Région. Quand l’intelligence artificielle anticipe les situations à risque au bloc opératoire

Le recours à l’intelligence artificielle pourrait permettre la création d’un dispositif prédictif des situations à risque pour le patient, en garantissant une chirurgie encore plus sûre. La présentation de ce dispositif s’est déroulée le 27 mars dans les locaux du Conseil Régional, Square Castan à Besançon.

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Détecter en temps réel les situations à risque au bloc opératoire, c'est l'objectif fixé au projet SSuWAI développé par l'Université Marie et Louis Pasteur et la Haute École d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud, en association avec le CHU de Besançon Franche-Comté et le Centre hospitalier universitaire Vaudois ©CHU Besançon

Le projet SSuWAI (Safe Surgery With Artificial Intelligence) a pour objectif de développer un dispositif médical capable de détecter en temps réel les situations à risque au bloc opératoire, d’alerter les professionnels de santé et de proposer des actions correctrices.

Le risque zéro n’existe pas malgré les check-lists, la vigilance des équipes de bloc et la sophistication de plus en plus complexe des équipements.

La présentation de ce dispositif s’est déroulée le 27 mars dans les locaux du Conseil Régional, Square Castan à Besançon.

Art & Fermetures

Un projet original et innovant

Ce dispositif médical analyse les paramètres liés au patient mais également ceux liés à l’environnement de la salle d’opération (matériel, température, bruit…) et au personnel du bloc opératoire (fatigue, stress…). Le dispositif intègre donc des capteurs répartis dans le bloc opératoire, un simulateur multi-agents, des algorithmes d’IA et une interface utilisateur.

Un premier projet intitulé MASSAI (Modeling Aids for Safe Surgery with AI) avait bénéficié en 2019 du soutien financier du Fonds européen de développement régional.

Il comportait un volet éthique portant sur l’acceptabilité d’un tel dispositif, sa sécurité et l’anonymisation des données. Ce volet éthique est poursuivi dans le projet SSuWAI.

De multiples partenaires

Un tel projet nécessite la mise en commun de compétences diverses et exigeantes : ingénierie biomédicale, électronique, informatique et IA.

Les deux chefs de file du projet sont, côté français, l’Université Marie et Louis Pasteur. Le département DISC de Femto-St apportera ses compétences informatiques des systèmes complexes et dans le domaine de l’Intelligence Artificielle. L’UR SINERGIES mettra à disposition son expertise dans le domaine médical, physiologique relative aux enjeux d’IA en santé.

Côté Suisse, la Haute École d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud (HEIVD) possède plus de 10 ans d’expérience dans l’exploitation de données issues de capteurs au moyen de techniques d’IA. Elle a notamment développé des modèles destinés à estimer l’état émotionnel à partir de profils d’activités.

Les partenaires en France

Le Docteur Yann Chaussy, porteur médical du projet SSuWAI au CHU de Besançon Franche-ComtéLe Docteur Yann Chaussy est le porteur médical du projet SSuWAI au CHU de Besançon Franche-Comté ©CHU Besançon

Le CHU Besançon Franche-Comté dispose des connaissances de l’environnement d’un bloc opératoire, des risques associés et des procédures.

Il possède également un service biomédical et une délégation à la recherche clinique et à l’innovation, ainsi que d’un centre d’investigation clinique Inserm 1431 (aspects éthiques de l’innovation et d’évaluation clinique d’une technologie de santé).

Porteur médical du projet, le Docteur Yann Chaussy apportera son expertise dans le choix des variables du système multi-agent et sur l’analyse de la pertinence des alertes générées.

AÉGLÉ est spécialisée dans le domaine de la santé. Il est l’éditeur du logiciel en place au bloc opératoire du CHU Besançon Franche-Comté depuis 1994. Ce logiciel assure la réception et le stockage sécurisé des données issues des feuilles d’anesthésie et du monitoring des patients.

APROGSYS est une entreprise bisontine de développement logiciel. Elle est le partenaire technologique depuis 2019.

Pour cette nouvelle phase SSuWAI, l’entreprise va développer des capteurs de mesure du stress et de la fatigue du personnel soignant et l’architecture d’acquisition des données pour une transmission fiable vers la plateforme d’IA.

Les partenaires en Suisse

Le Centre hospitalier universitaire vaudois procèdera à l’acquisition de données issues de ses blocs opératoires, et à l’analyse et l’interprétation des enregistrements.

CFI SA, basée à Neuchâtel, dispose de compétences informatiques et en technologie de l’information et de la communication.

L’interface de communication entre le système d’alerte et les personnels du bloc bénéficiera de l’expérience solide de CFI, partenaire du CHU Besançon Franche-Comté sur ces problématiques d’interface homme/machine depuis 2018.

Fin 2028, les techniques de sécurité, d’interfaces homme/machine et de déploiement auront été étudiées.

Un simulateur doté d’IA sera capable de corréler des données de sources et métriques différentes afin de repérer des situations à risque survenues d’évènements indésirables au bloc opératoire.

Un projet à près de 2 millions d’euros

Le projet SSuWAI a un coût total de 1 936 831,50€ dont 1 590 218€ côté français et 346 613€ côté suisse.

INTERREG prend en charge 1 272 174€ et les fonds fédéraux et cantonaux suisses financent chacun 112 000 CHF.

Yves Quemeneur

A propos d’INTERREG

Ce programme soutient des projets de coopération transfrontalière impliquant des porteurs de projets français et suisses qui œuvrent dans un but commun.

Le financement de SSuWAI s’inscrit dans le cadre de la thématique « Recherche et innovation, développement des usages numériques ».