Comment est née cette association ?
Elle est née lors des premières attaques des loups en 2022 sur les bovins sur la région de Mouthe. Il n’y avait pas de solution immédiate. On ne s’attendait pas à des attaques de loups sur bovins. On n’avait pas pensé aux veaux et aux génisses qui sont des proies à la taille du loup. Il y a eu quelques veilles de faites.
Les trois créateurs sont Lise Vurpillot, Angélique Didelot et Thierry Billey. Ce sont des passionnés de nature qui ont été sensibilisés aux problèmes que rencontraient les éleveurs en se disant qu’il fallait mettre en place quelque chose. L’objet de l’association est d’améliorer la cohabitation entre les espèces sauvages et les espèces d’élevage, aux activités humaines de façon plus générale. Il faut bien comprendre qu’on ne défend pas le loup, on défend la cohabitation et les troupeaux. Depuis la création, on a repoussé huit attaques de loups.
Quelle est la situation aujourd’hui ?
Il y a eu quelques attaques au début. C’est monté jusqu’à 31 attaques en 2024. En 2025, ça a beaucoup réduit en passant à 11. Il y a plein de choses qui ont été faites, nos actions, mais également des tirs. On ne sait pas quelle est la proportion. La Suisse a décidé d’éradiquer deux meutes sur les quatre qu’elle avait sur le canton limitrophe à la France.
Notre objet est la cohabitation. On veut une action non violente. Pour nous, la meilleure solution, c’est la protection. On ne recommencera pas les erreurs du passé, c’est-à-dire éradiquer une espèce. Il y a déjà 70% de la biodiversité qui a été éradiquée par l’Homme.
On s’est aperçu qu’il y a des meutes qui n’attaquent jamais un troupeau. D’autres qui attaquent. Il y a même des loups dans une meute qui se spécialisent et prennent plaisir à chasser. On n’est pas contre un tir de défense, mais d’abord on met en place des protections et on apprend au loup que c’est compliqué d’attaquer des troupeaux, plus compliqué que de chasser des animaux sauvages.
On sait qu’il y a un apprentissage auprès des jeunes. Si on arrive à inculquer ça, on aurait sur le long terme, de très bons résultats. On ne dit pas qu’il n’y aura plus d’attaques. Mais pour le loup, « le réflexe ne sera pas d’y aller, mais d’éviter ».
Comment cela se déroule ?
Le bovin a été classé non protégeable par l’État, contrairement aux ovins. Les éleveurs, les exploitants qui veulent protéger en ont pour leurs poches alors qu’avec les ovins, ils ont des subventions. Nous proposons tout gratuitement. On a juste besoin d’une autorisation d’installer notre matériel sur l’alpage concerné pour que les gens puissent aller se reposer à tour de rôle.
On fait de la veille de troupeaux. On reste la nuit avec eux pour éviter les attaques et on surveille avec des jumelles infrarouges pour ne pas déranger la faune ni le bétail. On est en binôme pour des raisons de sécurité. On reste de 18h à 6h du matin et on couvre le Haut-Doubs.
Les éleveurs nous contactent de deux façons, soit pour une garde d’estive du mois de mai jusqu’au 1er novembre, soit suite à une attaque ou s’ils sentent un changement de comportement au niveau de leurs vaches par exemple. C’est ce qu’on appelle des urgences.
Dans ce cas, on va une semaine veiller sur le troupeau, voir s’il y a des loups. Suite à des attaques, on sait que le loup va revenir dans les 48h, on propose alors d’aller veiller sur les cheptels jusqu’à ce qu’on ne voit plus de loup. Sur les estives, on a fait 111 nuits l’année passée, on est revenu plus tôt en raison de la dermatose nodulaire. En 2024, on avait fait 150 nuits.
Quand on n’est pas là, on met en place des foxlights, des lumières qui clignotent aléatoirement ou des flatdry, des rubans qui font du bruit, pour faire peur.
Vous suivez combien d’alpages ?
On suit un à deux alpages en permanence. Un nouveau, et un ancien. Pour ce dernier, un patou est formé pendant un an, quand on surveille. L’année d’après, le patou surveille et nous allons sur place au début pour voir si ça fonctionne. Jusqu’à maintenant, ça fait trois éleveurs qu’on a suivis et les trois prennent des patous.
Quelles difficultés rencontrez-vous ?
Déjà, recruter du monde sur le Haut-Doubs. On s’aperçoit que sur une centaine d’adhérents, on a énormément de gens de Dijon, Montbéliard, Besançon, Morteau, mais très peu de gens du Haut-Doubs. On a même un Breton qui est venu faire des nuits pendant ses vacances.
L’autre difficulté est de pérenniser les gens qui viennent. On a 80% de turnover. Le 25 avril, on organise une journée formation avec un éthologue, un accompagnateur de moyenne montagne, un spécialiste du loup, des vétérinaires qui ont une association de sauvegarde de la biodiversité.
Contact : vigie.jura@gmail.com. Plus d’informations sur le site internet ou la page Facebook Vigie Jura.




























