Économie. En Bourgogne Franche Comté, 8 000 à 14 000 emplois en plus dans les services à la personne d’ici 2050

38 600 salariés travaillaient dans les services à la personne en 2019 dans la région. Déjà sous tension, ce secteur essentiel face à l’accroissement d’une population vieillissante, doit relever le défi du renouvellement de ses effectifs, souligne l’INSEE dans une étude publiée le 4 décembre 2025.

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Services à la personne
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Les particuliers restent les principaux employeurs

Ils concentrent 61% des salariés d’un secteur sur représenté par les femmes (90% des salariés). Près de 40% des effectifs sont âgés de plus de 55 ans.

Le nombre d’heures rémunérées par les particuliers employeurs a pourtant diminué de 40% en vingt ans.

Le reste des salariés se structure autour d’organismes spécialisés. En 5 ans, leur nombre est passé de 580 à 770 dans la région. Ils emploient 33% des salariés du secteur. Les entreprises privées et les associations se partagent pour moitié les effectifs, les établissements publics représentent moins de 1% des effectifs dans la région.

Alors que les associations interviennent plus spécifiquement vers les publics fragiles (entretien du logement, faire les courses…), les entreprises offrent des services plus diversifiés. Les particuliers employeurs recourent plus souvent à des prestations d’entretien du logement, de jardinage et de bricolage.

90% des salariés du secteur sont des femmes

La forte féminisation du secteur des services à la personne est similaire aux professions d’infirmiers et d’aides-soignants. Elle dépasse largement les autres activités de service (coiffure, soins de beauté ou réparations de biens domestiques).

Pour 70% d’entre elles, leur activité se concentre dans l’assistance aux personnes âgées et pour 23% au ménage. Chez les hommes qui travaillent dans ce secteur, 28% font des prestations de jardinage ou de bricolage, 36% font du ménage et 30% de l’assistance aux personnes âgées.

Un salarié sur deux cumule plusieurs emplois

Souvent à temps partiel dans le service à la personne, les cumuls d’emplois et d’employeurs sont fréquents. Plus de 50% des salariés travaillent pour au moins deux employeurs et même 20% en ont au moins quatre.

Ces multiples activités entraînent de nombreux déplacements pour se rendre successivement aux domiciles des ménages. 45% des salariés employés directement par des particuliers ont au moins un employeur situé à plus de 20 km de leur domicile. Dans l’Yonne et la Nièvre, cet éloignement dépasse 50%.

De plus, 29% des salariés des services à la personne occupent un emploi dans d’autres secteurs. Cette activité représente en moyenne près des deux tiers de leur temps de travail total. La prestation de service à la personne constitue plutôt une activité d’appoint.

Des rémunérations qui restent faibles

Si le cumul des emplois permet d’augmenter leur temps de travail, les salariés des services à la personne ne travaillent en moyenne que 1 000 heures par an, soit bien loin des 1 607 heures d’un temps plein.

En moyenne sur l’année, ils réalisent environ 700 heures de services à la personne, dégageant un salaire brut de 10 000€. Mieux payés à l’heure mais avec un volume de travail moindre, les salariés des particuliers employeurs ne perçoivent que 6 200€ en moyenne par an.

Être salarié dans un organisme ou une entreprise présente l’avantage de cumuler plus d’heures, souvent moins bien payées à l’heure. Ainsi, le salaire moyen s’établit à 9 100€ brut dans une entreprise, à 10 700€ brut dans une association et 15 300€ brut dans un organisme public.

Comme dans les autres secteurs de l’économie, la rémunération horaire brute des femmes est en moyenne inférieure de 20% à celles des hommes.

Des recrutements toujours compliqués

Le manque d’attractivité du secteur résulte en partie de la difficulté à y percevoir un bon niveau de rémunération. Par ailleurs, le secteur du service à la personne peine à attirer les jeunes. L’INSEE constate une entrée dans ce type d’emploi plus souvent après 45 ans. Si 40% des salariés du secteur ont plus de 55 ans, 8% de ceux-ci ont plus de 65 ans.

Les offres d’emploi enregistrées par France Travail entre juillet 2024 et juin 2025 se concentrent dans les services domestiques et l’assistance auprès d’adultes et de personnes âgées. Les employeurs (particuliers ou organismes et entreprises) rencontrent toujours de grandes difficultés de recrutement.

Les tensions sur le marché du travail perdurent depuis une dizaine d’années. Les conditions d’emploi et de travail  liées à une rémunération plutôt modeste, expliquent en partie le désintérêt dans un secteur qui propose pourtant à 80% des CDI ou des CDD supérieurs à 6 mois, mais rarement au-delà de 32h par semaine.

Des difficultés pour l’avenir

Les projections sur le vieillissement de la population régionale à l’horizon 2050 vont créer de nouveaux besoins en main-d’œuvre. L’INSEE les estime à 20% de besoins nouveaux d’ici 2050. Il faudrait donc entre 8 000 et 14 000 salariés supplémentaires dans ce secteur, soit entre 20 et 35% de plus de salariés par rapport à 2025.

Yves Quemeneur