Besançon. « Le timing du Parti socialiste est lunaire », se désole Anne Vignot

Maire sortante et candidate à sa réélection, Anne Vignot a découvert avec consternation le choix du Parti socialiste (PS) d’exclure son chef départemental Jean-Sébastien Leuba. Cette décision à l’encontre du socialiste et colistier maintenu sur la liste Besançon vivante, juste et humaine, vient miner la campagne de l’écologiste à deux semaines du premier tour. Prise en tenaille entre le recours de Jean-Sébastien Leuba et la « volonté de croire la parole des plaignants », Anne Vignot voudrait régler au plus vite cette affaire.

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Anne Vignot et Jean-Sébastien Leuba
Tête de liste, Anne Vignot a placé Jean-Sébastien Leuba en deuxième position à ses côtés.

La maire écologiste de Besançon savait que son dernier conseil municipal de ce mandat 2020-2026 serait attendu et intense. Le cœur de cette ultime séance plénière devait battre au rythme des orientations budgétaires prises par la majorité pour l’année 2026, confrontées aux attaques et critiques d’une opposition, elle aussi plus que jamais engagée dans la campagne municipale. Dans cette atmosphère aux faux airs de meeting de part et d’autre, un dossier brûlant s’est brièvement glissé dans le débat, au gré d’un subtil tacle de Ludovic Fagaut adressé au socialiste Nicolas Bodin : « quand vous faites référence à la justice, si vous parlez de celle de votre famille politique (PS), on lira peut-être demain dans la presse locale ce qu’il en est ».

Des faits signalés depuis de nombreux mois

Par ricochet, le tacle a éclaboussé l’ensemble de la majorité. Car le chef de file Les Républicains à Besançon faisait bien référence à l’annonce, quelques heures plus tôt, de l’exclusion de Jean-Sébastien Leuba du Parti socialiste. Une sanction à l’encontre du premier fédéral du Doubs par la commission nationale contre le harcèlement et les discriminations, une entité indépendante au PS, qui fait suite à un signalement interne dénonçant des « comportements inappropriés », « dénigrants » et même du harcèlement moral. Le PS reproche également au mis en cause d’avoir porté préjudice à l’image du parti.

En réponse, Jean-Sébastien Leuba s’est exprimé dans un bref communiqué, prenant acte de cette décision : « comme nos statuts le prévoient, j’ai formé un recours, qui est suspensif. J’aurai l’occasion de me défendre et de remettre en cause les conditions qui ont présidé à cette décision provisoire. […] L’appel me permettra donc de rendre publics l’ensemble des éléments pour me défendre. […] J’ai une pleine confiance dans les instances de recours de mon parti, dans la solidité de ma défense. J’y consacrerai toute l’énergie nécessaire le temps venu », écrit l’intéressé.

Une exclusion provisoire à deux semaines du premier tour 

Chez les adhérents socialistes bisontins comme dans les rangs de la majorité municipale, la temporalité de cette annonce consterne. Plusieurs figures du PS local confirment que les faits reprochés à Jean-Sébastien Leuba avaient été signalés au niveau national depuis de nombreux mois, sans réponse jusque-là.

D’abord investi par son parti pour porter une liste municipale à Besançon, Jean-Sébastien Leuba avait ensuite été lâché par le PS, qui lui a préféré Anne Vignot dans le cadre d’une alliance nationale avec Les Écologistes. Après plusieurs négociations, le premier fédéral du Doubs a également rejoint l’équipe Besançon vivante, juste et humaine, au point d’être en deuxième position sur la liste déposée en préfecture. C’est dans ce contexte, à deux semaines du premier tour des élections municipales, que cette affaire interne vient bouleverser la campagne.

Du côté de la maire sortante, on tente de garder la tête froide : « je me réfère à la démarche très cadrée du Parti socialiste, mais tout cela se déroule au moment où nous venons de déposer la liste… Je veux réaffirmer ma position, celle croire en la parole des plaignants et respecter les démarches à suivre ». La candidate peine toutefois à cacher sa colère : « ce timing du PS est lunaire, lunaire… J’aurai eu beaucoup de choses à traverser durant ce mandat ; on ne m’aura pas épargnée jusqu’au bout ».

Pas de changement avant les 15 et 22 mars ?

Il faudra donc attendre après les élections municipales et le recours en appel formulé par Jean-Sébastien Leuba pour connaître la suite de cet épisode. Maintenu au sein de l’équipe Besançon vivante, juste et humaine, le socialiste s’est engagé, en cas de victoire au second tour, à démissionner de ses fonctions municipales si la sanction venait à être confirmée. Reste à savoir si tous les alliés d’Anne Vignot tolèreront cette situation, à commencer par La France insoumise, déjà peu encline à voir la présence de socialistes dans une potentielle alliance de second tour. Voilà un nouveau dossier qui devrait alimenter, au soir du premier tour, les négociations entre les deux listes de gauche.