À quel moment une œuvre d’art doit-elle être cachée ? En 1896, un amateur d’art s’étonnait que le travail d’un artiste soit retiré car jugé indécent. Il envoya une lettre à la rédaction du journal Le Petit Comtois pour partager sa réflexion. Elle fut publiée dans l’édition du 7 octobre 1896 (n°4765, p. 2.)

« Tous les Bisontins ont pu remarquer, ces jours derniers, à la vitrine des beaux-arts, à Granvelle, une étude de M. Thyrode [probablement le peintre Léon Tirode, né à Besançon en 1873] représentant une femme nue dans un atelier. Cette étude se distingue par des qualités maîtresses qui en font une œuvre remarquable et vraiment artistique », écrivait-il, avant d’exposer son étonnement : « Or, à notre grande surprise, cette étude a disparu de la vitrine. Lorsque nous avons demandé quel motif avait déterminé la mesure prise à l’égard de M. Thyrode, on nous a répondu que son œuvre était immorale et pouvait blesser certaines susceptibilités. » Le sujet est encore d’actualité. L’art doit-il être moral ? Chacun se forgera son propre avis.

L’auteur du document poursuit en montrant ce qui semble être des incohérences de sa société : « je ne sais si l’on s’en souvient, on a laissé dernièrement à la même vitrine un tableau représentant Diane chasseresse entourée de ses nymphes qui surgissent de l’eau dans leur splendide nudité, comme eût dit Théophile [Gautier].

Donc, outre que, dans ce cas, on ne peut prétexter aucune question d’immoralité, puisqu’il s’agit d’une œuvre absolument artistique, et que le nu est admis dans tous les musées, ouverts au public, nous nous demandons pourquoi l’on applique aux uns certaine[s] mesure[s] que l’on n’applique pas aux autres. »

Et vous, que diriez-vous si une œuvre que vous jugiez choquante était exposée dans une vitrine ? Vaste sujet.