Ludovic Fagaut avait juré qu’il prendrait sa revanche après sa courte défaite subie en 2020. Le vice-président du Département l’a obtenue ce dimanche 22 mars, et d’une manière implacable. Avec 53,29 % des suffrages exprimés au second tour des élections municipales de 2026, le nouveau maire bisontin, encarté chez Les Républicains (LR) et soutenu par un rassemblement du centre et de la droite, s’empare par les urnes d’une citadelle socialiste imprenable depuis 73 ans. La ville de Besançon n’avait pas basculé à droite depuis 1953, date de la dernière année de mandat d’un certain Henri Regnier, membre du parti gaulliste, le RPF. Ludovic Fagaut, 47 ans, n’était pas né. Son mentor politique, le sénateur Jacques Grosperrin, âgé de 70 ans, non plus. Ils n’étaient qu’une poignée de militants, ce dimanche soir, à avoir connu cette époque. L’explosion de joie a été à la hauteur du séisme politique provoqué par ce résultat.
Des centaines de soutiens amassés devant la permanence du candidat ont hurlé, applaudi et chanté à la gloire de « Ludo ». « C’est une immense fierté », a réagi à chaud le nouveau maire de Besançon, avant de répéter son envie de fédérer. « Je serai le maire de tous les Bisontines et Bisontins. Il faut avancer avec tous ceux qui le souhaitent vers un projet de développement pour notre belle ville, avec plus de sécurité, pour redonner à Besançon sa place de capitale économique, touristique et patrimoniale », a enchaîné le candidat, entouré de ses fidèles alliés tout au long de cette campagne, comme le député MoDem Laurent Croizier ou la présidente du Département Christine Bouquin.
Une victoire façonnée par six années d’opposition
Derrière l’euphorie de cette victoire, Ludovic Fagaut récolte surtout le fruit d’une stratégie menée depuis six ans et d’une campagne millimétrée. Dans le rôle de chef de file de l’opposition d’abord, avec un travail de sape immédiat à l’encontre du programme et de la personne d’Anne Vignot lors des séances plénières. Puis sur le terrain, en sillonnant tous les quartiers de Besançon, en participant à toutes les inaugurations et rencontres publiques, y compris au nom du Département, à chaque événement bisontin ou presque.
Le candidat a aussi habilement surfé sur chaque polémique subie ou créée par l’équipe sortante, comme cette vidéo lunaire autour des bouchons bisontins, synonymes « d’attractivité » pour l’équipe sortante et vécue comme une provocation par de nombreux électeurs. Qu’importe si le nouvel éclairage de la Citadelle de Besançon est le résultat d’un travail mené par Anne Vignot et ses équipes pour préserver le patrimoine et l’environnement : le monument brillera de nouveau au cours du mandat de Ludovic Fagaut. Le candidat a réussi à s’approprier ce changement, y compris dans l’esprit collectif, après l’avoir réclamé pendant six ans. Sur le fond, les thèmes politico-médiatiques chers à la droite, et imposés dans le débat public national, comme la sécurité et la volonté d’un développement économique conservateur au détriment de l’écologie, auront également permis à Ludovic Fagaut de s’ériger en catalyseur d’une colère grandissante, tout en préservant une distance avec les étiquettes politiques nationales, qui n’auront jamais eu leur mot à dire. « Nous, on parle de Besançon, pour les Bisontins », n’a cessé de répéter le candidat tout au long d’une campagne électorale irréprochable sur le plan de la communication. Tout le contraire, ou presque de la maire sortante Anne Vignot, qui, au fil des années, a cristallisé une colère, légitime ou non, mais surtout insurmontable dans les urnes. Dans ce contexte, le résultat du premier tour a d’abord sonné comme un coup de massue pour l’équipe de Besançon vivante, juste et humaine.
