« On estime que dans l’horizon de 15 jours à 3 semaines, si on n’a pas eu un changement météorologique important, on devrait être très proche du point de rupture ». Même s’il est compliqué d’établir un délai avant un éventuel point de rupture, Damien Guyot, vice-président du Grand Pontarlier en charge de l’Eau et de l’Assainissement, fait part d’une situation « critique » quant à la ressource en eau potable sur la collectivité. La sécheresse persistante, engendrée par les épisodes de canicule de l’été, a fortement diminué les réserves en eau des différents puits de captage du Grand Pontarlier. Le niveau des nappes n’a jamais été aussi bas ces dix dernières années. La collectivité appelle donc les habitants, professionnels et industriels à réduire leur consommation d’eau : privilégier les douches aux bains et les limiter à 5 minutes, faire tourner les machines à laver à pleine charge, ne pas arroser, ne pas nettoyer sa voiture etc.
Des puits de captage arrêtés ou réduits
La collectivité dispose de huit puits de captage pour produire et distribuer l’eau sur le territoire. Quatre sont en débit réduit, un est arrêté. « On est dans un système “mode dégradé « . On réduit les débits de pompage. On fait tourner plus longtemps en termes d’heures par jour mais à un débit moins important pour continuer d’approvisionner », poursuit Damien Guyot.
Pour assurer l’alimentation en eau potable de la Ville de Pontarlier, la CCGP utilise principalement les puits de captage Champagne 2 et 3. Mais ce dernier a été fermé le vendredi 2 octobre, le seuil d’alerte ayant été atteint. « Sa capacité était de 300 m3 heure. On l’avait réduite à 150 m3. Là, il est à zéro pour le moment. On est en train de regarder pour le faire remarcher quelques heures par jour pour essayer de soutenir le volume de production pour Pontarlier », précise Sylvain Charrière, directeur Eau et Assainissement du Grand Pontarlier. « Dans cette situation, le puits Champagne 2 a une capacité de production de 7 000 m³ d’eau/jour, pour une consommation quotidienne de la Ville de Pontarlier estimée à 4 500 m³. Ce qui laisse une marge de sécurité très faible, entre les capacités de production et les besoins en eau », indique la collectivité dans un communiqué.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Déjà, le manque de pluie empêche les nappes de se recharger. Les précipitations annoncées ces prochains jours ne suffiront pas à les remplir. « Il ne faudrait pas qu’on ait des gros orages. Il faudrait des quantités assez importantes avec des pluies qui s’étalent sur des durées assez longues pour des recharges de la nappe dans de bonnes conditions », détaille Damien Guyot. Ensuite, la consommation d’eau augmente dans certains secteurs, notamment en raison des besoins agricoles accrus. Par exemple, sur le secteur de Dommartin, la consommation d’eau a augmenté de 40% ces derniers mois, passant d’environ 2800-3000 m3 à 4000m3 par jour.
Le lac de Saint-Point comme solution de secours
Une situation “critique” qui inquiète d’autant plus que la principale solution de secours, le lac de Saint-Point, est lui aussi à un niveau très bas. Cette solution « sera très vite une alternative inexploitable, en raison de l’atteinte progressive du seuil d’alerte », précise le Grand Pontarlier. « On sollicite le lac, pour Pontarlier, à un peu moins de 1000 m3 jour. On va continuer jusqu’à ce que le niveau du lac ne soit plus compatible avec une aspiration. Ça va dépendre de la pluviométrie », poursuit Sylvain Charrière.
Vers des coupures ?
Des investissements ont été réalisés les années précédentes avec l’établissement d’un schéma directeur, la création de puits de captage en 2022 à Dommartin, un autre puits a été créé pour soutenir le secteur de Doubs, et les travaux sur les canalisations sous la RN57. Un champ captant composé de quatre puits devrait voir le jour à l’horizon 2028-2029 à Houtaud. Malgré cela, cette année reste « exceptionnelle ». Tous espèrent ne pas arriver au scénario des coupures sur le réseau. « Si on doit y arriver, c’est qu’on a épuisé toutes les autres solutions. La préfecture et l’ARS nous demandent une liste des établissements qui doivent bénéficier de façon continue et indispensable d’eau. L’arbitrage sera ensuite fait par eux, en concertation avec la collectivité », explique Damien Guyot. Un scénario qui pourrait cacher d’autres risques : celui de casses ou de fuites sur le réseau lors de la remise en eau.


























