Grand Besançon Métropole. Ludovic Fagaut élu président, le RN dans l’exécutif : un premier conseil communautaire houleux qui fera date

Ce lundi 20 avril avait lieu le premier conseil communautaire de Grand Besançon Métropole. Ludovic Fagaut a été élu président de la collectivité. Mais derrière cette élection attendue, la première séance communautaire s’est déroulée dans un climat particulièrement tendu. En cause : la désignation, pour la première fois, d’un élu du Rassemblement National à un poste de vice-président, révélant des fractures profondes entre respect des règles de gouvernance et positionnement politique.

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Ludovic Fagaut
Ludovic Fagaut, nouveau président de Grand Besançon Métropole cPG

Sans grande surprise, le maire de Besançon Ludovic Fagaut (Les Républicains) a été élu à la présidence de Grand Besançon Métropole (GBM). Mais ce premier conseil communautaire de « l’ère Fagaut » s’est tenu dans un climat particulièrement tendu.

Le fonctionnement du conseil communautaire peut paraître complexe. Une charte de gouvernance – sans valeur juridique – encadre la répartition de l’exécutif. Premier principe inscrit dans cette charte : les communes de Grand Besançon sont représentées de manière majoritaire dans toutes les instances de l’agglomération (60%). En échange, la présidence de l’agglomération revient au maire de Besançon. C’est dans ce cadre que Ludovic Fagaut, nouveau maire de Besançon a été logiquement élu président de Grand Besançon Métropole (GBM), à 97 voix sur 121 votants. Face à lui, Séverine Véziès (La France Insoumise), figure de l’opposition bisontine avait présenté sa candidature, formulant son « profond désaccord avec le transfert de compétences envers les intercommunalités ».

Premier point de rupture : la vice présidence du RN

Mais le climat s’est rapidement dégradé lorsqu’il a été question d’élire les 15 vice-présidents qui accompagneront Ludovic Fagaut lors de son mandat. Selon la charte, les vice-présidents doivent être pré-désignés par huit secteurs géographiques avant validation par le conseil communautaire. Dans le secteur de la Dame Blanche – regroupant notamment les communes de Devecey, Cussey-sur-l’Ognon, Geneuille ou encore Chevroz – c’est Franck Bernard, maire de Chevroz étiqueté au Rassemblement National (RN) et ancien suppléant du candidat RN aux élections législatives, qui a été choisi, avec 7 voix contre 2 pour Gérard Monnien (maire de Devecey). Un choix qui a immédiatement provoqué un débat houleux au sein de l’assemblée, opposant deux visions irréconciliables.

« La charte, rien que la charte »

D’un côté, les défenseurs du strict respect des règles, à commencer par Marcel Felt, maire de Miserey Saline qui n’a pas mâché ses mots. « Ce n’est pas un cirque et nous ne sommes pas des clowns » a-t-il lancé à l’assemblée, rappelant que les débats politiques n’avaient pas lieu d’être au conseil communautaire. Dans la même lignée, Jean-François Menestrier, nouveau maire de Cussey-sur-l’Ognon a rappelé que « remettre en cause la charte serait venir remettre en cause la volonté du secteur ».

« Une ligne rouge franchie et la création d’un précédent »

En face, plusieurs élus ont dénoncé la possible entrée de l’extrême droite dans l’exécutif, défendant « l’esprit républicain« . Patrick Ayache, maire de Pirey et tout juste élu vice-président n’y est pas allé de main morte, interrogeant directement l’assemblée « Jusqu’où devons nous aller dans la normalisation de l’extrême droite ? Non, certaines lignes ne se franchissent pas ». Avant de conclure comme un présage : « ne laissons pas dans l’histoire que ce jour nous avons laissé la place à l’extrême droite ». Sa prise de parole a été suivie par tous les représentants de l’opposition bisontine, à commencer par Séverine Véziès et Anne Vignot qui ont pointé du doigt le manque de clarté de la position de Ludovic Fagaut concernant le Rassemblement National. Le nouveau Président s’est empressé de répondre « en tant que Président je respecte la charte et je ne fais pas d’ingérence dans les secteurs. Le secteur de la Dame Blanche a choisi de pré-désigner Franck Bernard, c’est la démocratie ». Finalement, à l’issu d’un vote historiquement serré, c’est Franck Bernard qui a été élu avec 58 voix contre 39 pour Gérard Monnien. C’est donc la première fois qu’un élu du Rassemblement National accède à l’exécutif de Grand Besançon Métropole.

