Dossier de la semaine. Industrie : la rentrée de toutes les inquiétudes en Franche-Comté

Les représentants de l'industrie métallurgique de Franche-Comté ont fait le point, en cette rentrée 2026, sur la situation économique morose du secteur et les perspectives inquiétantes nationales et internationales. Seule éclaircie ? La formation des jeunes dans le domaine et les débouchés proposés.

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Daniel Jacquet (président de l'UIMM Jura), Damien Tournier (président de l'UIMM Doubs), Henry Venet (Délégué Général de l'UIMM Franche-Comté) et Jean-Luc Quivogne (président de l'UIMM Franche-Comté) c PG

Le ton n’était pas vraiment à la fête, en cette rentrée 2026, au siège de l’UIMM de Franche-Comté. Réunis à l’occasion d’un bureau de rentrée, les représentants des entreprises de la métallurgie de la région ont présenté leur analyse de la situation économique et leurs projections pour les prochains mois. Et le constat est largement partagé par les acteurs industriels régionaux : les perspectives sont particulièrement moroses en cette rentrée 2026. La conjoncture nationale mais aussi internationale, pèse sur l’activité industrielle. « Nous ne sommes pas forcément inquiets pour nos entreprises directement, mais plutôt pour le pays et la conjoncture actuelle », résume Damien Tournier, président de l’UIMM Doubs et directeur de Schrader. En cause notamment, les différentes crises financières et politiques ainsi que les conflits internationaux, dont les conséquences se font ressentir sur l’ensemble du tissu industriel. Une situation qui nourrit les incertitudes des dirigeants de l’industrie quant à l’évolution de leurs marchés dans les mois à venir. Henri Venet, délégué général de l’UIMM Franche-Comté, évoque par exemple les inquiétudes liées à la baisse des investissements et des postes d’intérimaires : « On enregistre peu de licenciement économique en 2026 mais une forte baisse du taux d’intérim de 7,4% sur la Franche-Comté. Or la première chose que fait une entreprise lorsqu’elle est en difficulté est de se séparer de ses postes d’intérim… »

L’automobile, secteur particulièrement à la peine

Parmi les différentes branches industrielles représentées au sein de l’UIMM de Franche-Comté, l’automobile concentre une large partie des effectifs mais aussi des inquiétudes. L’organisation compte 480 adhérents dans ce secteur, représentant près de 40 000 salariés. Et selon les représentants, la tendance est loin d’être positive dans le secteur : « Toutes les entreprises dans le secteur de l’automobile sont à la peine avec une dégradation très nette pour le deuxième semestre de 2026. » confie Damien Tournier. Dans ce contexte difficile, les entreprises tournées vers l’export semblent toutefois mieux résister que celles davantage dépendantes du marché français. Le marché domestique, lui, reste décrit comme particulièrement atone.

La simplification administrative en fer de lance

Autre sujet largement évoqué en vue de la campagne présidentielle qui se profile : le poids des procédures administratives. Face à ce que les représentants qualifient eux-même de  » sur-réglementation », le sentiment d’exaspération semble gagner du terrain chez les dirigeants. « On demande une chose simple : la simplification des procédures pour les entreprises. Ce n’est plus possible. On passe plus de temps à régler les paperasses qu’à développer notre activité et nos investissements », dénonce Jean-Luc Quivogne, président de l’UIMM Franche-Comté et directeur d’Aria Industries. Une situation qui engendre un retard irrémédiable pour les entreprises françaises sur leurs concurrents étrangers et non-soumis aux mêmes contraintes administratives. Parmi les exemples cités figurent notamment la mise en place progressive de la facturation électronique pour les entreprises ou la transparence salariale, nouvelles étapes qui illustrent, selon eux, la complexification des obligations auxquelles doivent répondre les dirigeants.

La formation, seule éclaircie pour les industries franc-comtoises ?

Malgré cette conjoncture préoccupante, les représentants de l’industrie régionale veulent conserver une perspective positive. Leur principal motif d’espoir se trouve notamment dans la formation particulièrement dynamique. Pour répondre à ces besoins, l’UIMM a développé son propre dispositif de formation et des écoles de production. Celle de Besançon forme ainsi une cinquantaine de jeunes chaque année, tandis que celle de Belfort en accueille une trentaine. Le principe est simple : « apprendre en faisant » avec le soutien des entreprises du secteur. Résultat, en août 2026, plus de 130 postes d’apprentissage ont été ouverts en Franche-Comté, notamment au sein du Pôle formation de l’UIMM. Une dynamique qui répond à un besoin structurel : celui de renouveler les effectifs alors qu’une partie importante des salariés issus de la génération des baby-boomers s’apprête à partir à la retraite d’ici quelques années.

Les entreprises du secteur de la métallurgie continuent donc de rechercher de la main-d’œuvre, mais peinent parfois à trouver suffisamment de candidats. Pour les représentants patronaux, ce manque d’attractivité s’explique notamment par une méconnaissance des métiers industriels chez les jeunes. « Il faudrait davantage de connexions avec l’Éducation nationale. Nous essayons de nous implanter dans les forums, dans les lycées et les collèges, mais il y a une réticence de l’Éducation nationale à nous faire connaître » déplore Damien Tournier. Car, selon les industriels, les débouchés sont nombreux. « Pour un jeune qui a envie et qui est motivé, il y a énormément de possibilités, plutôt bien payées et surtout, il peut gravir rapidement les échelons au sein de nos entreprises. » conclut ainsi Daniel Jacquet, président de l’UIMM du Jura.

Féminiser davantage les métiers de l’industrie

Le sujet de la féminisation du secteur fait également partie des priorités affichées par les représentants industriels. L’industrie demeure en effet l’un des secteurs dans lesquels les femmes sont encore minoritaires. Au niveau national, les femmes représentent actuellement 22 % des effectifs de l’industrie, selon les chiffres avancés par les représentants. Leur objectif affiché est d’atteindre 35 % dans les prochaines années. « Nous avons la volonté de féminiser la profession car il s’agit véritablement d’une main-d’œuvre de qualité »« , a ajouté Daniel Jacquet. Mais là encore, les représentants de l’industrie de Franche-Comté constatent des difficultés à attirer les candidates. En cause, selon eux, une méconnaissance persistante des métiers de l’industrie et les nombreux a priori qui leur sont associés. Les entreprises soulignent également le manque de candidates disposant d’une formation correspondant aux besoins des postes proposés. « Lorsque l’on ouvre un poste dans une de nos entreprises, le constat est toujours le même : nous n’avons que des CV d’hommes car les femmes ne sont pas forcément formées au départ pour nos besoins. » déplore le président de l’UIMM Jura.