Existe-t-il encore des sportifs sans autre but que le seul dépassement de soi ? Des athlètes animés d’une passion insatiable, d’une envie folle de répéter inlassablement les mêmes efforts pour retrouver une satisfaction quotidienne, après une épreuve sans chrono ni adversaire ?
Plus de 100 jours avec une étape quotidienne
Maxime Regazzoni est l’un d’eux. À 22 ans, le Valdahonnais pédale jour après jour, ou presque, depuis 2019, sur les routes du département. Des boucles, de préférence « dans le Haut » pour la beauté des paysages, et un compteur qui affiche parfois plus de 300 kilomètres en une journée ! « C’était avec Paul, un compagnon de vélo lors de l’étape du Tour de France à la Super Planche des Belles Filles. Bon, ce jour-là, c’était dur… mais je suis certainement très chanceux car je n’ai jamais eu de blessures. »
L’amateur ne prend même pas le temps de se reposer : voilà plus de 100 jours qu’il pédale plus de 200 kilomètres quotidiennement ! Ses performances, toutes postées sur le réseau social sportif Strava, sont bluffantes et commencent à attirer l’œil, y compris celui de certaines stars, comme le champion olympique Quentin Fillon Maillet par exemple. C’est d’ailleurs le seul réseau social du jeune cycliste. « Si je commence à aller sur Insta et autres, je vais perdre mon temps. Je roule le dimanche avec le groupe Siranis à Pontarlier et, parmi eux, il y a l’un des entraîneurs de biathlon ; c’est comme ça que QFM a entendu parler de moi », sourit modestement l’intéressé.

Il faut dire que le personnage interroge et, à première vue, les questions se multiplient. Cheveux longs plaqués sur le visage par un casque et un bandana, le cycliste d’1,65 mètre vit chez ses parents, sans emploi, malgré un bac professionnel en microtechniques. « Les études, ce n’était pas trop mon truc. J’ai commencé le vélo comme tout le monde, en l’utilisant comme moyen de transport et, depuis 2019, je roule très, très souvent. Pourquoi je fais ça ? Regardez autour de vous, vous avez la réponse. » L’interview est réalisée au belvédère de Montfaucon, où le soleil rayonne. La vue offre de magnifiques paysages.
Maxime, lui, ne vit presque que pour ça. « Mes parents sont assez protecteurs et voient d’un bon œil ce que je fais. J’ai vraiment envie de poursuivre mon avenir dans le vélo ; devenir testeur de matériel serait vraiment bien. » L’amateur a bien été approché par une enseigne pour des tests bénévoles. « Ça engendrait des coûts pour moi, je n’ai pas donné suite. » Atypique par le style, le cycliste n’a, par exemple, pas de porte-gourde. Tout est dans la veste, bananes comprises en cas de fringale.

Objectif : 70 000 kilomètres par an
Le vélo a un prix, surtout lorsqu’on vise les 70 000 kilomètres par an. « J’ai fait 20 000 km en 2019, 32 000 en 2020, 52 000 en 2021. Pour le matériel, mes parents m’aident financièrement ; les pneus, par exemple, peuvent tenir près de 8 000 kilomètres », poursuit Maxime Regazzoni.
La journée type du cycliste commence vers 5 h du matin : un petit déjeuner pour prendre des forces, un départ vers 6 h 30, et le voilà sur les routes du Doubs pendant sept à huit heures, par n’importe quelle météo. « Je rentre vers 14 h, le temps de manger et de se préparer ; ça me laisse l’après-midi pour faire autre chose. Le soir, à 21 h, je vais me coucher et ça recommence le lendemain. »
Si le goût de l’effort paraît naturel chez l’athlète, Maxime pense de plus en plus à la compétition. « L’entraîneur du club de Valdahon m’en parle et ça me trotte dans la tête : voir ce que je vaux, même si c’est totalement différent de mes sorties. J’aurai 23 ans en septembre, la saison vélo sera presque terminée, donc j’ai le temps de réfléchir pour l’an prochain, mais pourquoi pas. » En attendant, le cycliste poursuit sa routine sportive à la conquête d’un nouveau record de kilomètres.
Martin Saussard
