Des ambiguïtés politiques dénoncées

Pour l’opposition bisontine, c’était une promesse de Ludovic Fagaut. Pour ce dernier, il ne s’agissait juste que d’une « possibilité envisagée ». La présence d’un membre de l’opposition à un poste de Vice-Président ou à défaut, au bureau de l’exécutif de GBM avait été évoquée par le nouveau président afin de respecter le débat démocratique. Ludovic Fagaut a finalement fait machine arrière, mettant en avant la présence de La France Insoumise dans l’opposition. « Je suis contre les extrêmes » avait-il déclaré. Une position jugée incohérente par ses opposants, qui soulignent que les élus insoumis n’avaient pas demandé à intégrer l’exécutif, contrairement à la situation actuelle avec le RN, autre parti d’extrême.

Autre point de cristallisation des débats : l’absence d’élus de l’opposition dans certaines commissions stratégiques, comme celles des appels d’offres ou des concessions – ce qui était le cas lors des précédents mandats. « Un manque de transparence flagrant » dénonce  l’opposition. L’équipe de Ludovic Fagaut a mis en avant les discussions avec les services techniques préconisant la présence des mêmes membres pour les deux commissions afin de faciliter les débats. Or, aucune précision n’a été faite sur la présence de membres de l’opposition ou non…

Malgré les divergences, un constat semble partagé : la charte de gouvernance montre aujourd’hui ses limites face à l’évolution du paysage politique local. Sa révision apparaît désormais inévitable. Quoi qu’il en soit, la vie démocratique au Grand Besançon n’a pas fini d’occuper l’actualité…

Président – Ludovic Fagaut, maire de Besançon

1ère vice-présidente – Catherine Barthelet, maire de Pelousey (chargée du projet de territoire et des relations avec les élus)

2ème vice-président – Anne Falga, conseillère municipale de Besançon (chargée du développement économique et de l’emploi)

3ème vice-président – Pascal Routhier, maire de Saint-Vit (chargé des finances)

4ème vice-président – Patrick Ayache, maire de Pirey (chargé du tourisme, de l’enseignement supérieur et de la recherche)

5ème vice-président – Patrick Jacques, conseiller municipal de Besançon (chargé des transports et du stationnement)

6ème vice-présidente – Nathalie Bouvet, conseillère municipale de Besançon (déléguée à l’nevironnement)

7ème vice-président – Jean-Paul Michaud, maire de Thoraise (chargé de l’aménagement du territoire, du PLUi et du Scot)

8ème vice-président – Anthony Nappez, maire des Auxons (délégué aux cimetières et aux réseaux de chaleur)

9ème vice-présidente – Laurence Mulot-Césari, conseillère municipale de Besançon (chargé de l’urbanisme opérationnel)

10ème vice-président – Pascal Deriot, maire de Thise (chargé de l’habitat)

11ème vice-président – Philippe Rénégasse, maire de Mamirolle (chargé de la voirie)

12ème vice-président – Pierre-Charles Henry, conseiller municipal de Besançon (en charge de la politique de la ville)

13ème vice-président – Franck Monneur, conseiller municipal de Besançon (délégué à la culture, au conservatoire et à la grande bibliothèque)

14ème vice-président – Laurent Jeunet, maire de Montfaucon (chargé des eaux pluviales et usées)

15ème vice-président – Franck Bernard, maire de Chevroz (chargé du traitement des déchets)