Un premier tour pour tracer la route de la victoire
Avec 40,13 % des suffrages le dimanche 15 mars, les électeurs bisontins ont d’abord fait savoir que le candidat du changement s’appelait Ludovic Fagaut. La candidature d’Éric Delabrousse, candidat Horizons rêvant d’incarner une alternative « de centre droit », n’aura été qu’une chimère (5,67 %). Mieux, le « vote utile dès le premier tour », prôné par la liste Ensemble Besançon avance, a désarmé le Rassemblement national (RN) et sa liste « Changeons Besançon », portée par Jacques Ricciardetti. Éliminé avec 8 % des suffrages exprimés alors que tous les observateurs et sondages annonçaient un score suffisant pour se qualifier au second tour, Jacques Ricciardetti aura ensuite, sans jamais prononcer le nom de Ludovic Fagaut, régulièrement appelé à la mobilisation contre la majorité sortante, avant de partager « son soulagement et sa satisfaction de voir que les Bisontins veulent du changement » à l’issue du résultat final.
Une victoire y compris dans les quartiers populaires
La campagne d’entre-deux-tours restera comme une semaine pour le moins houleuse, voire agressive, entre deux camps irréconciliables. L’écart entre Ludovic Fagaut et Anne Vignot, reléguée à 7 points (33,37 %), était déjà trop important : 2 601 voix séparaient les candidats au soir du premier tour sur 39 207 votants. Ce dimanche 22 mars, l’écart s’est encore creusé avec 2 686 voix à 20 heures, pour 42 221 suffrages exprimés, soit un taux de participation de 61,51 %.
Les Bisontins se sont davantage mobilisés lors de ce second tour pour conforter le candidat de la droite. Au terme d’une semaine aux allures de panique à bord, Anne Vignot et son équipe ont beaucoup misé sur les quartiers populaires, traditionnellement ancrés à gauche, pour réaliser une remontée. Il n’en a rien été, et Planoise en est un symbole : le bureau de vote 605, accolé au collège Voltaire, a enregistré le plus fort taux de participation du quartier (51,63 %) et Ludovic Fagaut est arrivé en tête avec 59,90 % des suffrages exprimés. Le bureau 608, rue Pablo Picasso, a enregistré le plus grand nombre d’électeurs (488), malgré un niveau de participation faible (39,40 %). Là encore, Ludovic Fagaut est arrivé en tête avec 50,42 %. Le constat est le même aux Orchamps, à Palente, à Montrapon, à Clairs-Soleil ou à Fontaine-Écu. Seul le centre-ville — quartiers Battant et Boucle compris — a nettement penché en faveur de la gauche. Ludovic Fagaut enregistre un score supérieur à 60 % des suffrages exprimés dans 15 des 68 bureaux de vote bisontins, quand Anne Vignot n’en compte que quatre.
Le candidat Les Républicains a déjoué les pronostics et fait mentir tout le monde, y compris ses plus proches alliés. « En toute honnêteté, je pensais qu’après 2020, sa chance était passée… Et il réussit là où j’ai échoué, mais là où j’ai planté la graine, comme on dit », confie le sénateur Jacques Grosperrin, ému. « Je suis tellement heureux pour lui. C’est exceptionnel… il y a de la joie, du bonheur, du soulagement. » « Je suis profondément émue ce soir », ajoute Christine Bouquin, présidente du Département. « Nous allons enfin retrouver un dialogue serein entre le Département et la Ville de Besançon. »
Pas de Laurent Croizier dans l’exécutif
Après avoir remporté une bataille historique, le plus dur commence pour Ludovic Fagaut : gouverner et appliquer un programme jugé irréalisable par ses opposants. Le nouveau maire de Besançon siégera aux côtés de 42 colistiers de la liste Ensemble Besançon avance. Fidèle allié tout au long de cette campagne, le député Laurent Croizier ne peut pas siéger dans l’exécutif municipal. Des visages familiers, membres de la précédente opposition municipale, devraient prendre des responsabilités, à l’instar de Myriam Lemercier, Christine Werthe ou encore Guillaume Bailly. Ils seront accompagnés de nouveaux entrants, comme Pascal Orlandi, Anne Falga et, bien sûr, la future première adjointe Emmanuelle Huot-Cusenier. Le nouveau conseil municipal prendra ses fonctions ce vendredi 27 mars 2026. À son issue, Ludovic Fagaut succédera à Anne Vignot, qui siègera désormais dans l’opposition.




























