et ceux qui ont sauvé des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, reconnus Justes parmi les Nations, devrait résonner encore longtemps dans la tête des élèves du lycée Toussaint Louverture.

Ces derniers, désormais en Terminale bac pro cuisine et services, ont déterré une histoire d’un couple de Justes qui ont sauvé quatre enfants juifs en 1944 à la Ferrière-sous-Jougne. De ce projet ont découlé un panneau et un podcast, repéré par la rectrice Bourgogne-Franche-Comté l’année dernière. Depuis, la classe, accompagnée par Assiba Hamadi, professeure de Lettres et d’Histoire au lycée Toussaint Louverture et Valérie Liger, documentaliste au lycée,  a continué de travailler sur ce projet.

Les lycéens ont rencontré la fille du couple de Justes à Paris, au Mémorial de la Shoah, ainsi que l’un des enfants sauvés, Joseph Tuchband, âgé aujourd’hui de 86 ans et ont réalisé huit podcasts supplémentaires. Ce dernier est venu leur rendre visite à la Ferrière-sous-Jougne ce vendredi 3 avril.

Un retour de l’antisémitisme qui inquiète

Sur place, Joseph Tuchband a en mémoire un souvenir particulier : les habits des Allemands, le bruit de leurs bottes, et la grille de l’orphelinat, là où il était caché. Il s’y installe derrière et, agrippé aux barreaux, revit la scène. « Nous, enfants, on se mettait là, et on était contents de les voir… », soupire l’intéressé, les élèves l’écoutant attentivement.

C’est la troisième fois qu’il revient dans le village, mais cette fois, il est « entouré d’amis ». Ému, il se remémore le passé et échange avec René Poix-Daude, 98 ans, également à l’orphelinat qui l’assure : il n’y avait pas d’autres enfants cachés dans l’établissement. « Je trouve que les sœurs étaient très courageuses, j’aurais aimé qu’elles soient nommées Justes. Si j’avais pu les voir, ça m’aurait fait un bien énorme », témoigne Joseph Tuchband, qui poursuit, « je n’ai jamais reparlé de ça avec mes frères. La grille reste le seul souvenir indélébile. Mon passé est fini. Pour moi, l’important, c’est ce qui se passe en France avec le retour de l’antisémitisme ».

Une réalité qui a un écho particulier pour les élèves ayant travaillé sur ce projet qui leur a apporté beaucoup de maturité. « Ça nous émeut beaucoup. On reste des élèves, des enfants, ça nous touche qu’une personne âgée puisse encore pleurer », confie Romane, lycéenne. « Je ne connaissais pas le terme de Juste quand on a commencé le projet. Beaucoup de personnes devraient s’y intéresser. Le retour de l’antisémitisme est choquant, l’histoire se répète », estime Tiago. Raconter les événements passés n’est plus un droit pour lui mais « un devoir ».

« Un devoir d’histoire »

Lors de cette rencontre, tout le groupe a d’abord marqué un arrêt au monument aux morts de Jougne, où le nouveau maire Denis Poix-Daude les attendait, ainsi que Daniel Pinard, de l’association Culture et Loisirs à Jougne, qui a aidé les lycéens dans leur projet.

Avec une vue dégagée sur le village de la Ferrière-sous-Jougne, ce dernier s’adresse directement aux élèves « tous ces lieux ont été des passages clandestins. Toutes ces maisons sont chargées d’histoire ». « J’avais entendu parler de ce couple de Justes et j’avais commencé à fouiller dans cette histoire. Quand le lycée m’a téléphoné, je leur ai dit que pour expliquer ce que je savais, il fallait mieux directement venir ici. Aujourd’hui, être de nouveau sur les lieux avec des témoins, ça leur parle. On ne fait pas un devoir de mémoire mais un devoir d’histoire », souligne Daniel Pinard.