Édito. Qui en veut à Pouchkine ?

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Alexandre Pouchkine est à la Russie ce que Molière est à la France. En tant de guerre, détenir les précieux manuscrits de la plus grande figure littéraire du pays vaut cher, très cher. Est-ce la raison pour laquelle depuis près de deux ans, des équipes de voleurs experts ont dérobé les œuvres originales du poète et écrivain dans plusieurs grandes bibliothèques d’Europe ? La Lituanie, Pologne, Suisse et même la bibliothèque nationale de France ont été victimes de vols avec des documents remplacés par des œuvres factices. Pendant des mois, les enquêteurs ont tenté de retracer la piste de cette équipe professionnelle et finissent par interpeller trois individus en novembre dernier. Des voleurs qui tentaient de reproduire le même mode opératoire à la bibliothèque des langues et des civilisations de Paris. Prévenue, la responsable du fonds russe avait par précaution remplacé les œuvres visées par des copies.

Plus troublant, les vols ont débuté quelques semaines après le début de l’invasion russe en Ukraine. En réponse, plusieurs villes ukrainiennes effaçaient du paysage toutes traces du poète dans le cadre d’une « dérussification » et d’un combat contre la propagande du gouvernement de Vladimir Poutine. La théorie pour expliquer ces récents vols remonte elle aussi jusqu’au Président russe. La guerre se joue sur le champ culturel et Pouchkine est régulièrement cité dans les discours officiels. Ennemi en Ukraine, allié de taille en Russie ? Une potentielle commande de Moscou pour récupérer les précieux manuscrits paraît peu probable : un livre volé à Varsovie est réapparu en Russie lors d’une vente aux enchères. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les collectionneurs russes ne peuvent plus se fournir en Europe et les œuvres d’Alexandre Pouchkine se sont toujours arrachées à prix d’or. Motivation patriotique, conquête de milliardaires avides de trésor ou les deux, deux ans après ses débuts, la guerre se jouent encore sur tous les fronts.

M.S